Politique

Mali : des milliers de manifestants réclament à nouveau le départ du président IBK

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 12 août 2020 à 15h35
L'imam Dicko, face à la foule de manifestants anti-IBK, à Bamako le 11 août 2020.

L'imam Dicko, face à la foule de manifestants anti-IBK, à Bamako le 11 août 2020. © REUTERS/Rey Byhre

Des milliers de personnes ont à nouveau manifesté mardi 11 août à Bamako pour réclamer le départ du président Ibrahim Boubacar Keïta, malgré les appels à la négociation pour trouver une issue à la crise qui ébranle le Mali.

Ni les appels au dialogue de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ni la pluie n’auront découragé les opposants. Mardi, ils étaient des milliers à s’être rassemblés au son des vuvuzelas place de l’Indépendance, au centre de la capitale malienne.

Deux mois après le début des manifestations, le mot d’ordre reste le même : « notre objectif est la démission d’IBK (Ibrahim Boubacar Keïta) et de son régime », selon Issa Kaou Djim, le coordinateur de la plate-forme (CMAS) de soutien à l’imam Mahmoud Dicko, figure de proue du mouvement de contestation.

Mercredi matin, des manifestants ayant décidé de passer la nuit sur la place de l’Indépendance ont été dispersés par les forces de l’ordre avec des éléments de la police, de la gendarmerie et de la garde nationale. Les protestataires nocturnes ont été estimés à un millier par un journaliste de l’AFP, et à des milliers par des responsables du mouvement de contestation.

« Les lacrymogènes ne vont pas nous décourager »

« C’est une provocation du régime. Nous avons montré que le peuple est mobilisé et que nous sommes pacifiques. Les jets de grenades lacrymogènes ne vont pas nous décourager », a déclaré Nouhou Sarr, un responsable du Mouvement du 5 juin/Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP).

Les pancartes brandies par les manifestants visaient le président Keïta, au pouvoir depuis 2013, mais aussi son Premier ministre Boubou Cissé, reconduit dans ses fonctions en juin.

C’est la première manifestation contre le pouvoir depuis le 21 juillet, date à laquelle l’opposition avait annoncé une trêve à l’occasion de la fête musulmane de l’Aïd al-Adha. Dix jours plus tôt, une manifestation à l’appel de l’opposition avait dégénéré en un week-end de troubles meurtriers, les plus graves à Bamako depuis le coup d’État de 2012.

La crise actuelle a vu le jour début juin, après l’invalidation d’une trentaine de résultats des législatives de mars-avril par la Cour constitutionnelle, dont les membres ont depuis lors été remplacés.

La contestation est menée par le M5-RFP, une coalition hétéroclite de chefs religieux, de responsables politiques et de membres la société civile.

Cette alliance, qui peine parfois à s’exprimer d’une seule voix, s’est substituée à une opposition classique rendue atone par l’enlèvement en mars de son chef, Soumaïla Cissé, toujours détenu par de présumés jihadistes. Les manifestants ont réclamé mardi sa libération.

Appel à « la retenue »

L’appel à manifester a été maintenu par le M5 malgré l’appel à la retenue de la Cedeao, qui a prôné la constitution d’un gouvernement d’union nationale – auquel l’opposition refuse jusqu’à présent de participer – tout en excluant un départ forcé du président Keïta.

Le principal médiateur de l’organisation ouest-africaine, l’ex-chef d’État nigérian Goodluck Jonathan, est revenu lundi au Mali. « J’invite les organisateurs des manifestations à faire preuve de retenue. Toute la communauté internationale sait qu’il y a des difficultés au Mali. Nous tentons d’aider le peuple malien à les résoudre », a-t-il dit lors d’une conférence de presse lundi soir.

Goodluck Jonathan a estimé que le pays « enregistre des progrès » avec « la mise en place de la Cour constitutionnelle », avant d’appeler à « rester strictement dans le cadre du dialogue ».

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