Politique

Centrafrique : Maxime Mokom, ancien chef anti-Balaka devenu ministre ostracisé

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Mis à jour le 17 août 2020 à 18h16
Maxime Mokom, ministre centrafricain du Désarmement, après des discussions avec les combattants des 3R, à Koui, dans le fief du groupe armé, le 23 janvier 2020.

Maxime Mokom, ministre centrafricain du Désarmement, après des discussions avec les combattants des 3R, à Koui, dans le fief du groupe armé, le 23 janvier 2020. © Pacôme Pabandji, pour Jeune Afrique

Rien ne va plus entre l’ancien leader anti-Balaka Maxime Mokom, devenu ministre du Désarmement, et le Premier ministre Firmin Ngrebada. D’un côté, on crie à la trahison. De l’autre, à l’acharnement. Et la tension monte d’autant plus autour du « cas » de ce neveu de François Bozizé que l’échéance de la présidentielle approche.

En mars 2019, lorsqu’il a été nommé ministre en charge du processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), dans la foulée de l’accord de paix du 6 février de la même année entre les groupes armés et le gouvernement, Maxime Mokom était vu comme « à la hauteur de la tâche », assure un proche du Premier ministre Firmin Ngrebada. Le leader de l’une des deux ailes de la milice anti-Balaka « sait se montrer convaincant et, manifestement, il avait alors la volonté de déposer les armes et de pousser les autres leaders des groupes armés à en faire autant », insiste ce proche de Ngrebada.

Plus aucun pouvoir

Mais un an et demi plus tard, si le divorce n’est pas encore officiellement prononcé, la rupture est totale entre le ministre du Désarmement et le chef du gouvernement dont il est, pour le moment, toujours membre. Désormais, Maxime Mokom ne jouit quasiment plus d’aucun pouvoir : les prérogatives dévolues à son ministère sont en effet confiées, dans les faits, à l’Unité d’exécution du programme national de désarmement (UEPNDDR), qui dépend directement du président Faustin-Archange Touadéra.

« Dans la majeure partie des cas, le ministre n’est même pas associé aux opérations de désarmement », souffle l’un de ses collaborateurs. « C’est du mépris, un blocage délibéré de la part des plus hautes autorités », déplore ce proche de Mokom.

L’entrée dans le gouvernement de cet ancien leader de groupe armé avait provoqué de vives réactions, en Centrafrique et au-delà. Ce proche de François Bozizé était à la tête de l’une des deux ailes des milices anti-Balaka nées de la scission de 2014, l’autre étant dirigée par Patrice-Edouard Ngaïssona – dont le procès pour crimes de guerre devant la Cour pénale internationale s’ouvrira le 9 février 2021.

Maxim Mokom, lui, est toujours sous le coup de sanctions des États-Unis, décrétées en 2017 par le Trésor américain contre lui et Abdoulaye Hissène, un ex-Séléka. Washington reproche notamment aux deux hommes d’avoir, en septembre 2015, « collaboré, dans le cadre d’une vaste alliance entre les membres de l’ex-Séléka et les combattants anti-Balaka […] dans une tentative visant à encourager la violence à Bangui ». Ils auraient notamment, selon le Trésor américain « perturbé l’arrivée du vol du président de la République centrafricaine, Faustin-Archange Touadéra, à l’aéroport de Bangui » en juin 2016.

En octobre 2016, Mokom a rejoint officiellement avec hommes, armes et bagages la coalition formée par les ex-Séléka du Mouvement patriotique centrafricain, du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique de Nourreddine Adam et du Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique, pour faire front commun contre l’Union pour la Centrafrique d’Ali Darassa – dont la rencontre récente avec le Premier ministre centrafricain a fait couler beaucoup d’encre à Bangui.

En février 2019, c’est en qualité de chef de l’une des ailes des anti-Balaka qu’il signera l’accord de Khartoum, signé par 13 autres groupes armés, en présence de Faustin-Archange Touadéra et d’Omar el-Béchir. Si l’accord sera par la suite rapidement remis en cause par une partie des signataires, Mokom entre alors au gouvernement, en tant que ministre chargé du processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), pour ne plus en sortir. Jusqu’à présent, tout au moins.

Le tournant du retour de Bozizé

Mais depuis le retour de l’ancien président François Bozizé à Bangui, en décembre dernier, les relations entre Mokom et la frange fidèle à Touadéra au sein du gouvernement se sont singulièrement tendues. « Le président Touadéra l’a fait nommer là uniquement pour montrer à la communauté internationale qu’il a fait de la place à tout le monde. Mais dans les faits, le ministre est coincé, et il ne sert pratiquement à rien », estime un cadre de son équipe au ministère. Et le fait qu’il soit le neveu de l’ancien président centrafricain est loin de plaider en sa faveur. « C’est très clair que son appartenance à la famille de François Bozizé joue un rôle défavorable pour lui », avance notre source.

Du côté de la primature, on ne s’en cache pas : Mawime Mokom est sous surveillance. « Il est considéré comme dangereux, avec une capacité de nuisance à ne pas négliger », glisse ainsi un conseiller de Firmin Ngrebada.

Le 17 juillet dernier, l’une des résidences de Mokom à Bangui a même fait l’objet d’une perquisition en règles menée par des hommes des Forces de sécurité et de défense, appuyées pour l’occasion par des éléments des Forces armées centrafricaines, sur mandat du procureur de la République de Bangui. Un fusil AK-47, plusieurs chargeurs et des gilets pare-balles avaient été saisis.

Tandis que le porte-parole de Mokom dénonçait dans la foulée un « acharnement » contre le ministre, la primature assurait au contraire ne pas avoir eu vent de la perquisition avant que celle-ci ne soit menée. « Le Premier ministre n’était pas au courant, parce que l’ordre a été donné par le procureur de la République », affirme ainsi à Jeune Afrique Ursule Aguingo, conseiller en communication de Firmin Ngrebada. « Il y avait des réunions non officielles rassemblant plusieurs militaires dans cette résidence. Dans un État de droit, plusieurs militaires ne peuvent pas tenir de telles réunions. Ce sont ces raisons qui ont poussé les autorités judiciaires à perquisitionner », souligne-t-il.

Mokom rejoindra-t-il Bozizé ?

Mais déjà, dans les semaines ayant précédé cette perquisition spectaculaire, Maxime Mokom était aux abonnés absents lors des conseils des ministres. Des absences répétées que la primature justifie par « des raisons de santé ».

Maxime Mokom, qui aurait à en croire l’un de ses très proches émis plusieurs fois le souhait de quitter le gouvernement, ne s’y est pour le moment jamais résolu. De son côté, le chef du gouvernement maintient le statu quo, soucieux de préserver l’accord de paix. Mais à mesure que l’échéance de la présidentielle prévue en décembre prochain approche, combien de temps les deux parties pourront-elles attendre avant de prononcer officiellement le divorce ?

Une question qui se pose avec d’autant plus d’acuité que les tensions montent entre les partisans de Faustin-Archange Touadéra, bien décidés à se maintenir au pouvoir, et ceux de François Bozizé, qui espèrent y revenir. Dans l’entourage de Maxime Mokom, on reste pour le moment très évasif sur les intentions du neveu de l’ancien président centrafricain.

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