Politique

Mali : qui est Amadou Ousmane Touré, le nouveau président de la Cour constitutionnelle ?

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Mis à jour le 11 août 2020 à 10h46
Amadou Ousmane Touré, le nouveau président de la Cour constitutionnelle du Mali, a pris ses fonctions le 10 août 2020.

Amadou Ousmane Touré, le nouveau président de la Cour constitutionnelle du Mali, a pris ses fonctions le 10 août 2020. © EMMANUEL DAOU BAKARY

Élu à l’unanimité par les autres juges dimanche 9 août, le nouveau président de la Cour constitutionnelle s’est notamment illustré dans la lutte contre la corruption, lorsqu’il était à la tête du bureau du Vérificateur général.

Le nouveau président de la Cour constitutionnelle, qui prête serment ce 10 août devant l’Assemblée nationale, est loin d’être un inconnu sur la scène politique malienne. Jusqu’à sa élection dimanche, Amadou Ousmane Touré occupait le poste de directeur de cabinet du Premier ministre, Boubou Cissé, avec rang de ministre. Il a également été ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire de 2008 à 2011.

Figure de la lutte anticorruption

Mais c’est surtout son rôle en tant que Vérificateur général, de 2011 à 2018, qui a fait de lui une personnalité de premier plan, en le plaçant au cœur de l’un des sujets les plus épineux, et qui concentre les attentes de ses concitoyens : la lutte contre la corruption.

Ses rapports lors des premières années du mandat d’Ibrahim Boubacar Keïta ont soulevé de nombreux scandales de détournement de fonds publics et de corruption. Les deux plus emblématiques sont ceux portant sur l’achat de l’avion présidentiel et celui concernant la surfacturation du matériel militaire, en 2014.

Fin mars, le procureur de la République près le tribunal de grande instance de la commune III de Bamako, Mahamadou Kassogué, avait d’ailleurs annoncé la réouverture de ces deux dossiers, dans lesquels des proches du président étaient cités.

Le bâtiment de la Cour constitutionnelle, à Bamako, en 2018.

Le bâtiment de la Cour constitutionnelle, à Bamako, en 2018. © Luc Gnago/REUTERS

« Amadou Ousmane Touré est vu comme un homme honnête et travailleur », confie un ancien haut fonctionnaire malien qui a travaillé en lien avec bureau du Vérificateur général. « C’est un homme de dossiers », ajoute Brehima Mamadou Koné, chercheur à l’Institut de recherche et de promotion des alternatives de développement en Afrique.

Âgé de 63 ans, ce magistrat de formation a traité des dossiers de délinquance financière en tant que procureur de la République près le tribunal de première instance de la Commune III du district de Bamako, puis, à partir de 2004, en tant que procureur général de la Cour d’appel de Bamako, jusqu’à son départ pour Abidjan en 2008.

Courrier confidentiel

Plus récemment, Amadou Ousmane Touré a été au centre de l’attention médiatique, le 14 juillet dernier. Quelques jours après la répression des manifestations à Bamako, il a adressé un courrier confidentiel au ministre de la Sécurité intérieure, Salif Traoré – démissionnaire depuis le 11 juin – lui demandant des explications sur l’engagement de la la Force spéciale antiterroriste. Au moins onze personnes ont été tuées, selon les décomptes officiels, et au moins 22, selon le Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP).

Mais pour Clément Dembélé, président de la Plateforme de lutte contre la corruption et le chômage et membre du M5-RFP, « c’est aussi lui le signataire du déblocage de 200 millions de francs CFA qui ont permis de renforcer la sécurité lors des manifestations ».

« Il a joué un rôle dans la lutte contre la corruption. Mais il a aussi été directeur de cabinet du Premier ministre. Sera-t-il du côté du peuple ou à la solde du régime ? », s’interroge l’activiste.

La mise en place de la nouvelle Cour constitutionnelle était l’une des recommandations de la Cedeao afin de résoudre la crise socio-politique qui secoue le pays.

Dans sa nouvelle composition, elle comprend Amadou Ousmane Touré – qui en prend donc la présidence – , Asser Kamate, et Doucourou Kadidia Traoré, tous trois désignés par le président de la République ; Maliki Ibrahim, Ba Haoua Toumagnon et Beyla Ba, désignés, eux, par le bureau de l’Assemblée nationale ; Demba Tall, Mohammed Abdourahamane Maïga et Djénéba Karabenta, désignés par le Conseil supérieur de la magistrature. Ils prêtent serment ce 10 août devant l’Assemblée nationale, en présence du président Ibrahim Boubacar Keïta et de l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan, médiateur de la Cedeao.

Contentieux électoral

Leur première mission sera de plancher sur le contentieux électoral qui a éclaté après les législatives de mars et d’avril. Alors que les résultats provisoires annonçaient 43 députés pour le Rassemblement pour le Mali (RPM, au pouvoir), la Cour constitutionnelle avait annoncé, après examen des recours, que le parti présidentiel avait emporté 51 des 147 sièges que compte l’Assemblée nationale. Des manifestants étaient alors descendus dans les rues de plusieurs villes du pays pour exprimer leur mécontentement.

« La Cour pourrait reprendre les résultats du ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation dans les circonscriptions contestées. L’autre possibilité est que le président décide de dissoudre l’Assemblée nationale. Pour cela il fallait d’abord mettre en place une Cour », analyse Brehima Mamadou Koné.

« La meilleure option reste la dissolution de l’Assemblée, juge le chercheur. Mais le Mali n’est pas en capacité financière et technique d’organiser des élections dans les délais impartis par la loi. De plus, nous faisons face à une crise sécuritaire, qui touche désormais également l’ouest du pays, à quoi il faut ajouter l’épidémie de coronavirus ».

La prestation de serment des magistrats formant la nouvelle Cour constitutionnelle se tient à la veille de l’appel à une nouvelle grande manifestation du M5-RFP, qui continue de réclamer le départ du président.

« La nouvelle Cour va certes permettre de trouver une solution au contentieux électoral, mais elle n’est pas la solution pour le Mali », prévient d’ores et déjà Clément Dembélé, également membre d’Espoir Mali Koura (EMK), un mouvement de la société civile dirigé par le cinéaste et ancien ministre de la Culture Cheick Oumar Sissoko. « Le problème du Mali n’est pas politique, il est social. Les Maliens ne mangent pas à leur faim, l’école est en crise depuis des années, nous faisons face à une crise sécuritaire, à des détournement de fonds, et à une défiance à l’égard des gouvernants… Tout cela, ni un gouvernement d’union nationale, ni le départ de Boubou Cissé ne pourra le changer ».

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