Culture

Clap de fin pour la chaîne de télévision France Ô

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Le siège de France télévisions à Paris, le 6 février 2019.

Le siège de France télévisions à Paris, le 6 février 2019. © Christophe/AP/Sipa

Après 15 ans d’existence, la chaîne des Outre-Mer et de la diversité a diffusé son dernier programme dimanche 23 août.

C’est en musique qu’elle a tiré sa révérence. Dimanche 23 août, France Ô a rendu l’antenne définitivement, après la diffusion de son ultime programme « L’Outre-mer fait son Olympia 2019 ». Cela faisait 15 ans que la chaîne du service public consacrée aux Outre-mer et à la diversité émettait – et même 22 ans si l’on prend en compte RFO Sat, sa grande sœur lancée en 1998.

« Une chaîne qui se ferme ce n’est jamais bon. Mais quand c’est une chaîne qui s’intéresse à des minorités invisibles, c’est dramatique, regrette Serge Bilé, écrivain, journaliste et présentateur historique de RFO Sat. Nous sommes dans un pays traversé par une grande diversité, mais on ne la voit jamais sur les grandes chaînes. France Ô permettait de montrer l’autre visage de la France, celui de l’Outre-Mer, mais aussi d’une partie de l’Afrique. »

Population d’origine africaine

Car si la programmation de la chaîne n’était pas focalisée sur le continent africain, elle proposait de nombreux émissions, reportages ou retransmissions de concerts, qui y étaient consacrés. « Fermer France Ô, c’est priver la population d’origine africaine de la capacité de se voir à la télévision. Or, c’est très important de se voir, car cela donne l’impression que l’on participe à un même pays, à une même destinée. ».

Avant sa fermeture, France Ô a reçu de nombreux soutiens. Une tribune publiée dans Libération le 27 juillet et appelant à sauver la chaîne a été signée par 125 personnalités, dont Lilian Thuram, Marius Trésor et Audrey Pulvar. Une pétition en ligne #SauvonsFranceÔ a même été paraphée par plus de 100 000 personnes. Un rapport sénatorial d’avril 2019 « sur la représentativité et la visibilité des Outre-mer dans l’audiovisuel public » avait également préconisé le maintien de France Ô, qualifiant la visibilité des Outre-mer d’ »au mieux marginale, au pire inexistante » sur les chaînes du groupe France Télévisions. Mais cela n’a pas suffi à sauver la chaîne dont la fermeture a été confirmée par le ministère de la culture et le CSA, la date fatidique ayant seulement été repoussée du 9 au 23 août.

Cette suppression va pourtant à l’encontre d’une promesse faite en 2017 par Emmanuel Macron. À la tribune de la rencontre des associations ultramarines, celui qui était alors candidat à l’élection présidentielle assurait : « France Ô sera maintenue, je vous rassure. Il n’y aura pas de suppression de France Ô. Elle a un programme et une justification pleine et entière ».

 

Egalement sur la sellette, France 4 a elle bénéficié en juillet d’un sursis d’un an (jusqu’à l’été 2021).

Réduction des dépenses

La chaîne des Outre-Mer fait les frais du vaste plan de réduction des dépenses publiques mis en place par le gouvernement. En plus de la fermeture de la chaîne, il a mis sur la table un plan d’économie de 190 millions d’euros d’ici à 2022 pour l’audiovisuel public. La chaîne paye aussi de très faibles audiences en métropole : 0,8 % en 2016 puis 0,6 % en 2017. Un argument financier qui n’est pas légitime pour Serge Bilé : « Il faut penser à l’intérêt général. Fermer France Ô, cela donne l’impression que les Outre-Mer en général sont une quantité négligeable ».

L’offre de chaînes a été multiplié par 10 et on ne voit pas beaucoup plus de Noirs à la télévision

Le gouvernement semble avoir anticipé cette critique : il promettait dans un communiqué du 19 juillet 2018 que la suppression de la chaîne de la TNT s’accompagnerait d’un renforcement du réseau Outre-mer 1ère, 9 chaînes de télévision et 9 stations de radio de proximité diffusées dans l’Outre-mer français, et de la création d’un « portail numérique enrichi », lancé officiellement le 3 juin : la1ere.francetvinfo.fr .

Le tout s’inscrit dans un « pacte de visibilité » signé il y a un an par France Télévisions, qui vise à « garantir durablement la présence des Outre-mer au centre de l’offre de l’audiovisuel public ». Des intentions auxquelles Serge Bilé ne croit pas une seconde. « Ils essayent de nous vendre des illusions. Il y a 30 ans, quand j’étais présentateur sur FR3, nous n’étions que 4 ou 5 Noirs à l’antenne. Et il n’y avait que 3 chaînes ! Aujourd’hui, l’offre de chaînes a été multiplié par 10 et on ne voit pas beaucoup plus de Noirs à la télévision. »

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