Transport aérien

Royal Air Maroc en mode survie

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Mis à jour le 03 septembre 2020 à 17h46
Un appareil de la RAM, à Orly.

Un appareil de la RAM, à Orly. © Laurent GRANDGUILLOT/REA

« Réduire la voilure pour préserver l’essentiel ». Tel est le programme du PDG de la RAM, Abdelhamid Addou, qui affronte l’influente corporation des pilotes.

Objectif : 858 salariés en moins. C’est ce que prévoit le plan social engagé par la Royal Air Maroc, en juillet, pour répondre aux exigences du Plan de sauvetage conclu avec le gouvernement.

Après une première vague de départ volontaire de 140 employés, effectuée fin juillet, une procédure de licenciement économique a été lancée. Depuis le 25 août, 140 autres salariés ont ainsi commencé à recevoir leurs lettres de remerciement alors qu’une nouvelle vague est imminente.

Les quatre Embraer de la compagnie ont été mis en vente, mais s’il est difficile de trouver preneur cette conjoncture

« Au vu de la reprise lente, voire inexistante, de l’activité aérienne, nous ne sommes pas à l’abri d’une aggravation de la situation et à une réduction de voilure encore plus importante que prévu, confirme à JA Abdelhamid Addou, PDG de la RAM. Le chiffre de 858 n’est pas fortuit, il tient compte du personnel naviguant et du personnel au sol liés aux 20 appareils que nous avons décidé de retirer de l’exploitation. »

8 vols par jour, contre 160 il y a un an

À l’instar de tous les opérateurs mondiaux du secteur aérien, le transporteur marocain s’est retrouvé contraint de clouer au sol une partie de sa flotte et un tiers de ses 60 appareils sont définitivement retirés des airs.

« Les quatre Embraer de la compagnie ont été les premiers à être mis en vente, même s’il est difficile de trouver preneur dans une telle conjoncture, confie une source proche du dossier. En attendant de les céder, la compagnie pourra au moins économiser sur les frais d’entretien et les charges de personnel. »

Une telle décision est amplement justifiée par la chute vertigineuse de l’activité subie avec le déclenchement de la crise sanitaire du coronavirus. Actuellement, la RAM n’assure que 8 vols par jour alors qu’à la même période de l’année dernière, la moyenne quotidienne était de 160 vols.

Pis, les perspectives ne sont que des incertitudes : les scénarios les plus optimistes de l’Association internationale du transport aérien (Iata) parlent d’un retour à la normale à horizon 2024. Et encore, cette estimation ne tenait pas compte du prolongement des restrictions rendues nécessaires par la récente deuxième vague mondiale de propagation du virus.

« Rester prêts à une reprise graduelle »

« Nous savons que le redressement de l’activité sera lent et progressif. Et le souci actuellement est de préserver l’entreprise et un maximum d’emplois, tout en gardant les conditions nécessaires pour être prêts à une reprise graduelle », rassure Abdelhamid Addou.

Le PDG du groupe reste lucide et conscient que la conjoncture incertaine impose désormais plus de flexibilité et de réactivité. « Notre souhait est de retrouver le plus rapidement une nouvelle dynamique qui se traduirait par de nouvelles embauches, mais si la crise perdure un nouveau plan social pourrait s’imposer de nouveau », prévient-il.

Pour l’heure, la compagnie a commencé par se séparer de 17 % des 5 000 salariés liés directement à l’exploitation, y compris ceux de la filiale Atlas Multi Service (AMS), qui emploie la plupart des hôtesses et stewards. Mais c’est la très influente corporation des pilotes de la RAM qui se fait le plus entendre dans la contestation du plan social qui concerne 180 de ses membres.

Les pilotes dénoncent un « ciblage » dans les licenciements

L’Association marocaine des pilotes de ligne (AMPL) qualifie cette démarche de « nettoyage social ». « C’est un travail de sniper. Il y a eu un ciblage des candidats au licenciement sans tenir compte ni des accords, ni de la loi qui fixe le choix des licenciés en fonction de critères comme l’ancienneté, la situation familiale et la notation de l’employeur », fulmine un membre de l’association, jusque-là présidée par le commandant Hicham El Falaki qui a lui-même fait les frais du plan de licenciement.

La direction de la RAM réfute bien évidemment de telles allégations. « En plus des 32 pilotes qui sont partis volontairement en pré-retraite, on compte aussi 68 jeunes pilotes parmi les départs », souligne Abdelhamid Addou qui rappelle que le plan social concerne toutes les catégories de personnel.

« Les pilotes représentent 11 % de l’effectif, mais absorbent près de 60 % de la masse salariale, soit 1,2 milliard de dirhams », confie une source proche de la compagnie, qui souligne les effets du départ de 30 % des pilotes sur les 520 permanents que compte la compagnie – en plus de 80 contractuels qui avaient déjà été remerciés au début de la crise)- sur les finances de la RAM.

Selon des sources proches du cabinet Bassamat & Laraqui, qui accompagne la compagnie dans ce plan social, les pilotes ayant choisi de partir en pré-retraite ont encaissé les années de salaire de reliquat. Ceux qui ont été licenciés ont reçu des indemnités variant de 1 million de dirhams pour les plus jeunes et à 7,5 millions de dirhams pour les plus anciens.

Négociation d’un prêt garanti par Rabat

L’AMPL ne conteste pas ces chiffres, mais estime que ce plan social ne constitue que des « économies de pacotille ». « La masse salariale n’absorbe que 15 % du chiffre d’affaires de la RAM. Les dépenses superflues et les économies à faire sont à chercher ailleurs. Nous étions prêts à une réduction de salaire pour supporter les 160 millions de dirhams de coût de l’ensemble de ce plan social et contribuer à une sortie de crise. »

Une proposition surréaliste, selon Abdelhamid Addou : « Elle est intervenue après le lancement de la procédure de licenciement économique par les autorités compétentes ! C’est un plan social irrévocable, et il faut rappeler que nous parlons d’une crise sur plusieurs années, pas d’un ralentissement conjoncturel ! Nous parlons de réduire la voilure pour sauver l’essentiel », souligne-t-il.

Au-delà de la réussite de ce plan social, la direction de la compagnie négocie avec un consortium réunissant plusieurs banques de la place pour lever un emprunt de 2,6 milliards de dirhams.

« Il servira à solder une partie du passif lié à l’arrêt quasi-total de l’activité, et donc du chiffre d’affaires », souligne Addou. Cette nouvelle ligne de crédit sera garanti par l’État-actionnaire, qui a donné son feu vert à cette levée de fonds dans le cadre du Plan de sauvetage.

Ce plan prévoit, par ailleurs, le déblocage de 3,4 milliards de dirhams supplémentaires, sans précision sur la provenance, l’usage ou le timing de cette ligne. Une manière de prendre les commandes manuelles d’une compagnie qui a toujours eu du plomb dans les ailes ?

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