Politique

Libye : l’affaire Bachagha ou la crainte d’un nouveau conflit entre milices

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Mis à jour le 01 septembre 2020 à 17h41
À Misrata, manifestation en soutien au ministre de l'Intérieur suspendu, Fathi Bashagha.

À Misrata, manifestation en soutien au ministre de l'Intérieur suspendu, Fathi Bashagha. © © REUTERS/Ayman Al-Sahili

En Tripolitaine, le spectre de la guerre des milices resurgit après la suspension du ministre de l’Intérieur Fathi Bachagha.

L’unité montrée par les différentes factions de la Tripolitaine face à l’offensive du maréchal Haftar – repoussée en juin – n’est déjà plus qu’un souvenir.

Le chef du gouvernement d’entente nationale (GNA) basé à Tripoli Fayez al-Sarraj a décidé le 28 août de suspendre le ministre de l’Intérieur Fathi Bachagha, qui occupe le poste depuis 2018. Le communiqué de la présidence du Conseil du GNA annonçant sa suspension le 28 août évoque les manifestations qui ont eu lieu dans la capitale libyenne la semaine dernière, « l’échec du ministre à protéger les manifestants d’une violente répression » et précise que le ministre suspendu sera « interrogé sur les autorisations accordées aux manifestants, l’organisation de la sécurité sur place et les violations commises ».

Une accusation ambiguë donc, qui porterait à la fois sur les autorisations de manifester accordée par le ministre de l’Intérieur et sur la répression du mouvement de protestation contre les conditions de vie et la corruption. Une douzaine de manifestants ont été blessés par des tirs d’hommes masqués en treillis militaires.

Soupçons d’une tentative de coup d’État

Fathi Bachagha avait alors protesté contre cette répression, précisant que les hommes armés n’étaient pas des employés du ministère de l’Intérieur. La brigade tripolitaine Nawasi, affiliée en principe au GNA, est notamment accusée d’avoir enlevé six manifestants, un acte que le ministre suspendu a condamné, évoquant la « panique au sein de la population » et la menace sur la « sécurité et l’ordre public ». Fathi Bachagha a toutefois accepté de répondre aux accusations, à la condition que son audition soit publique.

En coulisses pourtant, une tentative de coup d’État du ministre de l’Intérieur, avec le soutien d’Ankara, est évoquée. Fathi Bachagha était d’ailleurs en Turquie où il a notamment rencontré le ministre turc de la Défense Hulusi Akar quand sa suspension a été annoncée. Il est rentré samedi 29 août. Il est aussi reproché au ministre d’avoir lancé des signaux encourageants aux manifestants alors qu’il aurait dû faire preuve de solidarité gouvernementale.

Depuis l’offensive du maréchal Haftar en avril 2019, le ministre de l’Intérieur est devenu une personnalité de premier plan dans la capitale libyenne, doté d’appuis libyens importants – dont sa ville de Misrata – et apprécié par ses interlocuteurs étrangers pour sa sobriété dans un paysage politique libyen dominé par les chefs de clan.

« Les États-Unis (…) apprécient le partenariat étroit avec le Premier ministre Sarraj et le ministre de l’Intérieur Bashaga (sic) et appellent à la coopération dans l’intérêt d’une bonne gouvernance pour le peuple libyen », a d’ailleurs tweeté l’ambassade des États-Unis en Libye le 29 août, alors que la suspension de Bachagha était effective.

L’unité du GNA menacée ?

Outre Ankara, Fathi Bachagha dispose de la confiance de Doha où il a été reçu par l’émir Tamim lui-même en décembre. Le ministre suspendu est également en grande partie crédité de l’échec de l’offensive du maréchal Haftar contre la capitale libyenne.

Un poids croissant dans la balbutiante structure gouvernementale libyenne, dont ont pu prendre ombrage Fayez al-Sarraj, qui lui dispose de peu d’appuis intérieurs, et les milices de Tripoli, souvent à couteaux tirés avec les forces de Misrata.

Samedi, plusieurs dizaines de manifestants ont d’ailleurs affiché leur soutien au ministre suspendu dans la ville de Misrata. Le leader de la Brigade 166 de Misrata Mohammad al-Hassan menace d’ailleurs aujourd’hui de quitter le camp du GNA, rapporte le média italien Agenzia Nova. A contrario, des images de miliciens tripolitains célébrant l’annonce de la suspension du ministre ont circulé sur les réseaux sociaux libyens ce week-end.

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