Politique

Centrafrique – Anicet-Georges Dologuélé : « Notre objectif ? Que Touadéra ne puisse pas tricher » 

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Mis à jour le 24 août 2020 à 18:08

L’opposant Anicet-Georges Dologuélé a été désigné candidat par son parti, l’Union pour le renouveau centrafricain, à la présidentielle centrafricaine, dont le premier tour doit se tenir le 27 décembre. © Vincent FOURNIER/JA

Investi candidat de son parti pour la prochaine présidentielle le 15 août, Anicet-Georges Dologuélé, chef de file de l’opposition, compte bien succéder à Faustin-Archange Touadéra. Offensif, il détaille sa stratégie à « Jeune Afrique ».

Anicet-Georges Dologuélé y avait cru, il y a presque cinq ans. Arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, avec 23 % des voix, l’opposant centrafricain avait finalement été battu au second par Faustin-Archange Touadéra. Il avait alors dénoncé des fraudes massives en faveur de son concurrent de l’époque.

Ce 15 août, c’est donc un homme prudent qui a été désigné candidat par son parti, l’Union pour le renouveau centrafricain, à la présidentielle, dont le premier tour doit se tenir le 27 décembre. Prudent face aux dangers d’un scrutin tronqué par les groupes armés. Prudent, aussi, quant à un calendrier qu’il estime intenable.

Jeune Afrique : Au début du mois d’août, vous avez appelé vos concitoyens à la désobéissance civile. Qu’espérez-vous y gagner ?

Anicet-Georges Dologuélé : Nous avons un objectif simple : obtenir de meilleures conditions d’organisation des élections présidentielle et législatives. C’est dans cette optique que nous restons soudés au sein de la Coalition de l’opposition démocratique 20-20 (COD 20-20). Nous avons soutenu la société civile dans sa volonté de lancer une opération « ville morte » au début du mois de juillet, puis nous avons écrit au président Touadéra pour lui proposer d’organiser une concertation nationale, car nous pensons que l’Autorité nationale des élections ne remplit pas son rôle. Mais il n’a pas répondu. Il semble avoir davantage peur d’une concertation que des groupes armés. Nous passons donc à une autre phase.

Le président Touadéra semble avoir davantage peur d’une concertation que des groupes armés

Vous avez été choisi par votre parti pour porter ses couleurs à la présidentielle. Espérez-vous une candidature unique de l’opposition ? 

Nous n’excluons pas une candidature unique dès le premier tour, mais nous devons encore en parler. Il serait irresponsable de discuter des questions partisanes alors que le cadre des élections n’est pas encore clairement posé. S’il doit y avoir une candidature unique, ce sera de toute façon aux personnes désignées par leurs formations respectives de le décider. Pour le moment, nous nous sommes accordés sur la nécessité de mettre en place une mutualisation des observateurs électoraux de l’opposition dans chaque région du pays, pour la présidentielle et pour les législatives.

Il est utopique de penser tenir les dates prévues

En l’état actuel de la situation en Centrafrique, le premier tour de l’élection présidentielle peut-il se tenir à la date annoncée, le 27 décembre ?

Pour tenir cette date, il faudrait convoquer le corps électoral le 27 septembre, trois mois avant le premier tour. Or, dans beaucoup de villes, le recensement commence à peine, sans compter que certains chefs de groupes armés, comme Sidicki Abass, retardent encore les opérations. Il y a trop de problèmes. Nous n’avons par exemple pas résolu la question du vote des réfugiés, qui sont tout de même 300 000. Ils ne doivent pas se voir privés de leur droit de choisir leurs dirigeants. Le président Touadéra fait le forcing, mais il est utopique de penser tenir les dates prévues.

Faut-il encore croire à un accord avec les groupes armés au sujet des élections ?

Une chose est sûre : il ne devrait pas être question d’organiser des élections en l’état actuel de la situation avec les groupes armés. Nous devons faire en sorte d’obtenir qu’ils se mettent en retrait et laissent les opérations électorales se dérouler, comme cela avait pu être le cas en 2016. Aujourd’hui, nous sommes loin du compte. Plusieurs chefs de guerre font encore ce qu’ils veulent et se moquent complètement des futurs scrutins. Ils ne cherchent que le profit. Est-ce que le président est leur allié face à nous, qui sommes républicains ? Nous avons l’impression que son inaction ne fait qu’acheter un semblant de paix. Certes, on a pu constater un début de riposte de la part de la mission des Nations unies en Centrafrique, notamment face aux troupes de Sidiki Abass et de son groupe 3R [Retour, Réclamation et Réhabilitation]. Mais personne ne sait ce que fait Faustin-Archange Touadéra pour résoudre le problème.

Dans les conditions que vous décrivez, avez-vous envisagé un boycott ?

Je ne veux pas de ce scénario. La communauté internationale a les moyens de garantir que les groupes armés se tiennent à l’écart des élections. Nous ne devons pas faire le cadeau du boycott au chef de l’État. Nous voulons l’alternance. Notre objectif est donc avant tout de nous assurer que le président ne puisse pas tricher et qu’il perde.

Nous ne devons pas faire le cadeau du boycott au président Touadéra

Le retour de l’ancien président, François Bozizé, a-t-il changé la donne dans l’opposition ?

Bien sûr, François Bozizé sera un homme qui compte dans l’élection. C’est un partenaire à part, qui se présentera évidemment au premier tour, mais cela reste un partenaire de l’opposition. Il a beaucoup de militants et c’est un ancien chef d’État, avec l’atout de l’expérience et l’inconvénient du bilan.

Craignez-vous que la présidentielle se résume à un duel entre Bozizé et Touadéra ?

Je n’y crois pas. C’est une vue de l’esprit. Le président Touadéra est rejeté par la population de manière assez violente. Il n’y a aucune chance pour qu’il soit présent au second tour, en dehors de tricheries qu’il nous faudra limiter. Nous avons la colère des populations de notre côté.