Politique économique

Le Nigeria se dirige vers sa « pire récession » en quarante ans

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Au Nigeria, les écoles publiques et privées ont repris le 3 août, après des mois de fermeture.

Au Nigeria, les écoles publiques et privées ont repris le 3 août, après des mois de fermeture. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Si le coronavirus et la chute de la demande pétrolière sont pour beaucoup dans les difficultés économiques du Nigeria, certains analystes pointent aussi les effets des politiques menées par l’administration Buhari.

Au deuxième trimestre 2020, l’économie nigériane a reculé de 6,10 % en glissement annuel, sa plus forte contraction en plus de neuf ans. Si le pays n’est pas encore officiellement entré en récession le premier trimestre ayant enregistré une croissance de 1,5 % le FMI anticipe une croissance annuelle négative de -5,4 %, tandis que la Banque mondiale s’attend à la « pire récession qu’Abuja ait connue depuis quatre décennies ».

Il faut dire que le pétrole, principale richesse du pays, a été frappé de plein fouet par la crise liée au coronavirus, et que l’accord de réduction de la production de pétrole de l’Opep, qui a limité la production nigériane à 1,41mb/jour entre mai et juin [contre 2,1 millions de barils par jour en 2019 selon le BP Statistical Review of World Energy] », n’a pas suffi à maintenir les cours.

Les limites d’une politique de repli

Mais à côté du secteur extractif, « qui a connu des périodes plus difficiles encore, en particulier au plus fort des attaques militantes contre les infrastructures pétrolières et gazières en 2016 », le secteur non pétrolier a lui aussi enregistré une contraction record, avec une baisse de 6,1 % au deuxième trimestre, comme le précisent les analystes de la banque d’investissement indépendante Chapel Hill Denham Securities.

Les nouvelles taxes et redevances ont surtout assuré la croissance de l’économie informelle

L’inflation est élevée, tout comme le chômage, et les premiers indicateurs semblent montrer que la politique agressive adoptée par Abuja dans le cadre de son plan de relance comprenant fermeture des frontières et hausse drastique des taxes n’enregistre pas les résultats escomptés, notent certains analystes.

« La plupart des importateurs nigérians de produits de base ou d’intrants secondaires ou tertiaires essentiels ont été affectés par une politique de change court-termiste et la fermeture inutile des frontières », pointe ainsi Ikemesit Effiong, responsable de la recherche à SBM Intelligence, selon lequel « l’introduction de nouvelles taxes et redevances a surtout assuré la croissance de l’économie informelle du pays », tandis que « le déficit budgétaire grandissant menace les emplois, la sécurité alimentaire, les infrastructures, l’éducation et tout autre indicateur d’une économie en croissance ».

Timide espoir

« Le pire est peut-être passé », veulent cependant croire les analystes de Chapel Hill Denham Securities, selon lesquels les activités économiques ont montré des signes d’amélioration.

Ainsi, depuis le 4 mai et la levée du blocus de 35 jours qui avait frappé Abuja et les États d’Ogun et de Lagos, le gouvernement nigérian a progressivement assoupli d’autres restrictions, en levant l’interdiction de voyager entre les États en juillet, en autorisant les écoles à reprendre l’enseignement pour les élèves des classes terminales ou encore en permettant la réouverture de restaurants et de bars. Dernière mesure en date, la fin de l’interdiction des voyages aériens internationaux, qui devraient reprendre dès le 29 août.

Par ailleurs, les restrictions restantes étant imparfaitement appliquées, leur impact négatif sur la croissance est donc limité, relèvent les analystes selon lesquels ce relâchement « augmente également le risque de voir le virus échapper à tout contrôle, poussant le gouvernement à revenir à des mesures strictes ».

Le secteur pétrolier devrait s’enfoncer dans la crise

S’ils se montrent prudents, les experts de Chapel Hill estiment cependant que le risque de recul de la réouverture économique est minime, le Nigeria n’ayant pas connu de pic majeur d’infections, et la courbe Covid-19 semblant s’aplanir, « bien que les tests restent insuffisants », pointent-ils.

Dans les mois qui viennent, Omotola Abimbola, analyste de Chapel Hill Denham Securities, s’attend donc à ce que « la contraction du secteur non pétrolier s’atténue, en raison de la réouverture progressive de l’économie et de la surperformance soutenue des institutions financières et des secteurs des télécommunications ». En revanche, le secteur pétrolier, lui, devrait s’enfoncer dans la crise, du fait des réductions de production liées à l’accord de l’OPEP+.

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