Racisme

[Chronique] Tirs policiers sur Jacob Blake : à quand les leçons ?

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Mis à jour le 26 août 2020 à 17h09

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

L'Africain-Américain Jacob Blake est en soins intensifs après avoir été touché par plusieurs balles tirées à bout portant par un policier blanc à Kenosha, dans le Wisconsin, le 23 août.

L'Africain-Américain Jacob Blake est en soins intensifs après avoir été touché par plusieurs balles tirées à bout portant par un policier blanc à Kenosha, dans le Wisconsin, le 23 août. © Damien Glez

Alors que la police américaine vient de tirer à bout portant sur un Africain-Américain de dos, le mouvement Black Lives Matter redonne de la voix.

L’histoire n’a-t-elle donc aucune mémoire, ne serait-ce qu’une mémoire vive, à défaut d’être ancestrale ? Interpellation musclée d’un Noir américain, usage manifestement disproportionné de la force au regard du contexte, dommages physiologiques graves sinon fatals, traumatisme collectif irréversible, captation par un smartphone : comparaison n’est que rarement raison, mais le cas récent de Jacob Blake rappelle diablement celui de George Floyd, mort il y a tout juste trois mois à Minneapolis.

Soins intensifs

Ce 23 août, dans le Wisconsin, la police a tiré à plusieurs reprises et à bout pourtant sur un Africain-Américain désarmé de 29 ans qui entrait dans son véhicule alors qu’il était suivi par des policiers, dont l’un l’attrapait par son débardeur. Dans l’attente d’une enquête (de celles qui laissent généralement les militants sur leur faim), la vidéo virale enregistrée par un téléphone portable laisse entendre sept détonations tandis que les armes des forces de l’ordre sont braquées sur le dos de Jacob Blake. Ce dernier a été opéré en urgence dans un service de soins intensifs de la ville de Milwaukee. Il serait dans un état critique mais en voie d’amélioration, selon des médias locaux.

Comme dans l’affaire Floyd, un couvre-feu local a été décrété et les policiers incriminés ont été suspendus de leurs fonctions. Comme dans l’affaire Floyd, les responsables politiques ont annoncé des sessions extraordinaires du Parlement local et une réflexion sur « la responsabilité et la transparence » des forces de police. Comme dans l’affaire Floyd, la contestation d’abord tiède s’est répandue comme une traînée de poudre, sur les lieux du drame, mais aussi à New York ou à Los Angeles.

« Pas de justice, pas de paix! »

Les tenants d’une confiance en une justice dégagée de toute émotivité ne peuvent aujourd’hui condamner la survenue de l’émotion dans cette affaire. Primo, ce dérapage manifeste n’est qu’un nouvel abus dans une liste tenue méthodiquement par le mouvement Black Lives Matter qui scande « Pas de justice, pas de paix! » – la récurrence de ces événements est telle que certains se refusent à parler de « bavure ». Secundo, l’avocat de la famille de Blake martèle que les trois fils de ce dernier se trouvaient dans la voiture au moment des faits, et qu’ils vont certainement souffrir d’un « traumatisme à vie ».

En attendant que les Américains gèrent et digèrent ces nouvelles brutalités policières aux relents de tensions interraciales, l’événement ne va pas manquer de s’insinuer dans une période pré-électorale étrange, en ces temps de distanciation sociale peu propice aux meetings. Si les démocrates entendent faire chavirer Donald Trump en dénonçant des résultats économiques défaillants mais volatiles, ils pourront activer également ce ressort de la cohabitation problématique entre communautés. Le président sortant s’est souvent montré désinvolte voire bienveillant à l’égard des hommes en uniforme nerveux ou des suprémacistes blancs.

Mais comment faire évoluer profondément et durablement ces tensions qui ont survécu à l’accession d’un Noir à la Maison Blanche ? Peut-être par l’accession à la vice-présidence de la Jamaïco-Indienne Kamala Harris. Plus sûrement par le passage d’une justice objective et ferme, de nature à donner à chacun la leçon qui convient.

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