Agroalimentaire

Coton : Olam pousse ses pions en Afrique de l’Ouest

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Une récolte de coton.

Une récolte de coton. © Théo Renaut pour J.A.

La reprise de la Nouvelle Société cotonnière du Togo par Olam est le dernier acte de l’offensive du géant singapourien dans le secteur de l’or blanc en zone francophone.

S’il reste encore des points à régler, la reprise, elle, est actée. La Nouvelle Société cotonnière du Togo (NSCT), principal acteur de l’or blanc dans le pays, va passer sous le contrôle du groupe singapourien Olam. Jusqu’ici détenue à 60% par l’État et à 40% par les cultivateurs de coton, la NSCT, ex-Société togolaise de coton (Sotoco), doit être rachetée (à hauteur de 51%) par le géant du négoce de produits agricoles, actif dans 17 pays du continent, l’État conservant 9% de la société. Ni le montant de la privatisation, ni ses modalités n’ont été communiquées.

Selon nos informations, au moins un autre acteur avait manifesté son intérêt à entrer au capital de la NSCT, à savoir le groupe Advens-Geocoton de l’homme d’affaires Abbas Jaber. Ce dernier avait également présenté – sans succès – un dossier pour la reprise de la Société cotonnière tchadienne, CotonTchad, elle aussi passée dans le giron d’Olam en 2018.

Cet investissement permettra d’augmenter les volumes, d’améliorer les rendements, et d’atteindre notre plein potentiel

Cette cession « répond au souci du gouvernement de trouver un partenaire stratégique de renom, disposant de l’expertise nécessaire, susceptible de contribuer, dans le domaine de l’agro-industrie, à la réalisation des objectifs de l’axe 2 du plan national de développement (PND 2018-2022), notamment en ce qui concerne le secteur cotonnier », a expliqué à Jeune Afrique le ministre togolais de l’Économie et des Finances, Sani Yaya, qui justifie le choix d’Olam par ses performances réalisées en Côte d’Ivoire et au Tchad.

« Cet investissement renforcera la capacité de la NSCT de s’associer avec les producteurs de coton pour augmenter les volumes, améliorer les rendements et contribuer à atteindre le plein potentiel du coton togolais », a indiqué Olam, début juillet, dans un communiqué saluant l’adoption, fin juin, par l’Assemblée nationale, du projet de loi autorisant le gouvernement à ouvrir des négociations pour privatiser la NSCT.

Une toile savamment tissée

La percée d’Olam dans le coton en Afrique de l’Ouest a commencé en Côte d’Ivoire en 2008 avec la reprise de la Compagnie cotonnière de Côte d’Ivoire (LCCI), au détriment – déjà – d’Advens et de Ivoire Coton, filiale d’Aga Khan. Devenue la Société d’exploitation cotonnière Olam (Seco), la société travaille aujourd’hui avec plus de 16 000 cultivateurs réunis dans 400 coopératives et a développé deux usines d’égrenage, à Ouangolodougou et Ferkessédougou.

Puis, à partir de 2018, le géant singapourien étend sa toile au Tchad, rachetant pour près de 14 millions d’euros 60% des parts de CotonTchad, alors en pleine déroute. Renouant avec les cultivateurs, il relance la production, la faisant remonter à 180 000 tonnes de coton-graine pour la campagne 2019-2020 quand elle était tombée à 17 000 tonnes lors de la campagne 2016-2017.

Ces privatisations font naître des craintes autant qu’elles suscitent de l’espoir

Promettant d’atteindre au plus vite les 300 000 tonnes annuelles, il apure les dettes de la société tout en investissant pour remettre en marche l’activité huilerie mais aussi améliorer le transport de la marchandises entre les champs et les usines. Positif, le bilan demeure toutefois encore fragile.

Cheval de Troie

Ces privatisations dans un secteur aussi stratégique que le coton – grand employeur national – font naître des craintes quant à la souveraineté des pays en même temps qu’elles suscitent de l’espoir dans la relance de sociétés nationales en déclin et de filières en difficulté.

Pour les détracteurs d’Olam, le coton joue le rôle de cheval de Troie, permettant l’entrée dans les pays via une matière première avant de pouvoir se diversifier dans d’autres grâce à son accès facilité au capital, le groupe étant majoritairement détendu par le fonds souverain singapourien Temasek.

Le nombre d’usines à construire dépendra de la dynamique de production annuelle

Pour ce qui est de la NSCT, au Togo, les défis sont de taille. Dotée d’un capital de 2 milliards de francs CFA (3 millions d’euros), la société a réalisé un résultat net de 4,6 milliards F CFA en 2019 mais sa production reste inférieure aux prévisions : 116 000 tonnes de coton-graine pour la campagne 2019-2020 contre 137 000 t en 2018-2019, en deçà des 150 000 tonnes attendues. Olam a promis d’augmenter la production (à 200 000 tonnes en 2022) et la productivité (de 600 kilogrammes par hectare actuellement à 900 à 1000 kg/ha) tout en investissant dans la transformation du coton.

« Le nombre d’usines à construire par le nouvel actionnaire majoritaire n’est pas encore défini.  Il dépendra de la dynamique de production de chaque année », a indiqué le ministre togolais de l’Agriculture, Noël Koutéra Bataka, ajoutant que le contrat entre l’État et le groupe prévoit également un financement  pour des activités de promotion du « coton made in Togo ».

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