Diplomatie

Coup d’État au Mali : le plan de la Cedeao pour sauver IBK

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 21 août 2020 à 10h46
Les chefs d'État de la Cedeao ont organisé une réunion d'urgence sur la situation au Mali, ce jeudi 20 août 2020.

Les chefs d'État de la Cedeao ont organisé une réunion d'urgence sur la situation au Mali, ce jeudi 20 août 2020. © DR / présidence nigérienne

Deux jours après le coup d’État qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, la Cedeao est restée inflexible sur son opposition aux putschistes. Mais en interne, des divergences sont apparues. Voici les coulisses de la réunion qui a réuni les chefs d’État, ce jeudi.

Deux jours après la démission d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à la suite du coup d’État du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), la Cedeao se réunissait lors d’une visioconférence pour aborder la question malienne. Après plus de trois heures de discussions – parfois houleuses – les chefs d’État ont réaffirmé leur opposition aux putschistes.

Le Nigérien Mahamadou Issoufou, président en exercice de la Cedeao, a rappelé que l’organisation ne pouvait accepter de légitimer un coup d’État et a insisté sur l’obligation pour les putschistes de respecter l’intégrité physique d’IBK, allant jusqu’à évoquer, en cas de mauvais traitement, une saisie de la Cour pénale internationale.

Selon nos sources, Alassane Ouattara, qui s’est entretenu trois fois avec le Français Emmanuel Macron le 19 août, s’est montré le plus inflexible. Le président, partisan d’une ligne dure, estime qu’un rétablissement de la légalité constitutionnelle est la seule voie à suivre, et espère toujours un retour d’IBK à la tête de l’État.

L’Ivoirien estime qu’IBK doit être réinstallé dans ses fonctions afin de mettre en place lui-même une transition. Alassane Ouattara a également appelé à ce que l’organisation ouest-africaine prenne des sanctions à l’encontre des putschistes. À sa suite, le Guinéen Alpha Condé a exprimé la même fermeté.

Une ligne « dure » et une ligne « pragmatique »

En revanche, plusieurs de leurs homologues, s’ils les ont soutenu sur une fermeté de forme, ont estimé que la Cedeao devait adopter une position plus « réaliste ». En d’autres termes, ils ont plaidé pour un retour à l’ordre constitutionnel – c’est à dire la mise en place d’une transition menant à des élections – et à une libération d’IBK.

« Demander un retour d’IBK au pouvoir est irréaliste », explique à Jeune Afrique un participant à la réunion. « En revanche, nous avons en Afrique l’expérience de transitions qui ont réussi, en accord avec l’Union africaine », ajoute notre source.

Selon nos informations, le Burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, le Togolais Faure Gnassingbé, Mahamadou Issoufou et le Sénégalais Macky Sall ont défendu cette position. Kaboré a livré une intervention assez critique envers son désormais ex-homologue malien, estimant qu’il aurait pu faire davantage pour obtenir la démission des députés de son parti dont l’élection était contestée.

Partisan d’une ligne « pragmatique », celle d’une transition sans rétablissement d’IBK dans ses fonctions, ce dernier a notamment plaidé pour un assouplissement de la mesure de fermeture des frontières de la Cedeao avec le Mali, s’inquiétant de l’impact que celle-ci pourrait avoir sur les populations maliennes. Le président sénégalais a obtenu que les restrictions ne s’appliquent pas au carburant, à l’électricité et aux denrées de première nécessité.

Une mission envoyée à Kati

Comme Ouattara et Sall, le Nigérian Muhammadu Buhari a réaffirmé qu’il n’était pour le moment pas question de dialoguer officiellement avec les militaires du CNSP, lesquels ne disposent que d’une « autorité inconstitutionnelle ». En revanche, les chefs d’État de la Cedeao ont décidé de l’envoi d’une mission à Kati dans les plus brefs délais.

Celle-ci, qui pourrait atterrir à Bamako dès le 21 août, sera composée de l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, déjà médiateur de la Cedeao au Mali ces derniers mois, du ministre nigérien des Affaires étrangères, Kalla Ankourao, qui y représentera le président en exercice de l’organisation, le Nigérien Mahamadou Issoufou. Le président de la commission de la Cedeao, l’Ivoirien Jean-Claude Brou, devrait aussi y participer.

Ceux-ci devront s’assurer des bonnes conditions de détention d’IBK et de son Premier ministre, Boubou Cissé, lesquelles sont également surveillées par la Minusma dont le chef, le Tchadien Mahamat Saleh Annadif participait à la visioconférence du 20 août. Ils pourront dialoguer avec les putschistes au sujet d’une éventuelle évacuation sanitaire d’IBK.

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