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Disparition tragique de Dag Hammarskjöld

Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, un vieux DC-6 aux couleurs des Nations unies fait route, tous feux éteints, vers Ndola, une ville située à 220 kilomètres au nord de Lusaka, la capitale de ce qui s’appelait alors la Rhodésie du Nord (l’actuelle Zambie). À son bord, outre les membres d’équipage, se trouvent le secrétaire général des Nations unies Dag Hammarskjöld, trois de ses conseillers, tous de nationalité américaine, un responsable – canadien – de la Mission des Nations unies au Congo, ainsi que plusieurs agents de sécurité.
Peu après minuit, l’appareil perd subitement de l’altitude et va s’écraser sur une colline, à proximité de Ndola. Les secouristes retrouveront les corps sans vie de quinze des seize passagers, parmi lesquels celui du secrétaire général de l’ONU. L’unique survivant, un garde du corps américain du nom de Harold Julian, décédera de ses brûlures quatre jours plus tard, après avoir fourni quelques précieuses indications aux enquêteurs. Selon lui, Dag Hammarskjöld aurait, à la dernière minute, ordonné au pilote de changer de destination. Mais, lors des manoeuvres pour reprendre de l’altitude, il y aurait eu un éclair suivi d’une détonation.

Avec la disparition tragique de Dag Hjalmar Agne Carl Hammarskjöld, 55 ans, fils d’un ancien Premier ministre suédois, deuxième secrétaire général de l’histoire des Nations unies, élu en avril 1953 et réélu pour un nouveau mandat le 26 septembre 1957, le monde perdait un messager de paix. En pleine crise congolaise, le diplomate suédois se rendait à Ndola pour rencontrer le chef de la sécession katangaise, Moïse Tshombé, en rébellion ouverte contre le gouvernement central congolais basé à Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa). Il entendait discuter avec « monsieur Tiroir-Caisse » – surnom de Tshombé – de la signature d’un accord de cessez-le-feu, préalable à toute négociation de paix.
Accident ? Acte de sabotage ? Attentat ? À cause des (maigres) informations fournies par le sergent Julian, on a pensé dans un premier temps que l’avion avait été touché par un missile, mais des spécialistes de l’aviation ont expliqué qu’il était impossible qu’il ait pu être repéré et abattu parce qu’il volait de nuit, tous feux éteints, suivant une route tenue secrète. Autre hypothèse : un mercenaire français aurait réussi, avant le décollage, à se glisser à bord et tenté de contraindre le pilote à changer de direction, provoquant la catastrophe.

La version finalement retenue par les enquêteurs fut celle de l’accident. Le pilote aurait interverti ses cartes aériennes et, à cause du brouillard, confondu l’atterrissage à Ndola avec l’approche sur… Léopoldville, d’où il venait pourtant de décoller quelques heures plus tôt. Dag Hammarskjöld eut droit à des funérailles grandioses à Uppsala, où il a passé sa jeunesse et fait ses études universitaires. Et, malgré les doutes, on en resta là.
À plusieurs reprises, ces dernières années, l’affaire est revenue dans l’actualité, sans que les Nations unies et le gouvernement suédois ne jugent nécessaire de rouvrir le dossier. En septembre 1992, deux anciens hauts fonctionnaires onusiens, en poste à l’époque au Congo, ont ainsi révélé dans une lettre adressée au quotidien britannique The Guardian que ce sont des mercenaires, « au service d’intérêts miniers », qui ont abattu l’avion de Dag Hammarskjöld. Conor Cruise O’Brien était le représentant de l’ONU au Katanga lors du drame, et Ivan Smith son successeur immédiat dans la même province congolaise riche en minerai de cuivre. L’Union minière (contrôlée par des capitaux belges) a, bien entendu, démenti toute implication dans la mort du secrétaire général.
En 1998, l’archevêque Desmond Tutu, président de la Commission (sud-africaine) Vérité et Réconciliation, s’appuyant sur des documents classés « secret-défense », a indiqué, de son côté, que la mort tragique de Dag Hammarskjöld était le résultat d’un « complot de l’Occident ». Sans que, pour autant, les Nations unies n’ordonnent une nouvelle enquête…

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