Transport aérien

Canada – Nigeria : bataille autour d’un jet privé

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Mis à jour le 18 août 2020 à 10h04
Le jet Bombardier global 6000, du même modèle que celui bloqué par la justice canadienne (Capture video promotionnelle)

Le jet Bombardier global 6000, du même modèle que celui bloqué par la justice canadienne (Capture video promotionnelle) ©

La saisie à l’aéroport de Montréal de l’appareil soupçonné d’appartenir à l’ex-ministre nigérian du Pétrole Dan Etete, en procès pour corruption en Italie, est vigoureusement contestée devant la justice canadienne.

La bataille juridique s’intensifie autour du luxueux Bombardier Global 6000 saisi le 29 mai sur le tarmac de l’aéroport international de Montréal, alors qu’il venait de Dubaï pour son inspection des soixante mois. L’avocat bordelais d’origine congolaise Jean-Charles Tchikaya, qui avait déjà débloqué plusieurs appareils notamment pour le compte de la Guinée équatoriale, dans le cadre de litiges avec l’homme d’affaires camerounais Yves-Michel Fotso ou encore avec l’opérateur Orange, a décidé de faire appel ce 14 août de la décision d’un juge de la Cour supérieure du Canada le 4 août de maintenir la saisie du jet privé, a appris Jeune Afrique.

Engagé par Tibit Ltd., la société enregistrée aux Îles Vierges britanniques qui détient l’appareil, il a désormais pour tâche de démontrer que cette dernière n’est pas la propriété, le « faux nez » ou le fruit du blanchiment de l’ancien ministre nigérian du Pétrole Dan Etete, soupçonné d’être impliqué dans l’un des plus gros scandale de corruption du continent : l’attribution en 2011 pour 1,3 milliard de dollars du bloc pétrolier OPL 245 aux majors Shell et ENI. Pour le juge canadien : « Tibit a été créée pour servir d’écran à Etete dans ses diverses manœuvres pour blanchir des sommes d’argent colossales », rapporte le jugement dont nous avons eu copie.

« Je suis très étonné que le Canada ait saisi l’avion à la requête par visioconférence d’un monsieur qui se prévaut du Nigeria, sans en avoir vérifié le mandat, sans avoir intenté le moins du monde sur son territoire une procédure contre Dan Etete. Cet avion a atterri plusieurs fois au Nigeria sans que les autorités ne le saisissent ou engagent une procédure pénale contre lui depuis 2013. Aucune juridiction au monde ne recherchait cet avion”, réagit Jean-Charles Tchikaya, contacté par Jeune Afrique.

Des mandats sans référence, ni cachet

Outre les procédures en cours au Canada et aux Îles Vierges, Jean-Charles Tchikaya a aussi initié auprès des autorités du Nigeria une demande d’authentification des deux mandats présentés le 15 mai et le 27 juillet par le Nigérian Babatunde Olabode Johnson, dirigeant le cabinet Johnson and Johnson Sollicitators, au nom du ministre de la Justice Abubakar Malami et de son secrétaire permanent Dayo Apata, pour voir s’ils émanaient réellement des autorités du pays.

Se présentant comme l’avocat du Nigeria, Babatunde Olabode Johnson, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations, se décrit sur Linkedin- l’une des seules sources d’information disponibles sur lui- comme « expert en récupération d’actifs ». Ce qui ne fait pas de doute pour Barnaby Pace, de l’ONG britannique Global Witness : « Johnson and Johnson Sollicitators a déjà représenté le Nigeria dans différents procès autour du scandale de l’OPL 245, notamment le recouvrement de 70 millions de dollars de Malabu (une entreprise, première détentrice des droits du champ pétrolier, dont Dan Etete possédait des parts, NDLR) au Royaume-Uni ».

Où voit-on un avocat qui ne réclame aucun frais à ses clients?

Une version que remet en cause Jean-Charles Tchikaya, s’interrogeant sur ses motivations et sur la qualité des documents. Ces mandats, que Jeune Afrique s’est par ailleurs procuré, « ne portent ni référence ni cachet mais seulement les noms de deux témoins présentés comme de simples fonctionnaires habilités à confirmer les écrits des autorités. Johnson se prévaut de la double qualité de mandataire et de représentant officiel du Nigeria, spécifiant que ce dernier ne supportera aucun frais. Où voit-on un avocat qui ne réclame aucun frais à ses clients, qui n’accepte rien au titre de son mandat ? », dénonce l’avocat.

Contacté par Jeune Afrique, Dan Etete, se dit quant à lui « choqué et surpris que cette société, Tibit, soit rattachée à son nom. Ces procédures sont fabriquées pour salir davantage mon nom. Je ne connais pas ce Babatunde Johnson. Je suspecte qu’il a été envoyé par des gens malhonnêtes agissant pour leurs propres intérêts en utilisant le nom de la République fédérale du Nigeria (FRN) et non le Gouvernement fédéral du Nigeria (FGN). Quand on est mandaté par un ministère, c’est normalement le nom du FGN qui devrait apparaître ».

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