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Cet article est issu du dossier «Comment les villes africaines font face au risque climatique»

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Politique économique

Villes et climat : comment Douala riposte face au déluge [6/6]

Réservé aux abonnés | | Par - à Yaoundé
Mis à jour le 24 août 2020 à 11h01
Les habitants de Douala victimes de nouvelles inondations, le 21 août 2020.

Les habitants de Douala victimes de nouvelles inondations, le 21 août 2020. © Canal2 International/Capture d'écran JA

Pour prévenir des inondations monstres, comme celles qui frappent la ville depuis vendredi, Douala travaille sur un système d’alerte précoce. 6e et dernier épisode de notre série sur les villes face au défi climatique.

  • Le principal danger

Des habitants transportés en pirogue dans des rues transformées en rivières. C’est ce que l’on observe à Douala depuis vendredi 21 août. Frappée par des pluies diluviennes, la capitale économique du Cameroun est abasourdie.

« On n’a jamais vu cela. Honnêtement, nous sommes dépassés, nous sommes débordés, comme on dit. Les dégâts matériels sont énormes », confie un habitant désemparé. Les inondations de ces dernières 24 heures sont particulièrement importantes mais ces dernières années, les journaux télévisés ouvrent régulièrement sur des images de maisons envahies par les flots.

« Les inondations constituent le principal danger pour la ville à cause du changement climatique », résume Joseph Olinga. Avec le climatologue Gratien Mavie Tchiadeu, ce géographe a établi, en 2011, que les pluies baissent depuis 1971 en quantité et en nombre de jours, mais sont de plus en plus intenses, provoquant régulièrement le débordement des rivières. À cela s’ajoute une hausse des températures faisant de cette ville de 3,6 millions d’habitants un « îlot de chaleur ».

Le phénomène n’épargne aucun arrondissement de la ville. Les inondations du centre administratif de Bonanjo (Douala 1er) proviennent de canaux de drainage bouchés par des ordures. Mais Douala 3, 4 et surtout 5 sont affectés en raison de l’énorme pression démographique qui s’exerce sur les zones naturelles de rétention d’eau ou les lits des rivières.

« La ville accueille en moyenne 110 000 nouveaux arrivants par an, un phénomène amplifié ces dernières années par la crise sécuritaire dans les régions anglophones. Ces populations, souvent en situation de précarité, investissent d’abord les espaces non constructibles que sont les fonds de vallées, et sont donc lourdement exposées aux phénomènes climatiques extrêmes », analyse le chercheur Joseph Olinga.

Si les pertes humaines restent rares, les dégâts matériels (maisons, documents officiels) sont fréquents. L’impact de ces phénomènes climatiques sur l’activité des entreprises n’a pas encore été déterminé.

« Le principal risque à moyen terme est sanitaire. Même si nous n’avons pas encore établi de corrélation scientifique entre l’épidémie de choléra de 2003 et l’inondation des 2 et 3 août 2000, qui demeure la référence car toute la ville fut sous les eaux, nous suspectons un lien car les puits d’eau et fosses sceptiques et d’aisance furent alors en contact par osmose », soutient Joseph Olinga.

Les chercheurs notent en outre l’apparition fréquente de maladies hydriques (dermatose, fièvres typhoïde et para typhoïde, gastroentérite, amibiase, choléra, etc.) après des épisodes d’inondation.

  • Le chiffre à retenir

0,9 degré : c’est le niveau annuel moyen de hausse de température établi en 2011 par Joseph Olinga et le climatologue Gratien Tchiadeu, sur la base de données recueillies à Douala entre 1951 et 2007. « C’est peut-être banal. Mais, à l’échelle du vivant, une hausse de 1 degré entraine des changements écosystémiques importants, parce qu’il y a des êtres appelés à vivre dans des conditions bien définies », rappelle le chercheur.

Ville d’estuaire située pratiquement au niveau de la mer, Douala en subit naturellement les contrecoups à travers les inondations. Cette hausse de température entraîne aussi une élévation du niveau de la mer qui menace la mangrove de disparition.

  • La figure de la lutte

Cheveux courts et lunettes vissées sur un visage rectangulaire, le géographe Joseph Magloire Olinga, 32 ans, est également l’architecte du projet pilote « Douala, ville durable », dont il assure la coordination scientifique.

Ce chercheur au département de géographie à l’université de Douala boucle en ce moment une thèse sur la gestion des inondations dans la capitale économique du Cameroun. Une belle façon de concilier ses deux passions que sont la recherche et la gestion environnementale.

  • Le projet phare

Promu par la ville, le projet « Douala, ville durable » a entamé en 2018 sa phase pilote, prévue pour durer quatre ans. Il est financé à hauteur de 6 millions d’euros par l’Agence française de développement (AFD), le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) et la ville de Douala.

Il vise à améliorer les connaissances scientifiques locales sur le changement climatique pour mieux le prévenir. La première réalisation est la mise en place d’un observatoire local du changement climatique, avec la zone de Makèpè Missokè, dans l’arrondissement de Douala 5, comme terrain d’expérimentation.

Ancienne carrière devenue décharge d’ordures, puis transformée en bassin naturel de rétention d’eaux pluviales, cet espace sensible est occupé à 60 % par 896 ménages, dont beaucoup se livrent à de la récupération d’objets usées. « C’est l’une des zones les plus exposées aux inondations », précise Joseph Olinga.

Grâce à 17 stations hydrologiques et météorologiques, des données sont recueillies pour être analysées avec le concours de l’université de Douala et l’Institut de recherche pour le développement (IRD), afin de construire un modèle mathématique permettant de simuler des pluies et des inondations.

« L’objectif étant d’instaurer un système d’alerte précoce afin que les habitants soient prévenus à temps », explique Joseph Olinga. Le dispositif devait entrer en activité en fin d’année mais le Covid-19 a repoussé l’échéance de six mois au moins.

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