Politique

Que reproche-t-on à Alfred Nguini, ancien ambassadeur du Cameroun en France ?

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Mis à jour le 12 août 2020 à 12:17

L’ancien ambassadeur Alfred Nguini © DR

Dépenses de santé, multiples locations d’appartements, favoritisme… Au sein de l’ambassade du Cameroun en France, le passage d’Alfred Nguini, rappelé à Yaoundé en mai, a laissé des traces.

Selon nos informations, le ministère des Finances du Cameroun a provisionné en mars 2020, sur instruction de la présidence, la somme de 130 000 euros sur un compte de l’hôpital américain de Paris, à Neuilly.

Objectif : s’assurer que les hypothétiques hospitalisations des cadres camerounais de l’ambassade en France pourraient être prises en charge par l’établissement de santé, alors que la pandémie de Covid-19 progressait.

Depuis, c’est l’utilisation de cette somme qui fait grincer des dents au sein même de l’ambassade de la rue d’Auteuil. Selon nos sources, elle aurait en effet servi à soigner une amie de l’ambassadeur de l’époque, Alfred Nguini, laquelle, effectivement gravement malade, n’était ni employée de l’ambassade, ni atteinte du coronavirus.

Une secrétaire encombrante

L’ex-ambassadeur fait face à d’autres accusations au sein même de ses anciens services à Paris. On lui reproche notamment le recrutement de sa secrétaire particulière, Inalgo Da Silva. D’origine ivoirienne (Nguini était auparavant en poste à Abidjan), elle recevait un salaire en liquide de l’ordre de 5 000 euros, couvrant le loyer d’un luxueux appartement de fonction, avoisinant les 3 000 euros.

Selon nos sources, Alfred Nguini aurait également loué plusieurs appartements avec les fonds de l’ambassade : dans les XVIe et VIIIe arrondissement de Paris, ainsi qu’à Meudon-la-Forêt, en sus de la résidence officielle de l’ambassadeur à Saint-Maur des Fossés, qu’il n’occupait pas. Il avait résidé plusieurs mois à l’hôtel du Collectionneur après sa prise de fonction, en mars 2019.

Financements refusés

Autre point de friction : peu après sa nomination, Nguini a sollicité auprès du ministre des Finances camerounais, Louis-Paul Motaze, plusieurs demandes de financement – représentant en tout 1,3 milliard de francs CFA, soit près de 2 millions d’euros – en vue d’améliorer la sécurité de son ambassade.

Cette somme ne sera cependant jamais versée, le ministère ayant estimé que les travaux nécessaires avaient déjà été effectués.

Soupçonnant plusieurs collaborateurs – dont le percepteur Christophe Ketchankeu – d’être intervenus auprès du ministère pour s’opposer à ses demandes de fonds, Nguini avait alors tenté de prendre le contrôle des finances de l’ambassade.

Dans un courrier adressé à son percepteur, Nguini lui avait reproché de s’arroger des pouvoirs dévolus à l’ambassadeur. Sans succès : Christophe Ketchankeu a résisté au bras de fer une nouvelle fois – il s’était par le passé opposé à l’ex-ambassadeur Samuel Mvondo Ayolo, devenu directeur du cabinet civil de la présidence camerounaise. Il est aujourd’hui toujours en poste à Paris.

Victime d’une guerre de réseaux ?

Alfred Nguini, rappelé le 12 mai dernier à Yaoundé, s’est depuis muré dans le silence. Il n’a jamais répondu publiquement aux accusations venues en grande partie de ses anciens subordonnés et se garde bien de répondre aux sollicitations.

En privé, il se dit victime d’un conflit entre les réseaux de Louis-Paul Motaze, de Samuel Mvondo Ayolo et de Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence.