Politique

La candidature d’Alassane Ouattara « n’est pas nécessaire », selon le cardinal Kutwa

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Mis à jour le 01 septembre 2020 à 17h46
La cathédrale Saint-Paul, à Abidjan, en février 2013 (archives).

La cathédrale Saint-Paul, à Abidjan, en février 2013 (archives). © REUTERS/Thierry Gouegnon

L’archevêque d’Abidjan s’est inquiété mardi de la montée des tensions à l’approche de la présidentielle. Mgr Jean-Pierre Kutwa estime que le président sortant, candidat à un troisième mandat contesté, ne devrait pas se représenter.

Nul doute que sa sortie n’a guère été appréciée dans les couloirs du palais présidentiel. Ce mardi 31 août, à quelques centaines de mètres de là, dans l’enceinte de la cathédrale Saint-Paul, le cardinal Jean-Pierre Kutwa a donné du grain à moudre aux opposants d’Alassane Ouattara.

Dans une déclaration à la presse, l’archevêque d’Abidjan, plus haute autorité de l’Église catholique de Côte d’Ivoire, a estimé que la candidature du chef de l’État à un troisième mandat n’était, selon lui, « pas nécessaire ».

« La candidature [du président Ouattara] à ces prochaines élections n’est pas nécessaire à mon humble avis. Son devoir régalien de garant de la Constitution et de l’unité nationale appelle son implication courageuse, en vue de ramener le calme dans le pays, de rassembler les Ivoiriens, de prendre le temps d’organiser les élections dans un environnement pacifié par la réconciliation », a-t-il déclaré. Avant d’ajouter : « Comme le dit si bien un adage de chez nous : “On ne reste pas dans les magnans pour enlever les magnans”. »

Violences meurtrières

Assurant qu’il ne pouvait continuer à garder le silence face au « virage dangereux » qu’abordait la Côte d’Ivoire à l’approche de la présidentielle du 31 octobre, le cardinal Kutwa s’est inquiété de « la radicalisation des positions de part et d’autre ».

Il a également déploré les récentes « violences inacceptables » qui ont fait au moins cinq morts dans plusieurs localités (Divo, Daoukro, Bonoua, Gagnoa…) mi-août, après l’annonce de la candidature d’Alassane Ouattara à un troisième mandat.

Dans ce contexte tendu, le religieux a indiqué qu’il en allait « de sa responsabilité » de pasteur d’appeler ses compatriotes au dialogue, au pardon, à la réconciliation et au respect de la loi.

« Évêque émérite de l’opposition »

Dans les rangs de la majorité, ces propos de l’archevêque d’Abidjan ont suscité un certain agacement. Dans une tribune publiée sur le site Connection ivoirienne, Joël N’Guessan, ancien ministre d’Alassane Ouattara et cadre du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), a ainsi estimé que le cardinal Kutwa apparaissait « de plus en plus comme l’évêque émérite de l’opposition ».

« À un moment on l’accusait d’être aux côtés du pouvoir. Aujourd’hui on l’accuse d’être aux côtés de l’opposition. Mais le cardinal a toujours été constant dans sa démarche : celle de prendre la parole quand cela est nécessaire », , défend l’abbé Augustin Obrou, le chargé de communication de l’Église catholique. « Il a constaté que la situation était tendue et il a donc décidé de s’exprimer. S’il n’avait pas réagit, certains lui auraient ensuite reproché de s’être tu. »

Annulation d’une marche pour la paix

Le cardinal Jean-Pierre Kutwa n’en est pas à sa première prise de position dans le champ politique tumultueux de son pays. Le 30 décembre 2019, lors d’une messe en faveur de la paix en présence d’Alassane Ouattara, il avait demandé au président d’user de son pouvoir de grâce pour « faire sortir du cachot tous ceux qui ont été arrêtés à la suite des derniers événements qu’a connu notre pays ».

Une semaine plus tôt, plusieurs proches de Guillaume Soro, l’ex-président de l’Assemblée nationale accusé de tentative de déstabilisation, avaient été interpellés lors de sa tentative de retour à Abidjan.

Mi-janvier, l’Église catholique avait ensuite annoncé qu’elle comptait organiser une marche pour la paix et des « élections apaisées » le 15 février dans la commune du Plateau, à Abidjan.

Henri Konan Bédié, le président du Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) avait alors invité ses militants à y participer. Mais, face aux menaces et aux appels aux meurtres proférés sur les réseaux sociaux – qui avaient d’ailleurs conduit la justice ivoirienne à se saisir de l’affaire -, le cardinal Jean-Pierre Kutwa avait finalement pris la décision d’annuler cette marche.

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