Société

Covid-19 : au Maroc, le difficile « retour à la normale »

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À Marrakech, le retour à la normale se fait attendre.

À Marrakech, le retour à la normale se fait attendre. © Chadi/XINHUA-REA

Alors que la pandémie connaît un important rebond, le royaume doit faire face au défi de la rentrée scolaire et de la pénurie de médicaments.

L’heure de la rentrée a sonné, mais une nouvelle vague de Covid-19 déferle sur le royaume depuis la fin du mois de juillet. Le 10 septembre prochain, les Marocains sauront si, oui ou non, les autorités marocaines prolongent l’état d’urgence sanitaire instauré le 20 mars dernier.

A priori, la réponse est déjà connue : avec plus de 1 600 nouveaux cas quotidiens, et près de 65 500 contaminés (chiffres du 2 septembre), difficile de croire à un retour à la normale. D’autant qu’actuellement, le pays n’a plus à « gérer » simplement des clusters : « Le virus circule un peu partout ; c’est devenu extrêmement difficile de le tracer », souligne le professeur Marhoum Kamal El Filali, chef du services des maladies infectieuses du CHU Ibn Rochd de Casablanca.

Le nombre de lits en réanimation a certes été augmenté, mais nous manquons de ressources humaines

« Les services de réanimation sont sous pression, le taux de mortalité a considérablement augmenté. Le nombre de lits en réanimation a certes été revu à la hausse, mais nous manquons de ressources humaines. Sans compter que les gens ne viennent à l’hôpital que lorsqu’ils sont déjà très atteints, tant ils sont effrayés par la situation globale. Ceci dit, il est encore possible d’éviter le pire, à condition que tout le monde y mette du sien », insiste le professeur.

Dans un discours adressé à la nation le 20 août dernier, Mohammed VI a même affirmé qu’un « reconfinement total » était envisageable si la situation sanitaire s’aggravait.

Parmi les nouvelles mesures draconiennes mises en place par les autorités : fermeture des plages (Tanger, Casablanca, Rabat), quartiers placés en quarantaine (notamment à Marrakech), déplacements inter-provinces soumis à une autorisation du pacha, ou encore horaires des commerces et des restaurants restreints. En somme, un confinement qui ne dit pas – encore – son nom.

En attendant un hypothétique vaccin, l’État doit bien poursuivre sa mission de service public. Et celle de la rentrée de 7 millions d’élèves le 7 septembre s’annonce des plus difficiles.

Enseignement distanciel vs. présentiel

Après plusieurs semaines de réflexion, le ministère de l’Éducation nationale a opté pour une « rentrée à la carte », avec des mesures sanitaires strictes. Les deux termes en vogue sont désormais « distanciel » et « présentiel ».

Dans les écoles publiques, par exemple, les cours seront d’abord dispensés à distance, via des chaînes de télévision, des classes virtuelles et des plateformes numériques, mais les parents (sur la base d’un formulaire soumis à la discrétion des autorités) pourront éventuellement voir leurs enfants accéder à un enseignement « présentiel ».

Près de 80% des parents souhaitent que leurs enfants retournent à l’école.

Dans les faits, selon une source autorisée, près de 80% des parents souhaitent que leurs enfants retournent à l’école. Trois raisons principales : en premier lieu, les pères et mères doivent aller au travail et ne peuvent donc pas s’occuper de leur progéniture toute la journée.

Ensuite, les enfants semblent globalement peu sensibles au Covid-19 : ainsi, au Maroc, 95% des enfants contaminés l’auraient été par des adultes. Enfin, dernière motivation : la santé mentale des plus jeunes qui, en restant à la maison, voit leur équilibre psychologique mis à rude épreuve.

Pour faire face à cette situation inédite, certaines écoles publiques et privées ont mis en place le système suivant : un jour sur deux d’enseignement présentiel, et un enseignement distanciel en continu (avec quel matériel pour les élèves, et quelle formation pour les enseignants ? La question n’a pas encore été tranchée), voire des demi-journées d’enseignement présentiel. Une option que les parents actifs redoutent non sans raison… Résultat : certaines familles essaient de s’organiser à plusieurs pour faire l’école à la maison et contourner le système.

Du côté de la mission belge, le présentiel et le distanciel sont assurés toute la semaine, mais la cantine sera réduite à un repas froid servi en classe. « Les parents vont souffrir, et les enfants vont trinquer. J’étais à deux doigts de mettre mes deux filles à l’école scolaire publique, même si l’enseignement laisse à désirer. Le privé coûte très cher, et en cas de reconfinement, ça ne sert à rien de payer un service qui ne fonctionne plus. Aucune école privée n’accepte de revoir ses prix à la baisse, certaines demandent même des chèques de caution pour tous les mois de l’année scolaire. Mais nous aussi, on est en pleine crise ! », s’indigne Sofia, mère de famille casablancaise.

Fragilités

Le Covid-19 a ainsi agi comme un révélateur des fragilités du Maroc, dans le secteur éducatif mais également dans celui de la santé. Marrakech et sa région (qui comptabilise plus de 3 000 cas de coronavirus), déjà en pleine crise économique faute d’activité touristique, en est l’illustration.

Depuis la fin du mois d’août, deux hashtags prolifèrent sur les réseaux sociaux : « Sauvez Marrakech » et « Marrakech étouffe ». Sur place, l’hôpital public Ibn Zhor est en crise : surpeuplement, manque de ressources humaines et de médecins, pénurie de lits, de bouteilles à oxygène, de médicaments… Depuis le début de la pandémie, trois directeurs se sont succédé dans cet établissement : devant l’ampleur de la tâche, tous ont fini par présenter leur démission.

Quant aux médecins bénévoles, ils veulent mettre un terme à leur mission faute de sécurité, d’hébergements et de visibilité à moyen terme. Plusieurs vidéos, publiées sur Internet, ont montré des patients atteints de formes graves du Covid-19, renvoyés chez eux, sans soins adéquats.

Il y a de plus en plus de pénuries de médicaments, voire des ruptures de stock

La pénurie de médicaments qui sévit à Marrakech semble d’ailleurs toucher l’ensemble du pays. Récemment, le Conseil national des pharmacies du Maroc a interpellé le ministère de la Santé sur la question.

« Les pharmacies sont en manque d’approvisionnement, nous avons de plus en plus de pénuries, voire des ruptures de stock. Nous ne savons pas d’où vient le problème, est-ce que cela concerne nos usines, notre distribution ou bien l’importation des matières premières ? Personne ne nous donne l’information, c’est pourquoi nous avons directement saisi le ministère. Pour l’instant, nous pouvons pallier à ces manques en donnant aux patients des médicaments génériques ou alternatifs. Encore faut-il que les autorités nous facilitent la tâche…», explique Saaida Moutaouakil, responsable du Conseil régional des pharmaciens des régions du Sud.

Les pharmacies manquent notamment d’antibiotiques (amoxicilline), de médicaments utilisés en cardiologie, de Sintrom (anti-coagulant), ou encore de Diamicron (antidiabétique), mais également d’hydroxychloroquine. Entièrement réquisitionnée par l’État pour gérer la crise du Covid-19, elle est également utilisée dans la prise en charge de plusieurs maladies chroniques.

En attendant des jours meilleurs, et un minimum de visibilité, les Marocains prennent leur mal en patience.

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