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Nécessaire évolution

Avec ce numéro 2440, Jeune Afrique boucle sa 47e année d’existence. Son premier numéro est en effet paru à Tunis, le 17 octobre 1960* ; le journal a émigré à Rome en mai 1962, avant de s’installer, fin 1964, à Paris.
Il paraît donc sans discontinuer depuis 2 440 semaines et j’en ai assuré, tout au long de ces quarante-sept années, la direction générale et la direction de la rédaction : c’est là une longévité exceptionnelle ; vue de l’extérieur, elle a même pu paraître excessive.
Pour ma part, je remercie Dieu de me l’avoir donnée, avec la force de l’assumer. Et je prends la décision, que je crois sage, de me retirer de mes fonctions, en deux temps, suivant en cela le précepte énoncé par Charles de Gaulle : « Mieux vaut partir cinq ans trop tôt que cinq minutes trop tard »

1) Le premier de ces deux temps, c’est aujourd’hui : j’ai en effet choisi cet anniversaire de Jeune Afrique, le jour où il entre dans sa 48e année, pour annoncer que je décide librement, et sans qu’aucun impératif de santé ne m’y oblige, de quitter la direction de la rédaction de notre hebdomadaire – 80 personnes dont 60 journalistes -, que j’ai occupée pendant quarante-sept années pleines (et souvent chargées).
À partir du prochain numéro, le 2441-2442, c’est François Soudan qui l’assumera seul et pleinement : je l’en félicite et le plains à la fois, car c’est loin d’être seulement gratifiant.

Formé à l’École supérieure de journalisme de Lille, considérée comme la meilleure de France, et à l’Institut d’études politiques de Grenoble, il est entré directement à Jeune Afrique le 1er octobre 1977, il y a donc tout juste trente ans. Il n’en est jamais sorti, faisant ainsi de notre hebdomadaire, qui est devenu le sien, le journal (et l’entreprise) de sa vie.
Amir Ben Yahmed et Marwane Ben Yahmed sont ses adjoints avec le titre de directeurs exécutifs de la rédaction. Mais, nonobstant leur patronyme, il est leur chef et le seul patron de la rédaction.
Il exercera la fonction sans interférence et en déléguera ce qu’il jugera possible de déléguer ; il personnifiera, en somme, avec ses adjoints, ce qu’on appelle « le renouvellement des générations ».

2) Je demeure pour quelques années encore, si Dieu le veut, le président du groupe de presse qui édite Jeune Afrique et le « directeur de la publication ».
À ce titre, je serai responsable, en dernier ressort, juridiquement, politiquement et moralement de son contenu et de son « standing », et pourrai ainsi assumer, tant que j’en aurai la force, mes responsabilités de fondateur.
Je continuerai donc à veiller sur cet enfant presque quinquagénaire qu’est Jeune Afrique – et à m’en sentir responsable jusqu’à ce qu’intervienne le second temps, celui de mon retrait complet de toute responsabilité au sein de ce groupe.
Dieu et moi connaissons la date de ce retrait.

Mais, revenant à aujourd’hui, je tiens à vous dire que ce magazine hebdomadaire, même si vous êtes nombreux à le lire, et même s’il occupe une position enviée, n’est pas aussi bon qu’il devrait l’être. En tout cas, je l’aurais voulu meilleur et ne cesserai de chercher à ce qu’il se perfectionne.
Mais, pour l’heure, c’est ce que nous sommes parvenus à vous donner en faisant de notre mieux, avec les moyens humains et financiers qu’il nous a été possible de rassembler.
J’espère vivement que la direction de la rédaction pourra l’améliorer encore et, d’ailleurs, elle met la dernière main à une nouvelle formule qui vous sera proposée dans un peu plus d’un mois.

François Soudan et les équipes dont il dispose – il lui faudra les enrichir – savent qu’ils peuvent compter sur moi pour leur apporter mes conseils – sans interférer dans leurs décisions – aussi longtemps que je le pourrai – et qu’ils le voudront.
Je sais, moi, qu’ils auront à cur de maintenir Jeune Afrique dans la ligne que nous avons tracée et suivie ensemble. Nous nous sommes efforcés de tenir les promesses de la devise que nous avons donnée à ce journal : « Le devoir d’informer, la liberté d’écrire ».
Nous avons cherché la vérité et tenté d’éclairer pour vous la face cachée des événements.
Nous avons évité, autant que nous l’avons pu, de nous laisser instrumentaliser comme trop de (mauvais) journaux qui en arrivent à jouer tantôt le rôle d’avocat (de qui a leur sympathie), tantôt celui de procureur (contre qui leur déplaît).

Il me reste l’agréable devoir de dire un grand merci aux lecteurs de Jeune Afrique, ceux qui nous suivent depuis longtemps (voire parfois depuis le début), comme ceux qui sont venus à notre hebdomadaire plus récemment : ils sont, ce n’est pas un propos de circonstance, la seule richesse de ce journal : Jeune Afrique existera, conservera ou même accroîtra son influence et son poids tant qu’ils seront assez nombreux à croire suffisamment en lui pour s’y abonner ou acheter l’exemplaire de la semaine, quoi qu’il leur en coûte.

Je dois rappeler enfin, parce qu’on ne le sait pas assez, que Jeune Afrique a le bonheur de compter dans son capital six cents actionnaires provenant des cinq continents, la majorité – mais pas tous – africains.
Ils nous ont fait confiance en mettant un peu ou beaucoup de leur argent dans l’entreprise : ils en sont donc, eux aussi, propriétaires (à eux tous, ils détiennent près de 15 % du capital).
Ni moi, bien sûr, ni la rédaction, ni les équipes commerciales, administratives et de gestion du Groupe Jeune Afrique n’oublierons que nous leur devons à eux aussi de faire le meilleur Jeune Afrique possible.
Dans le cadre d’une entreprise dont le but n’est pas de gagner le maximum d’argent mais qui ne peut traverser les décennies et durer qu’à condition d’en gagner suffisamment pour être en mesure d’évoluer, de se moderniser, de s’adapter en permanence aux changements et ainsi « d’épouser son siècle ».

N.B. : Ceux d’entre vous qui me font le crédit de lire mes analyses et commentaires hebdomadaires continueront de les trouver à cette place.
Aussi longtemps qu’il me sera possible de les donner et qu’on leur prêtera de l’intérêt.

*Dans un premier temps – un an – sous le titre de Afrique Action.

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