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[Tribune] Warren Buffett a-t-il vraiment changé d’avis sur l’or ?

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Mis à jour le 26 août 2020 à 21h13

Par  David Whitehouse

Journaliste économique pour The Africa Report

Warren Buffet, à Washington, en décembre 2017.

Warren Buffet, à Washington, en décembre 2017. © Dennis Van Tine/STAR MAX/AP/SIPA

L’achat d’une participation dans Barrick par Berkshire Hathaway envoie un faux signal aux investisseurs habitués à suivre l’homme d’affaires américain.

Les investisseurs qui espéraient faire un « coup » rapide en achetant des actions de Barrick Gold, comme vient de le faire Berkshire Hathaway, la société d’investissement de Warren Buffett, risquent d’être déçus.

En effet, l’action est actuellement surcotée : le plus grand producteur d’or d’Afrique, qui possède également des exploitations et des projets d’extraction d’or et de cuivre en Amérique, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et en Arabie Saoudite, a vu ses bénéfices du deuxième trimestre, annoncés en août, plus que doubler grâce à la puissante reprise de l’or, qui s’inscrit toujours comme une valeur refuge en temps de crise.

En outre, les actions de la société minière ont bondi de 12 % le 17 août, après l’annonce de la prise de participation de Berkshire Hathaway. Ce qui fait que, logiquement, quiconque achète Barrick maintenant paie une prime en raison de ces deux facteurs.

Un « métal sans utilité », selon Warren Buffett

La décision de Berkshire Hathaway a été une vraie surprise car Warren Buffett est connu pour son opposition à l’investissement dans l’or.

Dans sa lettre aux actionnaires de 2018, l’homme d’affaires de 89 ans, qui a commencé à investir dans des actions en 1942, comparait les rendements des investissements dans l’or et les actions américaines. La valeur d’un investissement dans l’or effectué en 1942, a-t-il constaté, aurait été inférieure à 1 % de la valeur obtenue par un simple investissement sur le marché boursier américain.

Une idée qu’il avait déjà exprimée dans un discours à Harvard en 1998. L’or « est extrait du sol en Afrique ou ailleurs. Puis on le fait fondre, on creuse un autre trou, on l’enterre à nouveau et on paie des gens pour qu’ils le gardent. Il n’a aucune utilité. Quiconque regarderait depuis Mars se gratterait la tête », avait-il lancé.

Lorsqu’on lui a demandé en 2009 où il pensait que se trouverait l’or dans cinq ans, M. Buffett a répondu qu’il n’en avait aucune idée. « La seule chose que je peux vous dire, c’est qu’il ne fera rien d’ici là, si ce n’est vous regarder », a-t-il déclaré. « Les entreprises, en revanche, auront fait des bénéfices et se seront développées au cours de ces cinq années », a-t-il ajouté.

Ce n’est pas parce que Warren Buffett n’est peut-être pas derrière cet investissement qu’il est forcément mauvais

Un autre point aurait dû mettre la puce à l’oreille aux investisseurs trop pressés : la relative faiblesse de la participation de Berkshire dans Barrick Gold, qui est d’environ 564 millions de dollars, alors que la valeur marchande de Berkshire est d’environ 500 milliards de dollars et que la plupart des investissements que Warren Buffett réalise lui-même se chiffrent en milliards de dollars.

Il y a donc fort à parier qu’un investissement aussi modeste ne relève pas de sa décision personnelle, mais plutôt du travail d’un des gestionnaires à qui il a confié ses fonds.

Buffett ou pas Buffett, le sceau de Berkshire est puissant. Et ce n’est pas parce que l’homme d’affaires n’est peut-être pas réellement derrière cet investissement que cela en fait pour autant une mauvaise décision. L’élan de l’or pourrait se poursuivre et tirer Barrick vers le haut avec lui.

Récupérer une partie des pertes liées au coronavirus

Néanmoins, l’achat doit être considéré dans le contexte du scepticisme de Buffett, qui a donné pour consigne au fiduciaire de sa succession,  dans sa lettre aux actionnaires de 2014, d’investir 90 % de son argent dans un fonds à faible coût suivant l’indice boursier S&P500 et le reste dans des obligations d’État à court terme. « En d’autres termes, je vous prie de ne pas essayer de gérer activement mon argent après mon départ. Et surtout, ne le mettez pas dans l’or », avait-il encore précisé.

Malgré la méfiance de leur employeur, qui estime que les actions minières ne font qu’ajouter un risque opérationnel au risque de prix du métal lui-même, les gestionnaires de fonds au service de Warren Buffett ont pu estimer que Berkshire Hathaway pourrait récupérer une petite partie de ses lourdes pertes sur les actions des compagnies aériennes depuis le début de la pandémie de Covid-19 en pariant sur Barrick.

Mais cet enjeu ne doit pas être confondu avec un investissement stratégique à long terme. Si l’on devait résumer, faites vos propres recherches sur Barrick Gold plutôt que de suivre un nom ou une marque, ou envisagez d’investir via un fonds indiciel.

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