Politique

Mali : #MaTransition, le hashtag qui donne le pouvoir aux jeunes

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Mis à jour le 02 septembre 2020 à 16h52
Des Maliens célèbrent le départ d'Ibrahim Boubacar Keïta à Bamako, le 21 août 2020.

Des Maliens célèbrent le départ d'Ibrahim Boubacar Keïta à Bamako, le 21 août 2020. © Baba Ahmed/AP/Sipa

Lancé par des blogueurs, #MaTransition se répand sur les réseaux sociaux. Avec ce hashtag, des milliers de jeunes Maliens veulent faire entendre leur voix sur les réformes à mener et sur l’avenir du pays.

#MaTransition est désormais le hashtag en vogue sur les réseaux sociaux maliens. Lancé par Doniblog, la « Communauté des blogueurs du Mali » le 25 août , une semaine après le coup d’État militaire qui a entraîné la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), il n’a qu’un but : inclure la jeunesse dans le processus de transition politique du pays. « Pour qu’on ne soit plus des électeurs moutons », ironise un internaute.

« #MaTransition a un sens très fort puisqu’il s’adresse à toute la jeune génération. Il permet à chaque Malien, où qu’il soit et quelle que soit sa condition, de s’exprimer sur l’avenir : le Mali de demain », souligne Abdoulaye Guindo, coordinateur de la plateforme Benbere, pilotée par Doniblog, sur laquelle les blogueurs du pays peuvent s’exprimer.

« Sentiment de frustration »

Sous ce hastag, les internautes échangent sur de nombreuses problématiques – « Quel Mali allons-nous construire demain ? » – et partagent des slogans semblables à ceux des campagnes électorales – « Pour une transition réussie, chaque jeune compte » , « Je laisse entendre ma voix et défends ma transition parce que mon avis compte ».

Cet aspect participatif entend démontrer que le coup d’État de 2020 est différent de celui de 1991, qui avait renversé Moussa Traoré, et celui de 2012, qui avait précipité le départ d’Amadou Toumani Touré. « Un vent nouveau souffle à Bamako, confirme Boubacar Sangaré, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) à Bamako. La jeune génération sera un acteur de premier plan dans la reconstruction du pays. »

« Aujourd’hui, les jeunes qui s’expriment sur les réseaux sociaux ont un sentiment de frustration, ils se sentent exclus des débats, estime Aïssata Hawoye Maiga, sympathisante de l’Union pour la république et la démocratie (URD). Avec #MaTransition, ils veulent être entendus et représentés au sein des institutions maliennes. Pour eux, il est temps qu’un changement de génération s’opère au sein de la classe politique. »

La plupart de ceux qui font vivre ce hashtag ont battu le pavé tous les vendredis à Bamako pour demander le départ d’IBK. « Son départ consacre la victoire de la jeunesse, puisque sans elle et sans les démonstrations de force organisées par les membres du Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), les militaires n’auraient pas enlevé le président au pouvoir », affirme Abdoulaye Guindo.

Pour des réformes en profondeur

Alors que les négociations vont bon train entre les représentants de la junte, les membres du M5-RFP et la Cedeao sur la nature de la transition, ces jeunes internautes savent déjà quels changements ils souhaitent pour leur pays.

Sur la toile, la réforme qui revient le plus souvent parmi leurs revendications est celle de la sécurité et de la défense. « Ce n’est pas surprenant car c’est le débat central pour tout Malien. Tout politique qui aspire à de hautes fonctions doit aujourd’hui avoir un programme solide sur ce volet », argue Aissata Maiga. En effet, le Centre et le Nord du pays sont depuis plusieurs années pris dans un tourbillon de violences et de division, entre tensions inter-communautaires et attaques jihadistes.

Beaucoup souhaitent également une « réforme en profondeur » du système administratif et institutionnel. Sous le hashtag #MaTransition, la réduction des budgets de la présidence et de la Primature, ainsi que du nombre de postes ministériels, et la suppression des « marchés publics de gré à gré » reviennent souvent.

« Les jeunes pensent que la corruption et la mauvaise gestion administrative ont un impact sur le chômage qu’ils subissent, et qui rend difficile leur insertion dans la société », ajoute Abdoulaye Guindo.

Enfin, pour un certain nombre d’entre eux, une réforme de la Cour constitutionnelle est nécessaire pour éviter de voir se répéter le scénario des élections législatives du 19 avril 2020, qui avaient été émaillées d’irrégularités. « Jamais dans l’histoire du pays les législatives n’ont été aussi manipulées », dénonce le rédacteur en chef de Benbere.

En effet, la Cour avait avalisé l’élection d’une trentaine de députés dont les noms ne figuraient pas sur les listes des résultats provisoires. Parmi eux, dix étaient issus du parti du président IBK. De quoi provoquer l’ire des Maliens, qui ont manifesté leur mécontentement dans la rue.

Quel leader ?

Les revendications et les propositions sont nombreuses… Mais peu s’expriment sur une question de premier plan : quelle personnalité pour mener la transition ? Pourtant, « il est crucial de trouver un leader pour opérer le changement de cap, juge Aissatou Maiga. Parmi les leaders actuels, beaucoup sont corrompus et appartiennent à l’ancien système. »

Abdoulaye Guindo est, lui, plus confiant. « Dès que le comité de transition sera installé, nous allons essayer de rencontrer ses membres pour leur présenter les propositions du peuple malien ». Et de conclure : « Si, à l’issue de la transition, les jeunes retrouvent leurs idées dans les réformes politiques, ils se reconnaîtront dans ce nouveau Mali. »

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