Politique

États-Unis : Kamala Harris, l’arme anti-Trump de Joe Biden ?

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Mis à jour le 13 août 2020 à 16h48
Kamala Harris, le 12 août 2020.

Kamala Harris, le 12 août 2020. © Carolyn Kaster/AP/SIPA

Première femme noire à être désignée colistière par l’un des deux principaux partis lors d’une présidentielle aux États-Unis, Kamala Harris pourrait-elle faire basculer l’élection ?

Le suspense a pris fin sur Twitter mardi 11 août. Joe Biden, candidat démocrate à la présidentielle américaine du 3 novembre, a choisi l’ancienne procureure et sénatrice de Californie, Kamala Harris, femme noire de 55 ans, pour être sa colistière face à Donald Trump.

Un choix historique

Depuis le mois de mars, Joe Biden avait promis qu’il choisirait une femme. Dans un pays meurtri et ébranlé par la mort de George Floyd, cet afro-américain tué en mai par un policier blanc, le mouvement de protestation contre le racisme et les violences policières réclamaient que le démocrate fasse le choix d’une femme noire, une première dans l’histoire des deux grands partis américains.

En optant pour Kamala Harris, qui devient aussi la première personne d’origine indienne à briguer la vice-présidence des États-Unis – son père est jamaïcain, sa mère indienne -, Joe Biden a montré qu’il avait entendu ces demandes.

Plusieurs personnalités politiques ont immédiatement exprimé leur soutien au nouveau duo. Barack Obama, dont Joe Biden fut le vice-président, a salué ce choix. « Elle est plus que préparée pour le travail » a-t-il affirmé sur Twitter.

D’autres personnalités influentes, comme la chanteuse américaine Taylor Swift ou le basketteur LeBron James ont également apporté leur soutien au ticket Biden-Harris dans leur course à la Maison-Blanche.

Un parcours de pionnière

La sénatrice démocrate, née le 20 octobre 1964 à Oakland, en Californie, s’est à plusieurs reprises illustrée par son parcours de pionnière. Élue à deux reprises procureure générale de Californie de 2011 à 2017, elle est ainsi devenue la première femme et la première Noire à occuper ce poste prestigieux dans cet État, le plus peuplé du pays.

Remarquée par Barack Obama, elle a reçu l’appui de dirigeants du Parti démocrate lors de l’élection sénatoriale de 2016, remportée avec succès, pour succéder à Barbara Boxer, autre figure démocrate. Lorsqu’elle prête serment en 2017 au Sénat à Washington, elle devient la première femme sénatrice originaire du sous-continent indien.

L’électorat afro-américain dans le viseur

Mais ces succès et son parcours ne lui assurent pas  pour autant l’adhésion du vote afro-américain. Candidate lors des primaires démocrates de 2019 – elle avait ensuite abandonné et soutenu Joe Biden -, Kamala Harris avait échoué à mobiliser l’électorat afro-américain, y compris dans des États comme la Caroline du Sud, où les nombreux électeurs noirs lui avaient préféré l’ancien vice-président, analysait en mai 2019 Politico, site spécialisé dans l’actualité politique américaine.

« Elle est relativement populaire auprès des populations afro et indo-américaines et cela pourrait faire la différence dans certains États disputés comme la Géorgie », analyse David Vauclair, professeur de géopolitique et d’histoire contemporaine à l’Institut Libre d’Etude des relations internationales (ILERI -Paris), pour qui le choix de Kamala Harris peut être vu comme un « signal symbolique fort ».

« Elle coche beaucoup de cases pour les populations minoritaires, qui se sont senties ignorées », analyse-t-il. De fait, Kamala Harris est une fervente défenseuse des droits des minorités sexuelles – elle avait refusé en tant que procureure générale de Californie de défendre devant un tribunal l’interdiction du mariage entre personnes de même sexe -, et est aussi connue pour son engagement pro-immigration, ainsi que son soutien aux directives de l’administration Obama en faveur des étudiants transgenres.

Le vote convoité des femmes

Le choix de la sénatrice, membre de la célèbre sororité noire Alpha Kappa Alpha – organisation universitaire fondée en 1908 par un collectif de femmes afro-américaines à l’université de Howard, surnommée la « Harvard » noire, où Harris a étudié -, aidera-t-il Joe Biden à convaincre l’électorat féminin ? Rien n’est moins sûr.

« On se souvient d’Hillary Clinton (candidate malheureuse face à Donald Trump en 2016, ndlr), pour laquelle les femmes n’avaient pas voté en masse, à la surprise de beaucoup », rappelle David Vauclair.

La personnalité de Kamala Harris et son expérience des joutes politiques pourraient s’avérer plus convaincantes dans les urnes. « Elle a l’avantage d’être centriste, donc de pouvoir rassembler les hésitants, d’être charismatique, pugnace et structurée, c’est une excellente oratrice, poursuit David Vauclair. Elle est à la fois suffisamment âgée pour rassurer sur son expérience et suffisamment jeune pour donner du dynamisme à la campagne de Biden, et faire passer ses adversaires républicains pour des dinosaures ».

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