Politique

Mauritanie : ce que l’on sait de l’interrogatoire de l’ex-président Mohamed Ould Abdelaziz

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Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, le 21 juin 2014.

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz, le 21 juin 2014. © Ahmed Mohamed/AP/SIPA

Si l’ex-chef d’État n’a pas été formellement mis en garde à vue, le Code pénal mauritanien autorise sa mise à disposition de la police pendant quinze jours consécutifs.

C’est à 17h30, lundi 17 août, que l’ancien président Mohamed Ould Abdelaziz est arrivé au siège de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) à Nouakchott.

En début d’après-midi, il avait refusé de suivre les policiers qui étaient venus l’interpeller pour être interrogé sur les accusations de détournements de fonds et de pratiques illégales en matière de marchés publics sous sa présidence (2008-2019) contenues dans le rapport de la Commission d’enquête parlementaire et transmises au Parquet général début août.

Audition à rallonge

Il leur avait alors assuré qu’il se rendrait par ses propres moyens à la Sûreté. Ce qu’il a fait. Des mesures de sécurité renforcées ont été prises autour du bâtiment où il était interrogé, afin d’empêcher une manifestation de ses partisans.

L’ex-président mauritanien n’a pas dormi en prison, mais dans une villa située dans l’enceinte de l’école de police

Après six heures d’interrogatoire par cinq officiers de police, il n’a pas dormi en prison, mais dans une villa située dans l’enceinte de l’école de police. Son audition devait se poursuivre mardi 18 août sans la présence de ses avocats, comme cela a été le cas pour les personnalités déjà entendues par les enquêteurs.

L’ex-chef d’État n’a pas été mis formellement en garde à vue, mais le Code de procédure pénale mauritanien autorise quinze jours consécutifs de mise à disposition de la police.

Dans un communiqué de presse publié par son ancien ministre des Affaires étrangères et directeur de cabinet, Isselkou Ould Ahmed Izidbih, huit hommes politiques ont dénoncé « un enlèvement perpétré par la police politique ».

« Harcèlement »

Ils soulignent également « les harcèlements, les provocations et les accusations gratuites menées à l’encontre du président Ould Abdelaziz et de son environnement familial, destinées à souiller son honneur et l’évincer politiquement ». Ils y appellent à sa libération immédiate.

Le collectif de ses quatre avocats a tenu une conférence de presse en soirée pour qualifier de « séquestration » son interrogatoire et pour appeler les autorités judiciaires à faire respecter « les procédures garantissant le droit de leur client à se faire assister par sa défense ». Ils ont ajouté : « Aucun Mauritanien ne peut produire une preuve attestant que l’ancien président détient en son nom des voitures ou des maisons ».

La contre-attaque que Mohamed Ould Abdelaziz amorçait avant son interpellation est ainsi stoppée. Il ne pourra pas tenir la conférence de presse que son ancien directeur de cabinet avait annoncée pour ce mardi. L’ancien président mauritanien est notamment accusé de corruption et d’abus de pouvoir, voire de haute trahison, sur la base des éléments du rapport de la Commission parlementaire.

Selon l’ex-chef de l’État mauritanien, la Commission parlementaire aurait été instrumentalisée par les « Frères musulmans »

Selon l’ex-chef de l’État mauritanien, cette Commission aurait été instrumentalisée par les « Frères musulmans » du parti islamiste Tawassoul. Des membres de sa proche famille ont vu leurs véhicules saisis et leurs comptes bancaires bloqués, notamment ceux de la Fondation d’un de ses fils et de sociétés de son gendre.

Le siège du Parti unioniste démocratique et socialiste (PUDS), auquel plusieurs de ses partisans avaient adhéré récemment pour le remettre à flot selon plusieurs sources, a été fermé mi-août et les activités du mouvement d’inspiration baathiste suspendues pour 90 jours.

En privé, l’ancien président mauritanien dénonce depuis des mois le « lâchage » de son « frère » et compagnon d’armes, le président actuel Mohamed Ould Ghazouani, dont il avait été le parrain déclaré durant la campagne présidentielle de l’an dernier, en dépit de l’hostilité de certains de ses partisans.

De son côté, le président Ghazouani a répété à plusieurs reprises qu’il n’interférerait « ni dans les travaux de la Commission parlementaire, ni dans le cours de la Justice si celle-ci était saisie par l’Assemblée nationale des dossiers instruits par la Commission ».

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