Pétrole & Gaz

Total face aux défis sécuritaires de son mégaprojet gazier mozambicain

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Mis à jour le 26 août 2020 à 17h53
Combattants et armes des insurgés ismalistes mozambicains suite aux affrontements du 6 août 2020, près de Mocimboa da Praia.

Combattants et armes des insurgés ismalistes mozambicains suite aux affrontements du 6 août 2020, près de Mocimboa da Praia. © AP/sipa

Le pétrolier français et Maputo ont renforcé leur accord de protection des installations gazières, qui prévoit notamment un soutien logistique aux forces de l’ordre mozambicaines.

Après l’attaque d’un groupe islamiste armé, qui a repris le 12 août la ville portuaire de de Mocimboa da Praia, dans la province du Cabo Delgado, Total et Maputo ont discuté activement puis annoncé le 25 août avoir musclé leur accord de protection des installations gazières dans cette région politiquement sensible, où le groupe extractif mène depuis septembre 2019 le mégaprojet gazier Mozambique GNL, repris à l’américain Anadarko.

Une première mouture de cet accord sécuritaire avait été signée le 1er mars 2019 par son prédécesseur.

Si le géant pétrolier français, qui a levé 14,1 milliards de dollars fin juillet pour démarrer l’exploitation, a refusé de donner davantage de détails sur cette mise à jour, selon plusieurs connaisseurs du dossier, elle prévoit une augmentation de la contribution financière de Total aux autorités en échange d’une meilleure protection de ses infrastructures du projet Mozambique GNL par la Joint Task Force du Cabo Delgado, dont les effectifs auraient été revu à la hausse après l’attaque du 12 août, de 500 à quelque 3 000 hommes.

L’accord doit aussi préciser les modalités de coordination entre les sociétés privées missionnées par Total – qui sont en cours de nomination suite à un appel d’offre – et la Joint Task Force.

Des forces spéciales tenues en échec

Composée de militaires – notamment des force spéciales -, d’agents de renseignement et et de policiers de différentes unités, cette Joint Task Force mozambicaine affectée au Cabo Delgado, à l’extrême nord du pays, n’a pas réussi à s’imposer militairement jusqu’à présent.

Elle est aussi accusée de violations des droits de l’homme – notamment en matière de harcèlement sexuel – par l’ONG Les Amis de la Terre, qui a publié mi-juin un rapport très critique de l’action de Total et de la coopération militaire entre Paris et Maputo.

Selon l’ONG, l’arrivée des hommes de la Joint Task Force dans la région a renforcé l’instabilité de cette région frontalière de la Tanzanie, la seule province à majorité musulmane du pays.

« Malgré la hausse des effectifs de la task force, la ville de Mocimboa da Praia, située à 60 km de là où est installé le groupe français, est encore aux mains des groupes islamistes insurgés, qui ont même réussi à étendre leur champ d’action dans un village situé à seulement quelques 30 km de l’implantation des futures infrastructures gazières », indique Cécile Marchand, rédactrice du rapport des Amis de la Terre.

Soutien logistique et compensations financières

« Conformément à son code de conduite, Total applique les principes volontaires des Nations unies sur la sûreté et les droits humains (VPSHR). Des formations systématiques aux VPSHR des membres des forces de sécurité publique participant à la protection du site des projets sont dispensées », faisait valoir Total mi-juin après la parution du rapport de l’ONG.

« Les opérateurs de projets Mozambique LNG [piloté par Andarko puis Total] et Rovuma LNG [mené par ExxonMobil et Eni] apportent un soutien logistique aux forces publiques de sécurité affectées à la protection des activités des projets, sous la forme de mise à disposition de véhicules, de logements et d’alimentation. Les opérateurs ne payent pas le salaire des soldats, mais versent au ministère de la Défense, dans le cadre de cet accord, une compensation pour les missions de protection assurées sur le site d’Afungi », précisait-il également.

Injoignable ces 25 et 26 août, Total n’a pas indiqué l’impact des difficultés sécuritaires sur le planning du projet, dont l’entrée en exploitation est attendue d’ici 2025.

Projet prioritaire

Le mégaprojet gazier mozambicain de Total détient des réserves estimées à 65 TCF (milliers de milliards de pieds cubes) permettant une production de 13,1 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) chaque année pendant deux voire trois décennies grâce à l’exploitation des champs offshore de Golfinho et d’Atum, situés dans la concession Area 1, et à la construction de deux trains de liquéfaction installés à terre.

Début 2020, son patron Patrick Pouyanné en a fait sa priorité au sud du Sahara, y compris après les réductions budgétaires liées au Covid-19, annoncées en mars.

Avec pour objectif de permettre à Total d’augmenter la part gazière de sa production d’hydrocarbures en Afrique – 25 % actuellement – et d’accélérer sa transition vers un mix énergétique plus « vert »… même si l’ONG Les Amis de la terre estime que les projets exploitant le GNL mozambicain – menés par Total, mais aussi par Eni et Exxon – génèreront annuellement sept fois les émissions actuelles de la France.

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