Start-up

L’égyptien Fawry dans le club restreint des licornes africaines

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Mis à jour le 21 août 2020 à 09h21
Egyptian Exchange, en octobre 2016.

Egyptian Exchange, en octobre 2016. © Nariman El-Mofty/AP/SIPA

Un an après son arrivée à la Bourse du Caire, la fintech a atteint le 17 août la valorisation symbolique d’un milliard de dollars. Et ne compte pas s’arrêter là.

« Fawry est officiellement une licorne, le cap du milliard de dollars est atteint ! » Le post de Mohamed Okasha, cofondateur de la start-up égyptienne, sur le réseau professionnel LinkedIn est enthousiaste en ce 17 août, même si ce jour-là, le cours de l’action de la fintech sur l’Egyptian Exchange n’a passé que durant quelques heures les 22,47 livres égyptiennes nécessaires pour atteindre le cap symbolique. Celui qui fait officiellement entrer l’entreprise dans le club très fermé des licornes africaines.

Depuis, la jeune pousse a transformé l’essai : le 19 août, l’action a clôturé à 24,54 livres égyptiennes (1,54 dollars), valorisant l’entreprise à 1,087 milliard de dollars. Une belle progression depuis l’arrivée de la start-up sur la cote cairote : il y a tout juste un an, l’action s’échangeait à 6,46 livres – soit une capitalisation boursière de 275 millions de dollars à la date de fixation du prix. « L’offre aux particuliers a été 30 fois sursouscrite, et l’offre aux institutionnels a été plus de 15 fois sursouscrite »,  notait alors le fonds d’investissement Helios Investment Partners, entré au capital de l’entreprise en novembre 2015.

Le franchissement de ce cap fait de Fawry for Banking Technology and Electronic Payments la deuxième fintech africaine à passer le cap du milliard de dollars en moins d’un an, après la nigériane Interswitch, dont le rachat partiel par Visa a déjà permis de franchir la barre du milliard en novembre 2019.

Fawry a de plus privilégié une bourse africaine, alors que Jumia a fait le choix de New York et Interswitch opté pour Londres pour son IPO, initialement prévue début 2020, et finalement reportée sine die.

Investisseurs multiples

« Pour Interswitch, c’est le montant déboursé par un seul opérateur qui fait la valorisation. Fawry, lui,est coté en bourse, et c’est la confiance de multiples investisseurs qui détermine sa cote », commente Babacar Seck, spécialiste des fintech et du secteur financier, pour qui la valorisation actuelle de Fawry est « un juste reflet du potentiel de l’entreprise et plus globalement celui du secteur des paiements électroniques en Afrique ». Sur S&P Global Market Intelligence, tous les voyants sont d’ailleurs au vert, et l’achat de l’action Fawry reste recommandé.

Créée en 2008, Fawry développe des solutions de paiement électroniques qui s’adaptent aussi bien aux mobiles qu’au web, aux distributeurs automatiques de banque ou encore aux guichets postaux. Présente sur 166 500 points de ventes, la plateforme comptait au premier semestre 29 millions d’utilisateurs et a enregistré près de 530 millions de transactions, pour un montant cumulé de 34,43 milliards de livres égyptiennes.

Son chiffre d’affaires a bondi de 47 % par rapport au premier semestre 2019, pour atteindre 549,3 millions de livres. Quant aux profits opérationnels – l’entreprise est rentable depuis 2013, précise à Jeune Afrique Mohamed Okasha -, ils ont plus que doublé pour atteindre 92,6 millions de livres égyptiennes au premier semestre 2020 (contre 43,7 millions en 2019). Une performance que n’a pas pu entamer le ralentissement général de l’économie lié au coronavirus.

Le coronavirus, une opportunité de croissance

« La croissance de Fawry est moins dépendante de la santé de l’économie globale que des transferts vers le digital. D’ailleurs, nous avons survécu et continué à grossir pendant toutes les crises que notre pays a traversées, de la révolution de 2011 à la dévaluation de 2016, en passant par la crise politique de 2013. Or, la pandémie a au contraire encouragé le gouvernement égyptien à accélérer les réformes destinées à faciliter les paiements digitaux, tout en attisant la méfiance des utilisateurs à l’égard du cash », commente Mohamed Okasha, qui a quitté la direction générale de l’entreprise au 1er avril pour fonder DisrupTech, un fonds dédié à l’accompagnement des start-up égyptiennes.

Ces bons chiffres n’encouragent pas l’entreprise, désormais dirigée par Ashraf Sabry, un ancien d’IBM, à sortir de ses frontières. « La société a devant elle un marché de 100 millions de personnes, pour lesquelles 90 % des échanges commerciaux se font encore en cash. Il y a donc encore une belle marge de progression en Égypte », assure l’ex-dirigeant, peu convaincu par l’idée d’affronter de nouveaux défis réglementaires pour conquérir des marchés plus modestes.

Un acteur 100 % africain

Même s’il ne s’inscrit pas dans une stratégie continentale, le cofondateur de Fawry assume pleinement la réussite de l’entreprise en tant que start-up africaine. « Les cofondateurs sont Égyptiens, le management était 100 % égyptien jusqu’en 2015, date à laquelle nous avons fait quelques recrutements à l’international, le cotation est égyptienne… » En outre, si des acteurs mondiaux comme Actis ou encore IFC sont présents au capital de la start-up, le panafricain Helios, la National Bank of Egypt ou encore l’Egypt Americain Enterprise Fund comptent aussi parmi ses actionnaires principaux.

Si la question du caractère « africain » d’une start-up comme Jumia, dont les fondateurs sont étrangers et qui a été créée en Allemagne, peut se poser, « Fawry coche toutes les cases pour être estampillée “start-up africaine”, quelles que soient les conditions que l’on pose à cette définition », renchérit Babacar Seck.

Mohamed Okasha estime d’ailleurs que l’étiquette de « fondateur d’une licorne africaine » sera un élément clé de la réussite de DisrupTech. « Les start-upers qui viennent vers nous ne veulent pas seulement un investisseur, ils ont aussi besoin des conseils d’un entrepreneur qui connaît bien leurs difficultés, pour les avoir traversées lui-même ».

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