Musique

[Chronique] « Faso Roc » : griotisme ivoirien pour président-candidat burkinabè

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Par  Damien Glez

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Damien Glez

© Damien Glez

Une chanson de l’artiste ivoirien Fadal Dey alimente la polémique au Burkina Faso. Le titre « Faso Roc » vante en effet les mérites de Roch Marc Christian Kaboré, candidat à sa propre succession à la présidentielle du 22 novembre.

La perméabilité entre les vies politiques ivoiriennes et burkinabè n’est plus à démontrer. La perméabilité entre la musique et le monde des politiciens est aussi une réalité, même si l’Afrique de l’Ouest n’a pas encore massivement cédé aux sirènes du libanga congolais, son « name dropping » et ses dédicaces commercialisées. « Roch Marc Kaboré est un roc pour le Burkina, Christian Kaboré est un bouclier pour le Burkina », chante le reggaeman ivoirien Fadal Dey sur le titre Faso Roc qui circule, depuis quelques semaines, sur les réseaux sociaux

Levée de boucliers

De boucliers, l’artiste en a obtenu une levée, celle d’internautes burkinabè qui, en substance, crient haro sur « ces côcôs » [profiteurs] ivoiriens qui ne trouveraient pas d’inspiration sur leur propre situation nationale, pourtant source d’inquiétude depuis le rebondissement de la candidature d’Alassane Ouattara à la prochaine présidentielle.

Et les militants professionnels de pousser les cris d’orfraie de rigueur, comme le président de l’association Convergence citoyenne et panafricaine (CCP) qui rappelle, dans une lettre ouverte, des statistiques de nature à ternir le bilan de l’actuel président du Faso, notamment sur le plan sécuritaire, puisqu’il est question de bouclier…

En filigrane de ces réactions irritées – compensées par des éloges guère plus objectives – se profile l’accusation de griotisme illégitime et intéressé. Un soupçon lié au timing du single, quelques semaines avant le début de la campagne électorale qui verra « Roch » solliciter un nouveau mandat de « bouclier ».

Les explications du chanteur

Et le réputé engagé Fadal Dey de se justifier par un long post sur le Net : la sincérité de son affection pour le pays des Hommes intègres ne serait plus à démontrer, depuis ses chansons « Bobo-Dioulasso » et « Sankara Forever » ; le chantage des terroristes requerrait un appel à la solidarité autour d’un chef d’État légitime ; l’un des prédécesseurs de Kaboré, l’iconique Thomas Sankara, n’enseignait-il pas que « seule la lutte libère » ?…

Même si tu t’allonges pour que les gens te marchent dessus, certains vont sûrement se plaindre que tu n’es pas assez plat

Le laudateur musicien précise d’ailleurs que le son incriminé n’est « qu’une maquette (…) envoyée à un ami au Burkina Faso pour voir sa réaction après écoute ». Il oppose aux chicaneurs un « enjaillement » et un « kiff » du « peuple burkinabè dans son ensemble » qui aurait poussé l’ami en question à diffuser le titre sur la toile.

Galop d’essai ou maquette proforma ? Toujours est-il que Fadal Dey ne se démonte pas et confirme être en studio pour l’enregistrement du produit fini. Stoïque, il invoque un adage ouest-africain : « Même si tu t’allonges pour que les gens te marchent dessus, certains vont sûrement se plaindre que tu n’es pas assez plat ». Et l’homme aux trois prénoms qui dirige le Burkina Faso, il en pense quoi, de cette chanson ?

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