Diplomatie

Ces pays arabes prêts à normaliser leurs relations avec Israël

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Manifestation contre la normalisation entre les EAU et Israël à Naplouse (Cisjordanie)

Manifestation contre la normalisation entre les EAU et Israël à Naplouse (Cisjordanie) © Majdi Mohammed/AP/SIPA

Après les Émirats, d’autres pays arabes sont tentés d’amorcer un rapprochement diplomatique avec Israël. Mais cette évolution encouragée par Washington se heurte au tabou de la question palestinienne.

Et si tout avait déjà été écrit ce 28 janvier 2020, dans la salle Est de la Maison Blanche ? Après trois ans de gestation, Donald Trump dévoile enfin son plan visant à sceller la paix entre Israéliens et Palestiniens. L’auditoire applaudit généreusement chacune de ses interventions, puis celles d’un Benyamin Netanyahou rayonnant qui se dresse aux côtés du président américain.

Dans ce huis clos acquis à la cause de l’État hébreu, c’est la présence des ambassadeurs de Bahreïn, d’Oman et des Émirats arabes unis qui marque les esprits. « Il s’agit d’une initiative sérieuse. Le seul moyen de garantir une solution durable est d’arriver à un accord avec toutes les parties concernées », concède Yousef al-Oteiba, le représentant d’Abou Dhabi à Washington.

Depuis de longs mois, ce proche conseiller du prince Mohammed ben Zayed mène des tractations secrètes avec les responsables américains. Il compte parmi ces personnalités arabes pour qui l’expansionnisme de l’Iran justifie une alliance entre pays sunnites et Israël au Moyen-Orient, dans la droite lignée de la conférence de Varsovie, en février 2019.

Troc diplomatique

L’enjeu porte alors sur un pacte de non-agression qu’encourage la conseillère à la sécurité nationale américaine, Victoria Coates. Les Émirats arabes unis (EAU) n’attendent qu’un prétexte pour franchir le pas.  Celui-ci se présente fin juin. Alors que le gouvernement Netanyahou se prépare à annexer une partie de la Cisjordanie, al-Oteiba alerte ses interlocuteurs à la Maison Blanche, Jared Kushner et Avi Berkowitz. Son message est sans équivoque : si l’État hébreu renonce à ses velléités territoriales, la monarchie du Golfe entamera un processus de normalisation avec ce dernier.

Le 12 août, par téléphone, les contours de ce troc diplomatique sont entérinés par Donald Trump, Benyamin Netanyahou et le cheikh ben Zayed. Pour atténuer les réactions hostiles à sa démarche, Abou Dhabi opte pour une communication habile : en plus de « désamorcer une bombe à retardement », cet accord permet de « sauver la solution à deux États ». Dans les faits, les EAU deviennent la troisième nation arabe à signer la paix avec Israël, après l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994.

Qu’ils soient qualifiés d’historiques ou de traîtrise, les « accords d’Abraham » ne surprennent pas les observateurs de la région. « C’est l’évolution naturelle d’un long processus, relève Meir Masri, expert du monde arabe et maître de conférences à l’université hébraïque de Jérusalem. Des relations existent entre les deux États depuis une vingtaine d’années. De plus, cela correspond assez bien à la politique étrangère des Émirats, connue pour son ouverture. »

Bahrein et Oman pressentis

Jared Kushner, gendre et homme de confiance de Donald Trump, est convaincu que le pacte EAU-Israël peut servir de « brise-glace » et créer un effet domino avec d’autres pays. Quel sera donc le prochain sur la liste ?

Donald Trump et Benyamin Netanyahou, à la Maison Blanche, le 28 janvier 2020.

Donald Trump et Benyamin Netanyahou, à la Maison Blanche, le 28 janvier 2020. © Susan Walsh/AP/SIPA

Parce qu’ils ont été approchés par l’administration américaine, deux États sont pressentis, à commencer par Bahreïn. En juin 2019, Manama a réuni les principaux acteurs de la région autour d’une conférence axée sur le développement économique du futur État palestinien et présentée comme le volet économique du « plan Trump ».

Le micro-royaume, inféodé à l’Arabie saoudite, a aussi été l’un des premiers pays à saluer l’accord de normalisation avec les Émirats arabes unis. Enfin, son ministre des affaires étrangères, Khalid ben Ahmed al-Khalifah, a maintes fois défendu le droit d’Israël à se défendre contre l’Iran. « Nous nous attendons à ce que Bahreïn suive les EAU et signe un accord de paix avec nous », confie une source israélienne.

Un autre ralliement semble imminent : celui d’Oman. Le sultanat, véritable îlot de stabilité au Moyen-Orient, s’est toujours distingué par une politique et une diplomatie relativement autonomes par rapport aux puissances régionales, ce qui lui vaut d’être un interlocuteur respecté. Aussi, quand en octobre 2018, le sultan Qabous a accueilli Benyamin Netanyahou dans son palais royal de Mascate, les critiques à son égard sont restées relativement modérées. Sa disparition soudaine n’a pas infléchi cette volonté de rapprochement. Depuis plusieurs semaines, les contacts entre responsables omanais et israéliens se sont intensifiés.

Une aubaine pour Netanyahou

À première vue, ces gains diplomatiques sont une aubaine pour Netanyahou, en difficulté sur la scène intérieure et dont le procès pour corruption entre dans une phase cruciale. Ils marquent aussi le triomphe de sa doctrine. Depuis plusieurs années, « Bibi » milite pour inverser le paradigme en vertu duquel la résolution du conflit avec les Palestiniens est un préalable à toute normalisation avec le monde arabe.

Netanyahou exploite des brèches comme la peur de l’Iran ou l’agacement à l’égard du leadership palestinien.

« C’est beaucoup plus une tactique qu’une stratégie à long terme. Netanyahou exploite des brèches comme la peur de l’Iran ou l’agacement à l’égard du leadership palestinien. Mais certains tabous subsistent dus au fait que les opinions arabes sont loin de partager l’esprit d’ouverture de leurs dirigeants à l’égard d’Israël », analyse Michael Horowitz, de l’agence en conseil géopolitique Le Beck, basée au Bahreïn.

Démenti soudanais et confusion au Maroc

Ce plafond de verre s’est manifesté la semaine dernière, quand un porte-parole de la diplomatie soudanaise a implicitement reconnu l’existence de contacts avec Israël. Au bout de quelques heures, Khartoum publiait un démenti officiel et annonçait le limogeage de Haider Badawi.

Engager un tel processus serait dangereux pour les Saoudiens

Sans voir d’un mauvais œil l’émergence d’un bloc arabo-sunnite avec l’État hébreu, l’Arabie saoudite a montré qu’elle était soumise aux mêmes limites en rappelant qu’il n’y aura pas de normalisation sans paix avec les Palestiniens.

« Engager un tel processus serait dangereux pour les Saoudiens car leur pays est un centre du monde islamique et le gardien de lieux saints comme La Mecque. Même si le conflit israélo-palestinien donne l’impression de passer au second plan, il demeure très mobilisateur, en particulier dans les rangs jihadistes », explique Horowitz.

Du côté du Maroc, où le gendre du président américain Donald Trump doit se rendre dans quelques jours, le chef du gouvernement Saadeddine El-Othmani a d’abord démenti les rumeurs insistantes de normalisation des relations entre le royaume et l’État hébreu. « Nous refusons toute normalisation avec l’entité sioniste parce que cela l’encouragerait à aller plus loin dans la violation des droits du peuple palestinien », a-t-il ainsi déclaré le 23 août devant les membres de son parti le PJD, avant de préciser quelques jours plus tard qu’il ne s’exprimait pas au nom du gouvernement.

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