Politique économique

Dettes africaines : vers une renégociation… si le privé participe

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Gare d'Addis-Abeba, le 23 juillet.

Gare d'Addis-Abeba, le 23 juillet. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

Les pays créanciers planchent sur les prochaines étapes du traitement des dettes africaines. Mais, cette fois, le secteur privé devra s’impliquer.

« À ce jour, 28 pays, dont 20 en Afrique subsaharienne*, bénéficient de l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) mise en place par le Club de Paris, pour un montant cumulé de 2,1 milliards de dollars, et 11 autres dossiers sont encore en cours de traitement », a indiqué la présidente de l’organisation informelle, Odile Renaud-Basso, directrice du Trésor français, le 1er septembre.

En parallèle, selon les données communiquées par le G20 le 18 juillet – les dernières en date –, 42 États avaient fait une demande similaire auprès de cette organisation, pour un montant de 5,3 milliards de dollars.

Trois conditions pour une renégociation

Néanmoins, dans les deux cas, la mesure ne porte pour l’instant que jusqu’à la fin de l’année 2020. Alors que l’échéance approche, se pose la question de l’avenir de ces mesures.

« Tout est encore en discussion, et sera notamment débattu lors de la prochaine réunion du G20, à la mi-septembre, des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale [du 16 au 18 octobre] », a indiqué Odile Renaud-Basso, qui a présenté la position défendue par la France, en tant que secrétaire du Club de Paris : celle d’une extension générale du moratoire, suivie par une renégociation de la dette pour les pays qui en auront le plus besoin.

Une mesure qui devra être décidée « au cas par cas », et ne pourra être décidée sans que trois conditions soient réunies : que la dette reste soutenable, que la mesure soit accompagnée d’un programme du FMI et, enfin, que le secteur privé participe à l’effort.

Aucun rééchelonnement de dette privée opérationnalisé

Cela constitue un changement majeur par rapport au moratoire en vigueur depuis plusieurs mois, mais il correspond à la politique générale du Club de Paris, qui avait jusque-là toujours conditionné la renégociation de la dette des créanciers institutionnels à un effort similaire du privé.

« Lors de la signature de l’ISSD, nous avions eu une approche très pragmatique : nous étions conscients que pour une mesure de moratoire, somme toute légère, le coût en termes de notation et donc d’accès futur au marché d’une mesure similaire accordée par le privé pourrait être trop important pour que les États y trouvent leur avantage », explique Odile Renaud-Basso.

Si la dette obligataire est rééchelonnée, une dégradation paraît assez probable

Cependant, sur un plus long terme, les créanciers institutionnels ne comptent plus suspendre la perception de leurs échéances quand celles du secteur privé continuent à être honorées. « Les représentants du secteur privé avaient indiqué la disposition de créanciers privés à participer à l’ISSD sur une base volontaire et au cas par cas, mais à ma connaissance, aucun accord en ce sens n’a été finalisé ou opérationnalisé », confiait à Jeune Afrique la présidente du Club de Paris il y a quelques jours.

Un ratio coût/avantage à recalculer

D’ici au second semestre ou la fin de 2021 – en fonction de la durée de l’extension qui sera décidée pour le moratoire – les États éligibles à une renégociation devront décider s’ils souhaitent bénéficier de ce bol d’air pour leurs finances, sachant que la participation du secteur privé conduira quasi automatiquement à la dégradation de la note souveraine.

Nombre de sociétés chinoises à capital 100 % public agissant comme des acteurs privés

« Si la dette obligataire est rééchelonnée, il est assez probable que cela affecte la notation des pays débiteurs, compte tenu de la méthodologie des agences de notation », confiait Odile Renaud-Basso au cours de son entretien avec JA.

Interrogée sur la participation de la Chine, qui avait indiqué vouloir se joindre à l’initiative – avant de cesser de communiquer sur la question –, la présidente du Club de Paris fait savoir que Pékin « participe » au processus multilatéral. « Il y a bien sûr des questions de mise en œuvre qui se posent, notamment sur le champ des créances publiques concernées, la Chine affirmant que certains banques à capital 100 % public agissent comme des acteurs privés », a-t-elle commenté.


Après le coup d’État, Bamako fragilisé pour renégocier

Le coup d’État ne devrait rien changer au moratoire dont bénéficie le Mali, l’un des premiers pays à signer l’ISSD. En revanche, les nouvelles autorités, qui n’ont pas encore été reconnues par l’ensemble de la communauté internationale, pourraient peiner à s’attirer la confiance du FMI, condition nécessaire à la renégociation de la dette.

* Pays africains bénéficiaires de l’ISSD : Angola, Burkina Faso, Cap-Vert, Cameroun, Tchad, Comores, RDC, République du Congo, Djibouti, Éthiopie, Guinée, Côte d’Ivoire, Mali, Mauritanie,  Niger, São Tomé et Principe, Sénégal, Sierra Leone, Togo et Zambie

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