Technologie

Pourquoi l’internet algérien mouline-t-il ?

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Le Raymond-Croze, navire câblier d’Orange Marine en charge des interventions sur la partie algérienne de Sea-Me-We 4.

Le Raymond-Croze, navire câblier d'Orange Marine en charge des interventions sur la partie algérienne de Sea-Me-We 4. © Twitter/Orange Marine/2020

Privée d’un internet fiable depuis six jours, l’Algérie prend à nouveau conscience de la faiblesse de son réseau, vieillissant et peu résilient.

Les internautes algériens doivent s’armer de patience depuis six jours pour accéder à leurs sites web et applications favoris. Depuis le 19 août au soir, le réseau internet fonctionne en effet à 70 % de ses capacités, selon un rapport publié par l’ONG Netblocks, spécialisé dans la surveillance de la qualité des connexions dans le monde. Le ralentissement général attise la colère des gamers et touche l’ensemble des opérateurs nationaux (Algérie Télécom, Djezzy, Mobilis et Ooredoo).

Opérateur historique et principal propriétaire d’infrastructures de réseau du pays, Algérie Telecom est la première cible des récriminations formulées par les utilisateurs. Pour se défendre, l’entreprise historique qui détient plus de 42 % du marché mobile en 2019 a indiqué le 21 août que les dérangements rencontrés sur le réseau sont indépendants de sa volonté, car dus à une « fluctuation du réseau international ». Sollicité par nos soins, le groupe n’a pas répondu dans l’immédiat.

Pas de panne sur les réseaux sous-marins

Mais en dehors de la Tunisie, où le débit est tombé à 70 % de ses capacités le 19 août avant de retrouver son état normal quarante-huit heures plus tard, l’organisation Netblocks n’a enregistré aucune perturbation supplémentaire dans les pays où atterrit le câble South East Asia, Middle East, Western Europe 4 (Sea-Me-We 4), comme l’Égypte, l’Inde, le Sri Lanka, le France, l’Italie ou encore les Émirats Arabes Unis.

Plusieurs médias algériens évoquent pourtant des travaux en cours sur ce câble sous-marin mis en service en 2005 et qui pourraient entraver son bon fonctionnement. Mais selon des informations confirmées à Jeune Afrique par Orange Marine, filiale du groupe télécoms français Orange qui assure la maintenance du câble dans cette partie de la Méditerranée, il n’y a pas de travaux de maintenance maritime en cours actuellement au large des côtes d’Annaba, où atterrit l’infrastructure. Des travaux de maintenance ont déjà été menés en avril, sans conséquences sur la connexion des 45 millions d’utilisateurs algériens.

Un réseau national peu résilient

Bien que connectée au monde via d’autres câbles comme MedCable, installé lui aussi en 2005, et celui du consortium TE North/TGN-Eurasia/SEACOM/Alexandros/Medex mis en place en 2011 et raccordé à Annaba en février 2019, l’Algérie reste majoritairement dépendante de Sea-Me-We 4 (environ 80 % du trafic national), dont Algérie Télécom est copropriétaire aux côtés de plusieurs opérateurs internationaux.

Le plus vaste pays du continent dispose d’un maillage peu résilient, car peu interconnecté avec les réseaux de ses voisins. Cette situation l’expose à une importante chute du trafic au moindre problème qui émerge sur Sea-Me-We 4, structure longue de 20 000 kilomètres et qui connecte une quinzaine de pays entre l’Europe, l’Afrique et l’Asie.

Ce n’est pas la première fois que ce câble donne du fil à retordre aux internautes algériens. En 2015, un navire marchand avait sectionné Sea-Me-We 4 à quinze kilomètres des côtes d’Annaba, causant une dégradation du trafic algérien pendant deux jours. À cette époque, Algérie Télécom avait choisi de transférer son débit sur le câble Alpal-2 qui relie l’Algérie à l’île espagnole de Majorque. Deux ans plus tard c’est le point d’atterrissement du câble, situé sur la plage de Sidi Salem à Annaba, qui a été endommagé par une tempête.

L’actuelle panne intervient alors que le gouvernement est engagé dans la voie de la numérisation de ses services publics et veut favoriser le développement d’une économie numérique, notamment via l’action de son jeune ministre délégué chargé des start-up, Yacine Oualid.

Au cours du Conseil des ministres du 23 août, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune a invité Brahim Boumzar, ministre de la Poste et des Télécommunications, à régler « immédiatement » le problème.

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