Diplomatie

Territoire disputé entre la Zambie et la RDC, un conflit issu de l’ère coloniale

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Des soldats zambiens paradent lors d'un défilé militaire à Lusaka, en 2007 (archives).

Des soldats zambiens paradent lors d'un défilé militaire à Lusaka, en 2007 (archives). © REUTERS/Mackson Wasamunu

Un petit territoire de la province du Tanganyika est au cœur d’un litige frontalier entre la RDC et la Zambie depuis plusieurs décennies. Ces six derniers mois, la présence de soldats zambiens en territoire congolais a fait monter la tension d’un cran.

Le conclave qui s’est ouvert à Lubumbashi va-t-il permettre de trouver une issue durable aux tensions ? Les experts des deux pays qui sont réunis depuis mardi à Lubumbashi, dans le cadre de la 10ème session de la commission mixte défense et sécurité entre la RDC et la Zambie, ont la lourde tâche de parvenir à un accord sur un dossier qui a provoqué une montée de fièvre ces derniers mois.

Au cœur du bras de fer, une petite poignée de villages répartis le long de la frontière, sur les côtes du lac Tanganyika : Kubanga, Kalubamba et Moliro. La Zambie revendique la souveraineté sur ce bout de territoire de la province de Tanganyika – dont Zoé Kabila, le frère de l’ancien président, est actuellement le gouverneur – et ce malgré un traité signé en 1989 entre les deux pays.

Affrontements et missions diplomatiques

Les incidents entre les armées des deux pays sur ces territoires disputés sont récurrents depuis plusieurs années – en 1996, 2006 puis, à nouveau, en 2016 -, mais la crise a pris une ampleur nouvelle en mars dernier, lorsque la Zambie a déployé des troupes du côté congolais de la frontière, prenant position à Kubanga, Kalubamba, Libondwe, Moliro et Minyenye.

Mi-juillet, le sujet était au cœur des discussions entre Tshisekedi et Sassou Nguesso

Des affrontements ont même opposé les militaires des deux pays – qui ont fait un mort de chaque côté – , déclenchant un branle-bas de combat diplomatique pour tenter d’éviter l’escalade. Le sujet avait notamment été au cœur des discussions entre Félix Tshisekedi et Denis Sassou Nguesso, lors de leur rencontre à Brazzaville, mi-juillet.

Saisie par Kinshasa, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont les deux pays sont membres, a envoyé sur place, fin juillet, une « équipe d’experts techniques » comprenant des représentants de RDC et de Zambie, mais aussi du Botswana, et du Zimbabwe. À l’issue de cette mission, la SADC, qui a finalement tranché en faveur de la RDC, a également multiplié les efforts de médiation pour amener les autorités congolaises et zambiennes à une même table.

Flou autour du retrait zambien

En préalable, la médiation a obtenu l’engagement de la Zambie de retirer ses troupes de la zone concernée. Un retrait qui devait s’effectuer entre le 30 juillet et le 4 août. Mais si, le 6 août, Jolino Makelele, le porte parole du gouvernement congolais, s’est félicité du « retrait effectif » des militaires zambiens, sur le terrain les choses semblent plus floues.

« Je reste convaincu que les deux délégations ne vont pas manquer de privilégier les intérêts supérieurs de nos populations pour des propositions concrètes et des solutions idoines aux préoccupations de nos deux peuples qui partagent la même frontière », a déclaré Jacques Kyabula, le gouverneur du Haut-Katanga, lors de l’ouverture des pourparlers, mardi à Lubumbashi.

En fin de semaine dernière, le ministre zambien de la Défense avait également assuré de son intention de se rendre en RDC, « pour traiter de ces questions », mais sans en dire davantage.

Côté congolais, Félix Tshisekedi, soucieux d’éviter l’ouverture d’un nouveau foyer de tensions, avait privilégié l’option diplomatique. Dans le même temps, cependant, « au regard des informations sur le déploiement des moyens militaires de la Zambie à nos frontières », le dispositif militaire avait été renforcé en territoire de Moba, la capitale de la province du Tanganyika, située 300 kilomètres au nord de la frontière avec la Zambie.

Une démarcation toujours en suspens

Sur le fond, le litige est un héritage direct de la période coloniale. Soixante ans après l’indépendance, la RDC et la Zambie continuent d’avoir une « appréciation différente » des limites frontalières fixées dans un traité de 1894 entre les colons britanniques, côté zambien, et Leopold II, roi des Belges et « chef de l’État indépendant du Congo ».

En 1982, Kinshasa et Lusaka ont mis en place un comité mixte d’experts, pour aboutir à une lecture commune dudit traité. Puis, dans un traité signé en 1989, les deux États se sont entendus sur le tracé des quelques 200 km de leur frontière commune courant d’ouest en est entre les lacs Moero et Tanganyika.

 

Rapport de la mission préli… by jeuneafrique on Scribd

Les experts préconisent de lancer les travaux à la frontière en septembre

Mais si la question de la frontière terrestre a alors été réglée, celle de la délimitation des frontières lacustres n’a pas été définitivement tranchée. « C’est le litige le plus complexe », reconnaît Jolino Makelele, le porte-parole du gouvernement congolais.

Surtout, si le traité a permis de poser sur le papier une position commune, son application concrète a tardé. « Ce traité de 1989 n’a en fait toujours pas été totalement exécuté, faute notamment des moyens logistiques pour matérialiser le tracé de la frontière qu’il prévoit », assure Jolino Makelele.

Les conclusions de la mission technique de la SADC insistent d’ailleurs sur des points très concrets dans leur rapport, dont Jeune Afrique a pu obtenir copie : nécessité de mener un contrôle géodésique à proximité de la frontière, nécessité d’acquérir des images satellites en vue de faciliter la démarcation et la cartographie topographique…

« Il est nécessaire que les deux pays allouent d’urgence les ressources nécessaires », soulignent les experts, qui préconisent que les travaux démarrent « au début du mois de septembre 2020 ».

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