Santé

Soft Tech : la société marocaine qui « masque » l’Afrique

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 21 août 2020 à 11h45
Emballage de masques jetablesà l'usine Soft Tech à Casablanca

Emballage de masques jetablesà l'usine Soft Tech à Casablanca © FADEL SENNA/AFP

Le premier producteur marocain de tissu technique s’est converti à la production de masques contre le coronavirus pour le marché local et l’export.

Zone industrielle Ain Sebaâ à Casablanca. Dans la chaîne de production de Soft Tech, des machines flambant neuf confectionnent des masques de protection en série. « Sur cette chaîne, nous travaillons sur une commande spéciale de l’Uemoa », nous explique le directeur de production de la société. C’est que Soft Tech s’est imposé comme un des plus grands producteurs de masques dans le continent et ce, quatre mois seulement après s’être lancé dans ce créneau. Pas moins de 150 millions d’unités sont déjà sortis de cette unité industrielle durant les quatre derniers mois.

Tout commence début mars dernier. « Le ministère de l’Industrie a pris attache avec nous pour nous demander si nous pouvions adapter notre outil industriel pour la production de masques », raconte à Jeune Afrique, Abdellatif Kabbaj, directeur général de cette filiale textile du groupe familial créée en 2018 et qui emploie 300 personnes. Dès lors, une étroite collaboration est lancée entre les ingénieurs de l’entreprise et les services du département Moulay Hafid Elalamy.

Pas moins de 24 machines qui servaient à la production de sacs écologiques subissent alors des transformations pour commencer à produire des masques. « Jusqu’au 18 mars, nous n’avions encore produit aucun article, mais à la fin du mois nous avions atteint un volume de production quotidien de 1,5 million d’unités. Une capacité que nous avons plus que doublé à peine un mois plus tard », explique le DG de Soft Tech.

De nouvelles machines

Pour atteindre un tel volume, la société a dû également investir dans des nouvelles machines, importées de Chine par voie aérienne. À l’instar de plusieurs autres entreprises du secteur, Soft Tech a profité du plan Istitmar Technologie Covid-19 qui subventionne jusqu’à 30 % des projets contribuant à la lutte contre ce virus. Mais surtout, si Soft Tech a dopé ses capacités de production, c’est parce que le ministère a fait le nécessaire afin que les masques made in Morocco soit accessibles à tous.

« Mis à part les 10 premiers millions de masques sortis de nos chaînes que nous avons offerts aux autorités, il a fallu déterminer une formule qui puisse rendre cette activité viable tout en assurant l’accessibilité du produit à tous les Marocains », explique El Kabbaj. En la matière, il n’a pas été nécessaire de réinventer la roue : une subvention publique est débloquée pour permettre une mise sur le marché des masques à 0,8 dirham l’unité (7 cts d’euros) tout en permettant aux industriels de trouver leur compte.

« Sortis d’usine nos masques sont facturés 0,5 dirham l’unité à nos fournisseurs, le fonds spécial pour la lutte contre le Convid-19 nous versera le même montant pour chaque masque que nous livrons « , confie El Kabbaj.

Un marché mondial reconfiguré

Après avoir alimenté le marché local et constitué un stock de sécurité, minutieusement suivi par les autorités de tutelle, Soft Tech s’est naturellement tourné vers l’export. « En plus de la norme marocaine, Imanor, nous avons homologué nos produits auprès de l’armée française qui a certifié un taux de filtration de 96 % de nos masques », raconte El Kabbaj. Outre la France, les masques de Soft Tech sont actuellement exportés vers neuf pays du continent : Algérie, Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo. Et ce nouveau créneau d’exportations marocaines, le dirigeant de Soft Tech ne compte pas le lâcher.

« Révolu le temps où la Chine avait le monopole sur la production de masques ou d’autres équipements de protection individuelle », nous explique le dirigeant. Le marché mondial est reconfiguré après cette crise et la proximité du royaume des marchés africains et européens reste toujours un avantage stratégique. À côté du nouveau filon des masques, Soft Tech entend préserver son leadership sur les sacs écologiques. 600 millions de sacs sortent des chaînes de production chaque année, ce qui fait de l’entreprise le premier fabricant de tissu technique.

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