Agroalimentaire

Cameroun : Sodecoton à l’épreuve de la hausse de production

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Coton (photo d'illustration)

Coton (photo d'illustration) © Jacques du Sordet

Poids lourd de l’or blanc camerounais, la société a sécurisé la moitié des 65 millions d’euros nécessaires au renouvellement de ses installations. Un pas indispensable pour relever le défi de la hausse de production.

Principale agro-industrie du septentrion camerounais, la Société de développement du coton (Sodecoton) subit les effets de la crise sanitaire liée au Covid-19. Le retard dans l’évacuation de la fibre de coton fin mai était ainsi de plus de 50 000 tonnes par rapport à la même période en 2019, induisant une baisse non encore estimée du chiffre d’affaires et une augmentation des coûts de stockage, précise une source interne.

Malgré les affres de la crise sanitaire, l’entreprise détenue par l’État (59 %), Advens-Geocoton (30 %) et la Société mobilière d’investissement du Cameroun (SMIC, 11%) de Baba Danpullo, a réalisé une performance honorable sur l’année écoulée.

En hausse de 18,6 % par rapport à 2018, son chiffre d’affaires s’est établi à 154,6 milliards de francs CFA (235,7 millions d’euros), dont près de 85 % reposent sur la vente de la fibre de coton, tandis que l’entreprise réalise une troisième année bénéficiaire, avec 3,04 milliards de F CFA en 2019 – un bénéfice cependant en chute de 40 % par rapport à l’année précédente.

Des chiffres validés lors du conseil d’administration du 27 juillet, qui viennent consolider son redressement. Car l’entreprise revient de loin. Une baisse des capacités de ses neuf usines d’égrenage et de ses deux huileries, couplée à la vétusté des camions de transport de l’or blanc et aux difficultés de la centrale hydroélectrique de Lagdo, avaient considérablement allongé la durée des campagnes cotonnières entre 2013 et 2016.

Meilleure rémunération des producteurs

« Elles se sont étalées sur 250 jours, jusqu’en pleine saison des pluies, quand la durée normale d’une campagne est de 150 jours. Ce qui est catastrophique pour le coton », déplore un cadre de l’entreprise, contacté par Jeune Afrique. Conséquence : une perte de 36,5 milliards de F CFA de fonds propres en trois ans, réduits à 5 milliards de F CFA en 2016.

Arrivé à la tête de la société en juin 2016, l’ingénieur agro-économiste Mohamadou Bayero Bounou, ancien cadre de la maison, met sur pied un plan de redressement. Il négocie une convention de dettes croisées avec l’État, permettant à Sodecoton d’empocher plus de 30 milliards de F CFA pour rémunérer les producteurs, et obtient un remboursement de crédit de TVA de 8,5 milliards de F CFA.

Pour être en phase avec l’Ohada (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) relativement aux fonds propres, un « coup d’accordéon » (recapitalisation suivie d’une baisse du capital social), réalisé en 2018, ramène celui-ci de 23 milliards à 1,5 milliard de F CFA. Une soixantaine de camions sont acquis ainsi que des groupes électrogènes pour accroître la capacité de l’appareil industriel, qui passe de 50 à 85 % pour les usines d’égrenage, et de 62 à 90 % pour les huileries.

Mieux rémunérés et encadrés, les producteurs augmentent leur productivité. Le rendement atteint les 1 500 kg à l’hectare, en partie dû à l’accroissement des surfaces. Cela s’est traduit par une progression de la production ces quatre dernières saisons, qui est passée de 240 222 tonnes à 328 448 tonnes (+36,7 %).

Un outil industriel vieillissant

Des données qui masquent cependant un problème structurel. Faute d’investissements conséquents, l’outil industriel vieillissant a de plus en plus du mal à absorber cette production en croissance, dont le nouvel horizon est l’atteinte des 600 000 tonnes en 2025. La Sodecoton avec ses 5 500 employés, dont 2 000 permanents, fait actuellement face à une contrainte qui suscite de l’inquiétude au sein de la filière.

« Le parc de production n’a pas été renouvelé depuis 1960. Ce qui fait que nous pouvons produire 400 000 tonnes de coton par an, mais la Sodecoton ne peut pas nous accompagner pour collecter, égrener et commercialiser les productions à temps », déplorait récemment Bebnone Payounni, le vice-président de la Confédération nationale des producteurs de coton du Cameroun (CNPC), forte de 250 000 membres, dans les colonnes de Cameroon Business Today.

« Le relèvement des capacités nous permet d’absorber 340 000 tonnes pour l’égrenage. Nous pouvons pousser l’outil actuel jusqu’à 400 000 tonnes, mais ce serait risquer d’achever des machines déjà sur-sollicitées », renchérit le cadre de Sodecoton sollicité.

Financements européens

L’entreprise recherche 43 milliards de F CFA (65,5 millions d’euros) pour résoudre cet épineux problème. 34 millions d’euros devraient provenir de l’Union européenne, via un don de 9 millions pour construire des centrales solaires, tandis que la BEI prêterait 25 millions d’euros pour les deux usines d’égrenage supplémentaires dont la Sodecoton a tant besoin. Les 30 millions d’euros supplémentaires doivent en principe servir à la réalisation d’une troisième huilerie qui ferait passer la production de 1,2 million de cartons actuels à 1,7 million.

L’entrée en activité de ces nouvelles structures à la date initialement prévue – 2021 – est pour le moment compromise, du fait des délais de conclusion des prêts qu’imposent souvent les institutions de financement de développement. À moins qu’un nouvel investisseur ne se présente…

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3094_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer

Je me connecte