Assurances

Pourquoi Wafa Assurance croit (encore) en son avenir africain

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 19 août 2020 à 12h03
wafa assurance, casablanca, maroc© hassan ouazzani pour ja

wafa assurance, casablanca, maroc© hassan ouazzani pour ja © Hassan Ouazzani pour JA

Si le développement continental du premier assureur marocain est encore timide, l’Afrique devrait avoir la part belle dans la nouvelle feuille de route du groupe.

Si Wafa Assurance est touché, comme le reste de l’économie, par la crise économique découlant de la pandémie de coronavirus, « rien de cela ne viendra ébranler la solidité ou la stabilité financière du leader incontesté au Maroc, avec plus 19,5 % de parts de marché, qui repose sur un groupe très puissant et dont les fondamentaux restent solides », lâche d’emblée un analyste financier qui suit le secteur depuis plus de quinze ans.

L’assureur annonce néanmoins un chiffre d’affaires pour le 2e trimestre 2020 de 1,7 milliard de dirhams, soit une baisse de 12,5 % en comparaison avec la même période de l’année dernière, et la filiale du holding Al Mada s’attend à un « résultat net 2020 en baisse significative si les conditions de marché actuelles perdurent », précise-t-elle dans sa communication financière.

Virage retardé

Une conjoncture qui retarde le lancement prévu pour cette année de la nouvelle feuille de route de Wafa Assurance, concoctée avec l’aide du cabinet international Corporate Value Associates et devant initialement couvrir la période 2020-2024.

Du fait de la crise, son application devrait être repoussée d’au moins une année. « Il est simplement impensable d’annoncer une nouvelle stratégie en ce moment. Il faut d’abord prendre le temps d’estimer les pertes et réviser les enveloppes d’investissement. Tout doit être revu… », explique notre analyste financier.

Si peu d’éléments ont fuité concernant cette nouvelle stratégie, les observateurs estiment qu’elle devrait mettre l’accent sur le développement continental de l’entreprise, sans négliger pour autant le territoire chérifien. La présence transfrontalière de Wafa Assurance reste en effet très modeste, comparé à celle de sa société mère, le Groupe Attijariwafa Bank, ou encore face à celle de son principal concurrent au Maroc, Saham Assurance, absorbé en mars 2018 par le géant Sanlam.

Le choix du Greenfield

Depuis 2013, et la première implantation en Tunisie, Wafa Assurance – qui n’a pas donné suite à nos sollicitations – n’a pu s’implanter que dans trois autres pays (à raison de deux filiales par pays, une vie et une non-vie) : le Sénégal, la Côte d’Ivoire et le Cameroun.

En novembre 2019, l’assureur présidé par Ramses Arroub a pris en effet pris le contrôle du groupe camerounais Pro Assur en rachetant ses deux filiales, Pro Assur Vie (89,4 %) et Pro Assur SA (65 %), pour constituer sa 7e et à ce jour dernière filiale en dehors des frontières marocaines.


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C’était la première fois que la compagnie marocaine optait pour le rachat d’un acteur local plutôt que pour une implantation greenfield, après avoir demandé et obtenu des licences auprès des autorités locales.

C’est ce choix du greenfield – motivé par « l’absence de leaders compétitifs des assurances susceptibles d’être rachetés et la nécessité de maîtrise des risques au sein d’un marché neuf », selon Driss Tissoudal, directeur associé du cabinet Lendys Africa – qui explique le développement relativement lent de Wafa Assurance, l’obtention des agréments pouvant demander jusqu’à trois années dans certains pays.

Un modèle bancassureur à optimiser

Mais d’ici à fin 2021, les assureurs exerçant dans les 14 pays membres de la zone devront en effet faire passer leur capital social minimum de 1 à 5 milliards de francs CFA (de 1,5 à 7,6 millions d’euros) pour les sociétés anonymes et à 3 milliards de F CFA pour les sociétés mutuelles, rappelle l’expert, qui voit dans la mise en place de ces nouvelles règles prudentielles une fenêtre « d’opportunités d’investissement » pour les grands groupes panafricains, dont Wafa Assurance espère faire partie d’ici quelques années, les opérateurs en place n’ayant pas tous la capacité de se conformer aux nouvelles normes.

« Wafa Assurance peut compter sur le réseau bancaire de sa maison mère, l’un des principaux acteurs du continent, présent dans 12 pays africains. Il s’agit là d’un véritable atout, surtout pour le développement de l’activité d’assurance vie », souligne également Driss Tissoudal pour qui « Wafa Assurance peut devenir l’un des leaders africains,  si les régulateurs le permettent ».

La convergence des activités devrait permettre à Attijariwafa Bank et à sa compagnie d’assurances de travailler à moindres coûts en optimisant le modèle bancassureur pour réduire les coûts de distribution et augmenter sensiblement le chiffre d’affaires généré par les filiales de l’assureur (828 millions de dirhams en 2019, soit moins de 10 % du chiffre d’affaires global).

Cap sur l’Égypte

Pour superviser les investissements en Afrique – et le comité d’audit de la compagnie – Ramsès Arroub et ses équipes ont recruté Marie-Laure Mazaud, experte de la finance et des mesures de risques et ancienne de l’AFD et du Crédit lyonnais, qui a fait son entrée le 5 juin au conseil d’administration de l’entreprise.

Selon nos sources, l’assureur marocain viserait en priorité les pays anglophones, au marché assurantiel globalement mieux structuré que les pays francophones. Le groupe a d’ailleurs obtenu en 2019 des autorités égyptiennes une licence lui permettant de se lancer dans l’activité Vie dans le pays – une nouvelle sur laquelle Wafa assurance n’a encore jamais communiqué.

En dehors des frontières marocaines, le groupe chérifien a connu une année mitigée en 2019. Le segment non-vie a accusé une perte de près de 40 millions de dirhams, une contre-performance en partie atténuée par l’activité vie, qui a réalisé un bénéfice de près de 20 millions de dirhams. « Les primes ne couvrent pas la totalité des charges induites par les sinistres et les frais de fonctionnement. Les risques, leurs tarifications et implicitement la rentabilité ne sont donc pas encore maîtrisés », décrypte Driss Tissoudal après analyse des comptes publiés par la compagnie.

Rendements en baisse sur les marchés

« Au Maroc aussi, la compagnie avait perdu un peu de sa rentabilité ces dernières années et a voulu se reprendre en main. Entre sélection des clients et investissement dans des outils de détection des fraudeurs, Wafa Assurance s’est voulu plus prudente et la stratégie s’avère payante », ajoute l’analyste financier que nous avons sollicité.

La compagnie, dont le portefeuille boursier avoisine les 40 milliards de dirhams, devrait aussi connaître en 2020 un net ralentissement des résultats réalisés sur le marché, du fait de la suspension des versements de dividendes décidés par plusieurs grand groupes à la suite de la crise.

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