Économie

Angola : la condamnation de « Zenu » acte la chute des dos Santos

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Mis à jour le 14 août 2020 à 17h25
José Filomeno Dos Santos lors de l'ouverture de son procès, le 9 décembre 2019 à Luanda.

José Filomeno Dos Santos lors de l'ouverture de son procès, le 9 décembre 2019 à Luanda. © Joao da Fatima / AFP

Jugé depuis fin 2019 pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence, le fils de l’ancien président angolais, José Filomeno dos Santos, écope de cinq ans de prison.

C’est le coup de grâce pour la famille dos Santos. Au terme d’un procès qui a duré plusieurs mois, la justice angolaise a condamné, vendredi 14 août, José Filomeno dos Santos, le fils de l’ancien président José Eduardo dos Santos, à cinq ans de prison pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence. Très attendu, ce jugement illustre la chute de l’ancienne famille présidentielle autant que la volonté de rupture du successeur de dos Santos, João Lourenço.

Ni l’avocat de celui qui est surnommé « Zenu », ni sa famille n’ont réagi dans l’immédiat. La peine est inférieure aux réquisitions du ministère public, qui avait demandé une condamnation d’au moins sept ans.

Les trois autres personnalités qui comparaissaient aux côtés de José Filomeno dos Santos ont elles aussi été condamnées. Parmi elles, l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Valter Filipe, qui reçoit la plus lourde peine, de huit ans d’emprisonnement. Les avocats des prévenus ont toutefois annoncé contester la décision et obtenu le maintien de leur client à domicile dans l’attente du recours.

L’affaire jugée concerne un projet de constitution d’un fonds d’investissement de 35 milliards de dollars proposé par deux acteurs étrangers, dont l’un était l’ami de José Filomeno dos Santos et a comparu à ses côtés, Jorge Gaudens Pontes Sebastião. Ce projet, autorisé par José Eduardo dos Santos lorsqu’il était chef de l’État, a donné lieu à une escroquerie visant à détourner, via trois virements de 500 millions de dollars, un total d’1,5 milliard de dollars d’argent public.

Croisade anti-corruption

La décision du tribunal suprême angolais met un terme à un procès inédit, à la fois médiatique et symbolique, qui a conduit à la barre pour la première fois un membre de l’ancienne famille dirigeante. Tout-puissants jusqu’en 2017, date à laquelle José Eduardo dos Santos a passé la main à João Lourenço à l’issue de trente-huit ans de présidence, les dos Santos vivent depuis une descente aux enfers, frappés de plein fouet par la croisade anti-corruption menée par le nouvel homme fort de l’Angola.


>>> À lire : notre série Sur la piste des milliards envolés de l’Angola 


Se disant victime d’une chasse aux sorcières, le clan dos Santos a dénoncé un procès politique contre l’un de ses membres. De son côté, l’administration Lourenço affirme laisser la justice faire son travail, rappelant la promesse du nouveau président d’en finir avec la corruption et le népotisme des années passées.

Alors que « Zedu », surnom de José Eduardo dos Santos, s’est exilé en Espagne depuis avril 2018, deux de ses filles, Welwitschia et Isabel dos Santos, connaissent des difficultés. La première a été exclue du parti présidentiel, le MPLA, et a dû mettre fin à ses activités dans l’audiovisuel public.

Profil bas

La seconde, un temps symbole de la réussite économique de la famille sur la scène internationale avant d’être exposée par les « Luanda Leaks » en début d’année, a vu ses avoirs gelés en Angola et au Portugal en raison d’enquêtes pour mauvaise gestion et détournements de fonds publics. Isabel dos Santos, qui a annoncé cette semaine son départ d’un bastion de son empire financier, l’opérateur de téléphonie Unitel, conteste fermement les faits qui lui sont reprochés.

Demeuré à Luanda, son demi-frère « Zenu », placé par son père à la tête du fonds souverain du pays doté de cinq milliards de dollars entre 2013 et 2017, paie le plus lourd tribut. Limogé de la direction du fonds souverain en janvier 2018, il est inculpé en mars et placé en détention provisoire pendant près de six mois, de septembre 2018 à mars 2019, avant d’être placé sous contrôle judiciaire.

Appelé à la barre à partir de décembre 2019, il a adopté une posture de profil bas durant tout le procès, rappelant sa collaboration dès le départ avec la justice mais niant avoir commis des faits répréhensibles. Pour l’heure, le tribunal en a décidé autrement.

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