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Naissance du Rassemblement démocratique africain

Le 18 octobre 1946, Bamako, capitale du Soudan français, vit un événement qui marque une étape importante dans l’évolution politique des peuples de l’Afrique française. Des centaines de militants, venus de toute l’Afrique, assistent à l’ouverture d’un congrès qui, trois jours plus tard, se terminera par la création du premier mouvement politique panafricain : le Rassemblement démocratique africain (RDA). Pour la première fois, des hommes politiques d’Afrique occidentale et d’Afrique équatoriale françaises se rassemblent pour reconquérir leurs droits. Pourtant, le congrès constitutif du RDA a failli ne jamais se tenir, certains dirigeants ayant cédé aux sirènes de la division.

La fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, ouvre une nouvelle ère pour les populations des colonies françaises qui regardent la métropole différemment depuis son occupation par l’armée allemande. De toute évidence, la France n’est pas invincible. Dès octobre 1945, des élus africains siègent à l’Assemblée constituante, à Paris : l’Ivoirien Félix Houphouët-Boigny, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor, le Soudanais Fily Dabo Sissoko, le Dahoméen (du Dahomey, aujourd’hui Bénin) Sourou Migan Apithy, le Camerounais Douala Manga Bell, le Congolais Jean-Félix Tchicaya, entre autres. Plutôt que de se réunir en un seul bloc, ils préfèrent, pour des raisons stratégiques, rallier les principaux partis politiques métropolitains : la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO, socialiste), le Mouvement républicain populaire (MRP, centre-droit) et les Mouvements unis de la Résistance?(MUR, communiste).
Au Palais-Bourbon, leur combat mène à l’abolition du travail forcé et du système de l’indigénat, à l’obtention de la liberté de réunion, d’association et de la presse ainsi qu’à l’attribution de la qualité de citoyen à tous les ressortissants des territoires d’outre-mer. Mais pour peser davantage dans le débat politique, ils jugent nécessaire la création d’un mouvement rassembleur. Le 18 septembre 1946, une lettre signée notamment par Houphouët-Boigny, Gabriel d’Arboussier, Fily Dabo Sissoko, Lamine Guèye, est envoyée dans tous les territoires d’Afrique occidentale et équatoriale. Il y est question d’un congrès à Bamako, en octobre, auquel tout le monde est convié.

Paris a vent du projet. Pour le ministre de la France d’outre-mer, Marius Moutet, cette rencontre ne peut être qu’un coup monté par le Parti communiste dont Houphouët-Boigny est proche. Contre des espèces sonnantes et trébuchantes, il parvient à convaincre Sissoko de saboter le projet auprès de ses partisans. Un avion est même mis à sa disposition pour qu’il se rende, le 16, à Bamako, son fief. Houphouët-Boigny, grâce à un avion affrété par les communistes, rejoint la même destination le lendemain.
Sur le terrain, la situation est critique. À ses camarades, rassemblés place du marché, Sissoko, debout sur un camion, répète à l’envi que Houphouët-Boigny n’est qu’une marionnette entre les mains des communistes. Méfiance, donc. La foule acquiesce. Survient alors l’Ivoirien. Après avoir écouté Sissoko, il lui demande tranquillement le haut-parleur, monte à son tour sur le véhicule et détruit les uns après les autres les arguments destinés à faire échouer le rendez-vous de Bamako. Conquise par son aura, l’assistance change de camp. Y compris Sissoko qui, le 18 octobre, présidera la séance d’ouverture du congrès. Thème central : l’unité. Non à l’assimilation, oui à une union avec la France.
Le 21 octobre, le RDA voit le jour sous la direction de Houphouët-Boigny. Dans presque tous les territoires, il devient la principale force politique. Mais son apparentement au Parti communiste lui attire les foudres de Paris dès le début des années 1950. Sans pour autant l’abattre complètement : ses sections restent à l’avant-garde de la marche vers l’émancipation. Soixante ans plus tard, l’héritage du RDA perdure avec le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) créé à l’origine par Houphouët-Boigny, et au Mali, avec l’Union soudanaise (US-RDA) fondée par Mamadou Konaté et Modibo Keita.

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