Politique

RDC : « La réduction du train de vie de la présidence est drastique »

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Mis à jour le 26 août 2020 à 13h21
Kasongo Mwema Yamba Yamba, le porte-parole de la présidence congolaise.

Kasongo Mwema Yamba Yamba, le porte-parole de la présidence congolaise. © DR

La présidence congolaise se défend d’avoir dépensé en un seul mois son budget trimestriel. Le porte-parole de Félix Tshisekedi, Kasongo Mwema Yamba Yamba, réagit à la polémique pour Jeune Afrique.

La semaine dernière, la presse relayait des données du ministère du Budget congolais pour le moins embarrassantes. Selon ces chiffres officiels, sur le seul mois de juillet, la présidence avait dépensé 17,6 millions de dollars, alors que le plan d’engagement des dépenses publiques les plafonnaient à environ 16 millions de dollars pour les mois de juillet, août et septembre.

Mais la présidence de la République rejette aujourd’hui en bloc ce rapport. Le  porte-parole de Félix Tshisekedi, Kasongo Mwema Yamba Yamba, monte au créneau et assure à Jeune Afrique que la présidence n’a utilisé que 10 millions de dollars au mois de juillet.

Jeune Afrique : Comment interprétez-vous le plan d’engagement budgétaire du troisième trimestre 2020, qui plafonne les dépenses de la présidence de la République à environ 16 millions de dollars ?

Kasongo Mwema Yamba Yamba : Le plan d’engagement budgétaire découle de la Loi de finances 2020, votée par le Parlement. Celle-ci autorise néanmoins la présidence de la République à engager des dépenses de l’ordre de 305,8 milliards de francs congolais durant l’année 2020, soit 191 millions de dollars [au taux de 1600 francs pour un dollar américain, NDLR].

Si l’on fait une moyenne annuelle, cela donne à la présidence de la République le droit de consommer 16 millions de dollars par mois. Depuis le début de l’année, la présidence de la République n’a jamais atteint ce plafond.

Le plan d’engagement budgétaire est en fait la deuxième étape de la chaîne de la dépense publique qui en comprend trois autres : la liquidation, l’ordonnancement et le paiement.

Le plan d’engagement ne prend pas toujours en compte la réalité d’une situation financière donnée. Le circuit financier est long et soumis à plusieurs aléas.

Si l’on regarde le plan de trésorerie, qui vient en troisième position avant le décaissement effectif de l’argent, la présidence a en fait consommé 21,175 milliards de francs congolais pour juillet et début août, soit 10,5 millions de dollars au taux de 2 000 francs congolais pour 1 dollar [soit 13,1 millions de dollars au taux de 1 600 francs pour un dollar américain auquel faisait référence Kasongo Mwema Yamba Yamba un peu plus haut, NDLR].

Or, plusieurs impératifs font que les dépenses de la présidence de la République ne peuvent être linéaires. On peut consommer plus sur un mois et rattraper ensuite l’écart en consommant moins le mois suivant.

Le document mensuel de suivi des dépenses émis par le ministère du Budget atteste pourtant que, depuis le début de l’année, les dépenses de la présidence engagées, ordonnancées, liquidées et transférées pour paiement s’élèvent à 81 millions de dollars au 31 juillet 2020…  

Sur les sept premiers mois de l’année 2020, le plan de trésorerie indique plutôt le montant 55 millions de dollars. L’écart entre le plan de trésorerie et le plan d’engagement budgétaire peut s’expliquer par la faiblesse de la coordination entre ses deux outils.

Quoiqu’il en soit, des efforts ont été entrepris pour une meilleure coordination entre tous les outils de gestion budgétaire. Le président de la République tient notamment à la mise en place rapide de la chaîne des recettes publiques.

Mais les dépenses à fin juillet s’élèvent-elles bien à 17 millions de dollars ? 

Du moment que l’on se base sur le plan d’engagement budgétaire, qui est une prévision budgétaire, c’est-à-dire une estimation financière qui doit subir l’arbitrage de la réalité de la caisse, il est difficile de cerner la réalité de ce qui a réellement été dépensé par la présidence de la République.

Dans une mise au point publiée le 22 août, vous affirmez que les dépenses de la présidence n’ont pas dépassé les 5 millions de dollars par mois depuis le début de la pandémie de coronavirus. Pourtant, vous déclarez aujourd’hui qu’en juillet 2020, ces dépenses se sont élevées à 10 millions de dollars. N’est-ce pas contradictoire ?

La présidence congolaise s’est imposée une discipline budgétaire pendant cette période. En avril, les dépenses de la présidence de la république ont chuté plus de 50%. Mais, encore une fois, les dépenses de la présidence ne sont pas linéaires. Les fluctuations à la hausse ou à la baisse sont liées à certains impératifs, notamment d’ordre sécuritaire, qu’on ne peut exposer sur la place publique.

Comment expliquez-vous qu’à la fin de l’exercice 2019, les dépenses de la présidence aient été exécutées à hauteur de 176 millions de dollars, alors que les crédits budgétaires attribués étaient plafonnés à 80,7 millions de dollars et qu’il y a donc eu un dépassement d’environ 95 millions de dollars ?

Comme je vous l’expliquais déjà, il ne faut pas opposer le plan d’engagement budgétaire au plan de trésorerie. Les deux instruments se complètent. Si leurs informations financières sont identiques, alors il n’y a aucun problème d’interprétation. Mais en cas de divergence, c’est le plan de trésorerie qui prévaut.

La présidence n’a jamais atteint le plafond de 16 millions de dollars par mois. En 2020, les chiffres du plan de trésorerie, qui n’intéressent curieusement personne, apportent d’ailleurs la preuve irréfutable que la présidence est en situation de sous consommation du budget qui lui est alloué par l’autorité budgétaire, à savoir le Parlement. Cet effort, dicté par les conséquences de la pandémie de Covid-19, a poussé la présidence à donner l’exemple en réduisant son train de vie.

Avec ses nombreux conseillers, répartis dans plusieurs services, la présidence n’est-elle pas budgétivore ?

Non. La présidence, qui se contente de son enveloppe, ne regorge pas de services budgétivores. La contrepartie des activités déployées par ces services est de loin supérieure aux sacrifices consentis sur les salaires et les frais de fonctionnement de ces services et agences.

Les chiffres sont éloquents : en moyenne, la présidence a consommé 7,8 millions de dollars, alors que cette somme aurait dû être de 16 millions – précisément 15,9 millions de dollars. La réduction du train de vie est même drastique.

Toutes les lignes budgétaires de la présidence sont importantes, que ce soit le Centre national de sécurité ou le protocole d’État, ou encore le Journal Officiel. Voudrait-on que les services personnels du chef de l’État manquent du nécessaire pour accomplir leurs tâches ? Ou que l’état-major particulier du chef de l’État soit en situation de ne pas pouvoir réaliser ses missions ? Sérieusement, la présidence est volontairement en situation de sous consommation de son budget.

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