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Guinée : vers la fin du front commun contre un 3e mandat d’Alpha Condé ?

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Mis à jour le 27 août 2020 à 16h53
Des manifestants contre la réforme constitutionnelle, en octobre 2019 à Conakry.

Des manifestants contre la réforme constitutionnelle, en octobre 2019 à Conakry. © Youssouf Bah/AP/SIPA

Alors que le dépôt des candidatures pour la présidentielle prend fin le 8 septembre, le front contre un troisième mandat d’Alpha Condé semble se déliter. À l’UFDG, des consultations sont même en cours en vue d’une éventuelle candidature de Cellou Dalein Diallo.

Coup de tonnerre chez les sympathisants du parti de Cellou Dalein Diallo. « Dans le cadre de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020, la direction nationale du parti vous invite à lui communiquer votre avis sur la participation ou non à cette élection. » Le courrier adressé le 24 août aux bureaux fédéraux de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) par Aliou Condé, vice-président chargé des affaires politiques de l’UFDG, – dont le contenu s’est retrouvé quelques heures plus tard dans les médias et sur les réseaux sociaux –, a suscité l’incompréhension chez une partie des militants de la formation. Jusqu’à présent en effet, le mot d’ordre était clair : boycotter la présidentielle si Alpha Condé s’y présente pour briguer un troisième mandat.

Si le président guinéen n’a, pour le moment, pas encore officiellement fait acte de candidature, tout porte à croire que ce n’est plus qu’une question de temps. Son parti, le Rassemblement pour la Guinée (RPG–Arc-en-ciel), l’a désigné comme « l’unique candidat du RPG », le 6 août dernier. « Pour le moment, je prends acte », leur a répondu le chef de l’Etat, préférant réserver sa réponse, qu’il a conditionnée à une série de préalables. Mais pour ses partisans, l’issue est claire : il sera candidat.

Comment expliquer, alors, ce qui semble relever d’un éventuel changement de stratégie majeur au sein de l’UFDG ? « C’est un problème purement interne qui ne regarde pas la presse », balaie Aliou Condé, contacté par Jeune Afrique, visiblement mécontent que sa correspondance se soit retrouvée dans les journaux.

À moins de deux semaines de la fin du dépôt des candidatures pour la présidentielle du 18 octobre – les candidats ont jusqu’au 8 septembre pour se faire connaître –, cet appel à la démocratie interne au sein de l’UFDG augure-t-il d’un vrai changement de stratégie ? Et l’alliance de circonstance constituée au sein du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), dont l’UFDG est partie prenante, se maintiendra-t-elle si le mot d’ordre commun du boycott est abandonné ?

Une partie de l’UFDG favorable à un report

Depuis son retour à Conakry après plusieurs visites à l’étranger, le 22 août, Cellou Dalein Diallo consulte beaucoup et enchaîne les visioconférences avec ses équipes. Au sein de l’UFDG, les langues se délient, et la question de la participation à la présidentielle n’est plus un tabou. La position de certaines figures du parti a évolué, parfois radicalement.

« Il faut se rendre à l’évidence. N’importe quelle élection organisée le 18 octobre sera bâclée. Il serait préférable d’organiser un dialogue avec l’exécutif sous l’égide de la communauté internationale. Au cours de celui-ci, nous constaterons que les problèmes sont tellement nombreux en Guinée – crise sanitaire et fichier électoral – qu’il faut reporter de 18 mois l’élection présidentielle. D’ici là, nous pourrons garder Alpha Condé à la tête du pays, pour éviter un vide institutionnel », expose ainsi à Jeune Afrique Fodé Oussou Fofana, le vice-président de l’UFDG.

Pour la mouvance présidentielle, qui observe de près les tractations en cours au sein de l’opposition, le report des élections n’est pas – pour le moment – à l’ordre du jour. « Sur le principe, nous n’aurions pas de raison de nous opposer à un éventuel report », glisse à JA un ministre qui a souhaité conserver l’anonymat. Mais le 20 août, au cours d’une réunion entre plusieurs des membres de l’exécutif au Palais de Sékhoutouréya, Kiridi Bangoura, ministre d’État, secrétaire général et porte-parole de la présidence, l’a réaffirmé : « Les élections se tiendront bel et bien le 18 octobre. »

Le boycott des législatives « a été une erreur »

En boycottant le double scrutin – les législatives et le référendum constitutionnel – du 22 mars, l’UFDG n’est pas parvenu à faire plier la mouvance présidentielle. « Il faut être réaliste, le boycott des législatives a été un échec, reconnaît notamment l’ancien député Ben Youssef Keita. Aujourd’hui, l’Assemblée nationale est reconnue et la Constitution dont nous ne voulions pas a été promulguée. Si nous boycottons la présidentielle, nous n’aurons absolument aucun mandat électoral les prochaines années. »

« Le dilemme dans lequel se trouve l’UFDG est le fruit de sa décision de boycotter les législatives, qui fut une mauvaise stratégie, considère le politologue Kabinet Fofana. Au-delà du seul enjeu électoral, des cadres du parti ne cachent désormais plus l’existence de dissidences internes. »

De fait, plusieurs cadres de la formation ont confié à Jeune Afrique qu’une fronde contre Cellou Dalein Diallo était en gestation. Certains n’hésitent plus à évoquer une « alternance » à la tête du parti dirigé par l’ancien Premier ministre de Lansana Conté, qui a été battu par deux fois dans les urnes face à Alpha Condé. « Cellou Dalein Diallo est soucieux. Il sait que, si l’on ne remporte par cette bataille, sa place sera de plus en plus contestée. Il faudra alors qu’il passe la main à la jeune génération », glisse un proche du président de l’UFDG.

Ce changement de cap au sein de l’UFDG intervient alors que Ousmane Kaba, du Parti des démocrates pour l’espoir (Pades), a été le premier à sortir du bois en déclarant sa candidature dès le 1er août. « Personne ne peut empêcher Alpha Condé de se présenter. Pour le combattre il faut aller aux urnes », avait alors estimé cet ancien ministre passé à l’opposition. Il juge qu’en optant pour la politique de la chaise vide, ses « collègues du FNDC suivent la mauvaise stratégie ».

Il a très vite été rejoint par Abdoul Kabelè Camara, ancien ministre à la Sécurité du président Alpha Condé, qui a été investi par son parti, le Rassemblement guinéen pour le développement (RGD).

Quel avenir pour le FNDC ?

L’effritement du front « tout sauf Alpha » au sein du FNDC interroge sur sa survie. « Au sein de cette alliance, c’est l’UFDG qui apporte le nombre. Si Cellou Dalein Diallo dit au FNDC : ‘Moi je suis tributaire de la position de mon parti, j’irai aux élections’, alors il sonne la fin du mouvement », analyse Kabinet Fofana.

Quant à Sidya Touré, pourtant considéré comme le « troisième homme fort du pays », son parti, l’Union des forces républicaines (UFR) de Guinée, s’est considérablement affaibli depuis 2015. « Après la présidentielle, il a fait l’erreur de se rapprocher d’Alpha Condé en acceptant le poste de haut représentant du chef de l’État. L’ambiguïté de son discours d’alors a fait fuir beaucoup de ses militants », constate Kabinet Fofana.

Outre la désertion de plusieurs militants de la base, d’anciennes figures de l’UFR ont rendu leur carte et, pour certains, transhumé vers la mouvance présidentielle. À l’instar de Baidy Aribot, actuel gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG). Il en va de même pour Aissata Daffé, militante de la première heure, aujourd’hui directrice générale adjointe de l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (Anies).

À quelques jours de la date limite de dépôt des candidatures, Ibrahima Diallo, responsable des opérations au sein du FNDC, prévient ses alliés de l’oppposition politique : « Tout parti membre du FNDC qui décide de se présenter à l’élection présidentielle en déposant sa candidature s’exclut d’office du mouvement », a-t-il insisté auprès de JA. Le 9 septembre devrait donc sonner l’heure des comptes et, sans doute aussi, celle des changements de stratégies et d’alliances.

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