Racisme

Dans « Il est temps que je te dise », David Chariandy dénonce le racisme ordinaire

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L'auteur canadien dans une bibliothèque de Scarborough, dans l'est de Toronto.

L'auteur canadien dans une bibliothèque de Scarborough, dans l'est de Toronto. © Steve Russell/Toronto Star via Getty Images

Dans une « Lettre à ma fille sur le racisme », l’écrivain canadien aux origines trinidadiennes et sud-est asiatiques David Chariandy dénonce les discriminations qu’il a subies toute sa vie.

Un déjeuner au restaurant tout ce qu’il y a de plus banal. Un père et sa fille de 3 ans. L’homme va chercher de l’eau au robinet, une inconnue aussi. Elle passe devant lui et lui dit : « Je suis née ici. Je suis chez moi ici. » Et elle se sert. Ainsi commence Il est temps que je te dise. Lettre à ma fille sur le racisme, de l’écrivain canadien David Chariandy.

Le besoin d’écrire est venu dix ans plus tard, lorsque sa fille a eu 13 ans. Alors que Donald Trump venait d’être élu, un massacre avait eu lieu dans une mosquée de la ville de Québec. L’illusion que le Canada était protégé du racisme et de ses potentielles dérives meurtrières ne tenait plus. Il lui fallait parler.

Inspiré par Baldwin

David Chariandy écrit sur le racisme de façon incarnée, en évoquant son propre exemple et celui de sa famille. Marié à une femme blanche, canadienne depuis des générations, dont les ancêtres sont originaires de Grande-Bretagne et d’Irlande, il est père d’une fille et d’un garçon.

Sa mère vient de Trinidad, où ses ancêtres africains ont été réduits en esclavage. Sa lignée paternelle, originaire d’Asie du Sud-Est, est venue dans la Caraïbe à l’époque de l’engagisme pratiqué après l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises et anglaises.

Toutes ces fois où on lui a demandé d’où il venait vraiment, lui qui est né au Canada !

« Les migrations était techniquement volontaires, même si seuls les plus démunis entreprenaient le voyage », écrit Chariandy. Un exemple parmi d’autres du choix précis des mots qui caractérise ce texte fort. Il a beau être court, il n’emprunte aucun raccourci.

Le sens de la nuance de David Chariandy n’enlève ainsi rien à sa force. Il s’est inspiré de la lettre à son neveu de l’immense auteur américain James Baldwin, « Et mon cachot trembla », publiée dans La Prochaine fois, le feu.

Pari réussi

Le racisme ordinaire , ces « mille petits riens » – pour paraphraser le titre du roman de Jodi Picoult – l’a accompagné toute sa vie. Toutes ces fois où on lui a demandé d’où il venait vraiment, lui qui est né au Canada. Où les caissiers redoublaient de vigilance quand il entrait dans un magasin.

Cette fois où un professeur de français lui a demandé, sans le connaître, de se mettre au premier rang en classe pour l’avoir à l’œil. Quand ses camarades d’université traitaient des joueurs adverses de « nègres » lors de matchs de foot ou s’amusaient à imiter la façon de parler de certains comédiens noirs (« jive talk »).

Chariandy raconte un autre « incident » vécu par un de ses colocataires de l’université. Il est en voiture avec un ami et il subit un contrôle de routine.  Il retire sa ceinture de sécurité, et l’un des policiers braque son arme sur lui.

Il se voyait mort, et à la fin de cette triste anecdote, il part dans un fou rire, que Chariandy ne comprend pas : « Nous avons réussi à arriver jusqu’ici ! » s’exclame-t-il. Et le fou rire devient contagieux devant l’expression de cette simple joie d’être encore vivant.

Transformer le laid en beau, l’imbécillité en leçon, voire en rire, voilà le pari réussi de David Chariandy.

 

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