Politique

Domani Doré (RPG) : « Alpha Condé a pris acte, c’est déjà un début de réponse »

Réservé aux abonnés | | Par - à Conakry
Mis à jour le 12 août 2020 à 18h55
Domani Doré, porte-parole du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel).

Domani Doré, porte-parole du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel). © DR

Alors que le président guinéen a confirmé par décret la date du 18 octobre pour tenir l’élection présidentielle, Domani Doré, la porte-parole de la formation au pouvoir, explique comment le RPG se prépare. Et décoche quelques flèches en direction de l’opposition.

À désormais deux mois du scrutin présidentiel, un climat préélectoral particulier règne en Guinée, alors que le chef de l’État n’a pas encore officialisé sa candidature à un troisième mandat et que la participation au scrutin des opposants rassemblés au sein du Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) reste incertaine. Au Rassemblement du peuple de Guinée (RPG arc-en-ciel, au pouvoir) – qui vient de renouveler sa confiance au président Alpha Condé, au grand dam des opposants à un troisième mandat –, l’heure est aux préparatifs de la campagne.

« Nous adaptons notre stratégie à la pandémie », explique à Jeune Afrique Domani Doré, porte-parole du RPG et membre du comité central du parti. À 37 ans, l’ancienne ministre des Sports (2013-2015) du gouvernement de Mohamed Saïd Fofana est également députée de la nouvelle Assemblée nationale, issue du scrutin du 22 mars dernier, contesté et boycotté par l’opposition. Pour Jeune Afrique, Domani Doré revient sur le climat préélectoral, à désormais deux mois du scrutin.

Jeune Afrique : Alpha Condé a « pris acte » d’avoir été choisi comme candidat par le RPG, mais il réserve néanmoins sa réponse. Est-il réellement possible qu’il ne soit pas candidat ?

Domani Doré : Prendre acte est déjà un bon début de réponse. C’est une marque de considération envers ceux et celles qui souhaitent qu’il poursuive ses actions de développement entamées en 2010.

L’homme que je connais est très attaché à ce que son choix soit amplement partagé par la base et, à travers elle, par les Guinéens. Il peut compter sur notre entier soutien pour la victoire.

Comment le RPG arc-en-ciel prépare-t-il la future campagne électorale ?

Sur le plan sanitaire, nous adaptons notre stratégie à la pandémie. Nous faisons en sorte de ne pas être une chaîne de contamination, mais un vecteur de sensibilisation. Sur le plan de la stratégie politique, en revanche, je vous en épargne les détails : nous n’allons tout de même pas armer nos adversaires !

Il n’y a pas de prisonnier politique en Guinée

Le Premier ministre, Kassory Fofana, s’est récemment félicité du fait qu’il n’y avait pas un seul prisonnier politique ou d’opinion en Guinée. Mais le FNDC déplore au contraire la répression des manifestations, qui a provoqué des morts, et dénonce la détention de certains de ses membres, dont Foniké Menguè et Saïkou Yaya Diallo. Qui a raison ? 

Il faut tenir compte des terminologies utilisées par le Premier ministre : il a parlé d’acteurs politiques incarcérés. À ma connaissance, les personnes que vous citez ne le sont pas. Ils ont à répondre des actes qui leur sont reprochés lors d’un procès qui est d’ailleurs ouvert. Laissons la justice faire son travail.

Le Premier ministre a été très clair : il n’y a pas de prisonnier politique en Guinée. Au niveau du RPG, nous saluons cela. Dans la sous-région, je ne vois pas une telle liberté d’expression. Tous les matins, on manque de respect au président de la République et aux institutions sans que personne ne soit inquiété. C’est extraordinaire !

Dans une interview accordée à Jeune Afrique, le coordonnateur du FNDC Abdourahmane Sano a affirmé : « Si Alpha Condé était dans l’opposition aujourd’hui, il serait certainement à nos côtés. Et s’il n’était pas dans une logique de bafouer la démocratie, nous serions avec lui aujourd’hui. » Que lui répondez-vous ?

Je ne commente pas les propos d’un acteur de la société civile. Pour moi, le FNDC n’existe plus.

La Constitution de la IVe République permet-elle au président d’être candidat ? La réponse est oui.

Le chef de l’État, qui a combattu des régimes dictatoriaux pendant cinquante ans. N’aurait-il pas prôné aujourd’hui l’alternance s’il était opposant ?

Je ne suis pas une joueuse de cauris pour dévoiler ce qui est caché. Le plus important pour nous, au RPG, c’est que nos actions restent dans le strict cadre de la légalité. La Constitution de la IVe République permet-elle au président d’être candidat, si d’aventure il accédait à notre sollicitation ? La réponse est oui.

Vos adversaires assurent que le texte de la Constitution soumis au référendum du 22 mars n’est pas celui qui a été promulgué et publié au Journal officiel. Et donc que cette Constitution ne devrait pas s’appliquer…

Cet argument léger m’amuse. D’autant qu’il vient de nos adversaires qui ont refusé de participer au processus électoral qui leur aurait permis de débattre du contenu de la Constitution. Respectons le vote des Guinéens qui se sont prononcés, alors que nous avions une Constitution hors la loi en 2010.

Tous les acteurs politiques, dont l’actuelle opposition, étaient d’accord pour la soumettre à l’approbation du peuple, qui est souverain. Ce fut fait. Le peuple n’est pas dupe.

L’opposition accuse également la Cour constitutionnelle et la Commission nationale électorale indépendante (Ceni) d’être sous le contrôle du pouvoir. Que leur répondez-vous ?

Quand les grands rendez-vous électoraux approchent, les mêmes arguments reviennent. C’est trop facile. Nous savons tous comment cette Ceni, politique, est composée : ceux qui la critiquent ont leurs représentants en son sein. Des commissaires qu’eux-mêmes continuent de manipuler. Les représentants de l’opposition sont toujours les premiers à remettre en cause les décisions collégiales de la Ceni, alors qu’ils ont fait le serment de servir la Guinée et non leurs formations politiques. Évitons les préjugés et accordons-leur le minimum de confiance.

Le FNDC ne participant pas aux élections, je ne vois pas comment il pourrait nous imposer la quantité du sel à mettre dans notre sauce

Le FNDC dit ne pas être fermé au dialogue, mais reste intransigeant sur la question du troisième mandat d’Alpha Condé. Et vous ? 

Nous sommes ouverts au dialogue, nous l’avons réitéré lors de la dernière rencontre avec la Cedeao. Nous continuons d’appeler nos frères et sœurs de l’opposition à s’inscrire dans cette logique pour le bien du pays.

Mais le FNDC ne participant pas aux élections, je ne vois pas comment il pourrait nous imposer la quantité du sel à mettre dans notre sauce… On ne peut pas aller au dialogue en posant des conditions et des préalables.

À deux mois du scrutin, un tel dialogue politique est-il encore possible ?

Le dialogue doit être permanent. L’opposition a préféré rester dans une dynamique de violence, un environnement de chaos, en appelant même à un coup d’État. Les Guinéens ne sont pas favorables à la chienlit. Nous devons prendre de la hauteur et faire preuve de maturité. Il n’est jamais trop tard pour prendre les bonnes décisions. Oui au dialogue, mais dans le respect des délais légaux.

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