Politique

Coup d’État au Mali : retour sur les événements qui ont conduit à la démission d’IBK

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Mis à jour le 24 août 2020 à 16h49
Des soldats bloquent les accès à Kati, à 15 km de Bamako, quelques heures après qu'y a éclaté une mutinerie, le 18 août 2020.

Des soldats bloquent les accès à Kati, à 15 km de Bamako, quelques heures après qu'y a éclaté une mutinerie, le 18 août 2020. © Olivier Dubois

Ibrahim Boubacar Keïta a démissionné, dans la nuit du 18 au 19 août, après avoir été arrêté par des mutins au terme d’une journée de tensions qui avait démarré par une mutinerie au camp de Soundiata-Keïta, à 15 km de Bamako. Retour sur les événements qui ont conduit à la chute du président malien.

« Le gouvernement appelle à la raison et demande de faire taire les armes ». Le communiqué du Premier ministre Boubou Cissé à 16h GMT sonne comme une ultime tentative pour calmer la situation, plusieurs heures après le début des événements survenus à Bamako et Kati mardi matin. De fait, cette main tendue aux mutins n’aura pas permis d’éviter son arrestation au côté du président malien, en fin de journée. Ni la démission de ce dernier, sous la pression des militaires putschistes, quelques heures plus tard.

 

Tout a commencé dans la matinée, lorsque des coups de feu ont été entendus au camp militaire Soundiata-Keïta de Kati, situé à 15 km au nord de Bamako. Des hommes armés ont fait irruption dans le camp à bord de pick-up, avant que des tirs ne soient échangés avec les militaires présents sur le site.

« Des pick-up en provenance de Bamako, lourdement armés, ont pénétré dans le camp Soundiata-Keïta et les hommes à bord ont tiré en l’air. Il y a eu riposte de militaires présents, qui ont cru à une attaque », a affirmé à Jeune Afrique un officier malien, sous couvert d’anonymat. Les échanges de tirs ont ensuite cessé.

Le premier groupe aurait ensuite été rejoint par « dix autres pick-up », selon notre source au sein du ministère de la Sécurité intérieure. « Les magasins d’armes ont été ouverts et les armes distribuées aux militaires présents dans le camp », a précisé à JA l’officier.

Le ministre de la Défense emmené à Kati

Des manifestants anti-IBK ont convergé sur la place de l'Indépendance, ce mardi 18 août, quelques heures après une mutinerie dans le camps militaire de Kati, près de Bamako.

Des manifestants anti-IBK ont convergé sur la place de l'Indépendance, ce mardi 18 août, quelques heures après une mutinerie dans le camps militaire de Kati, près de Bamako. © REUTERS/Rey Byhre

Les personnels non essentiels de plusieurs administrations publiques, y compris de plusieurs ministères, ont été évacués. C’est notamment le cas à l’Office de radio et télévision du Mali (ORTM).

En milieu de journée, plusieurs dizaines de jeunes se sont rassemblés sur la place de l’Indépendance, scandant des slogans favorables aux militaires mutins de Kati. Certains, parmi eux, ont appelé à la retenue et à éviter les pillages. L’ancien député Oumar Mariko, membre du Mouvement du 5 Juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), les y a rejoints.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta s’était alors retranché dans sa résidence de Sebenikoro, en compagnie du Premier ministre. Karim Keïta, député et fils du président, était également présent. En fin de journée, une foule de manifestants s’est massée devant le domicile présidentiel, devant lequel étaient stationnés des militaires.

Avant que le président malien et son Premier ministre ne soient arrêtés, plusieurs sources contactées par Jeune Afrique avaient confirmé que le ministre de la Défense, Ibrahima Dahirou Dembélé, et plusieurs hauts-gradés étaient déjà aux mains des mutins. Le ministre a été emmené vers le camp de Kati.

La Cedeao appelle les militaires à « rentrer dans les casernes »

Mali Crisis

Un militaire malien, membre présumé des mutins du camp militaire de Kati, contrôle la circulation à proximité du camp militaire situé à 15 km de Bamako, le 18 août 2020. © /AP/SIPA

Dans un communiqué rendu public vers 14h30 GMT, la Cedeao a déclaré suivre « avec une grande préoccupation les développements en cours au Mali depuis la matinée de ce 18 août 2020, avec une mutinerie déclenchée dans un contexte sociopolitique déjà très complexe ». L’organisation régionale a appelé « les militaires à regagner sans délai leurs casernes », et redit « sa ferme opposition à tout changement politique anticonstitutionnel ».

« La France partage pleinement la position exprimée par la Cedeao », a fait savoir peu de temps après le ministère français des Affaires étrangères dans un communiqué, relayant l’appel « au maintien de l’ordre constitutionnel » et exhortant « les militaires à regagner sans délai leurs casernes ».

Entretien entre Macron et IBK

Selon nos informations, l’Élysée suit la situation avec attention. Le président français s’est entretenu avec son homologue malien pour faire le point sur la situation. Emmanuel Macron a également eu des entretiens avec plusieurs chefs d’État de la sous-région : l’Ivoirien Alassane Ouattara, le Sénégalais Macky Sall et le Nigérien Mahamadou Issoufou, lequel est actuellement président en exercice de la Cedeao, organisation avec laquelle Paris souhaite coordonner son action.

Dès le début de matinée, plusieurs représentations diplomatiques présentes au Mali avaient émis des messages d’alerte. L’ambassade de France a recommandé « instamment » à ses ressortissants de rester chez eux « compte tenu des tensions rapportées ce mardi à Kati et à Bamako ». L’ambassade de Norvège a demandé aux siens de « faire preuve de prudence » car elle a « été informée d’une mutinerie dans les forces armées et de troupes [qui] sont en route vers Bamako ».

La section sécurité de la Minusma a quant à elle diffusé un message recommandant au personnel des Nations unies « d’éviter la zone de Kati et tous mouvements routiers non nécessaires à Bamako jusqu’à nouvel ordre ». La mission onusienne « a suspendu tous les mouvements du personnel de l’ONU à Bamako et Kati » et a convoqué une réunion de l’équipe de gestion de crise, avant une « réunion spéciale de l’équipe de gestion de la sécurité avec l’équipe de pays des Nations unies ».

« Nous suivons avec inquiétude l’évolution de la situation aujourd’hui au Mali. Les États-Unis s’opposent à tout changement extra-constitutionnel de gouvernement, que ce soit par ceux qui sont dans la rue ou par les forces de défense et de sécurité », a écrit sur Twitter J. Peter Pham, l’envoyé spécial des États-Unis pour le Sahel.

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