Elections

Présidentielle en Côte d’Ivoire : l’étrange candidature de Vincent Toh Bi

Réservé aux abonnés | | Par - à Abidjan
Vincent Toh Bi, préfet d'Abidjan, dans les rues de Yopougon, pour faire appliquer les directives gouvernementales afin de limiter la propagation du Covid-19, le 21 mars 2020.

Vincent Toh Bi, préfet d'Abidjan, dans les rues de Yopougon, pour faire appliquer les directives gouvernementales afin de limiter la propagation du Covid-19, le 21 mars 2020. © ISSOUF SANOGO / AFP

Un dossier de candidature à l’élection présidentielle au nom de Vincent Toh Bi, l’ancien préfet d’Abidjan, a été déposé lundi à la Commission électorale indépendante (CEI). Une initiative dont il n’assume pas la paternité.

Tout a commencé lundi 31 août en fin de journée aux abords du siège de la Commission électorale indépendante (CEI). C’est le dernier jour du dépôt des candidatures à la prochaine élection présidentielle, et depuis 9 heures, les prétendants défilent accompagnés de leurs militants.

Aux alentours de 19 h, quelques jeunes arrivent. Ils portent des t-shirts et une banderole à l’effigie de Vincent Toh Bi. « Osons le changement. Vincent Toh Bi, un choix, une vision, une nation », peut-on y lire.

Dossier incomplet

Un peu plus tard, un dénommé Daniel Ninsemon se présente à la CEI pour y déposer un dossier de candidature au nom de l’ancien préfet d’Abidjan. Le dossier est incomplet – sur les 13 documents requis, il en manque 10, dont la caution de 50 millions et les parrainages. La signature du concerné manque également. Un extrait de naissance, un certificat de nationalité et un casier judiciaire de Vincent Toh Bi ont en revanche été déposés.

Daniel Ninsemon se présente ensuite devant les journalistes présents et déclare : « Je suis un citoyen libre et membre de la société civile. Nous venons de déposer la candidature de Vincent Toh Bi Irié à l’élection présidentielle. Nous estimons qu’il fait partie de la génération de nouveaux leaders dont la Côte d’Ivoire a besoin. Nous voulons une Côte d’Ivoire, d’amour, de paix, de solidarité, de fraternité et d’union, valeurs qu’incarne le préfet. »

Candidature interdite

Très présent sur les réseaux sociaux, Daniel Ninsemon relayait régulièrement les actions de Vincent Toh Bi. Originaire de l’Ouest, ce jeune fonctionnaire engagé politiquement avait participé à la campagne de la ministre Anne Ouloto lors de l’élection du Conseil régional du Cavally, en 2018. Sur son compte Twitter, il se dit président du mouvement En marche pour le développement (EMD).

Cette candidature interpelle, d’autant qu’elle n’a aucune chance d’être acceptée par le Conseil constitutionnel. Au-delà des nombreux documents manquants, une disposition du code électoral interdit en effet aux membres du corps préfectoral en poste dans les six mois précédent le scrutin de se porter candidat.

L’ancien préfet n’a pas répondu aux sollicitations de Jeune Afrique. Le 1er septembre, il a cependant publié une vidéo sur Facebook mettant en scène son retour dans son village d’enfance. Il en a profité pour donner sa version des faits, assurant qu’il s’agissait d’une initiative à laquelle il n’était pas associé.

« Acte symbolique »

Notre temps n’est peut-être pas venu de servir au niveau suprême, mais ce sont des aspirations

« Deux jeunes sont venus me voir samedi pour demander d’être leur candidat. Je leur ai dit non. D’abord, il y a des dispositions légales. Ensuite, une élection se prépare au minimum quelques mois avant », a-t-il affirmé.

« Lundi, ils m’ont annoncé qu’ils allaient poser un acte symbolique pour montrer qu’ils ont besoin de gens nouveau dans l’arène politique. Malgré cela, je ne m’attendais à voir ce que j’ai vu lundi sur les réseaux sociaux », a ajouté Vincent Toh Bi, sans expliquer comment ces personnes avaient pu se procurer son extrait de naissance, son certificat de nationalité et son casier judiciaire.

« Tout le monde aspire à contribuer à la vie d’un pays. Notre temps n’est peut-être pas venu de servir au niveau suprême, mais ce sont des aspirations », a-t-il poursuivi.

L’option politique

Selon nos sources, Vincent Toh Bi envisage bien de se lancer en politique. « C’est une option. Tout dépendra de l’offre. Avant cela, il va surement prendre un peu de recul et, pourquoi pas, avoir une expérience à l’étranger », précise un de ses proches.

L’ancien préfet avait démissionné de son poste le 26 août et demandé une mise en disponibilité de l’administration. En privé, il avait justifié son choix par les tensions liées à la candidature d’Alassane Ouattara à un troisième mandat et par les difficultés qu’il rencontrait dans l’exercice de ses fonctions pour travailler.

« Certains ministres lui mettaient constamment des bâtons dans les roues. Il avait déjà présenté sa démission à deux reprises », précise l’un de ses proches. Dans les sphères du pouvoir, ils étaient nombreux à ne pas apprécier sa communication, estimant qu’il outrepassait ses prérogatives à des fins personnelles.

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