Politique

Les Algériens au bord de la crise de nerfs par manque de cash

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Mis à jour le 13 août 2020 à 09h52
En décembre 2019, au tribunal d’Alger, un homme brandit des billets lors d’ouverture d’un procès pour corruption (illustration).

En décembre 2019, au tribunal d'Alger, un homme brandit des billets lors d'ouverture d'un procès pour corruption (illustration). © RYAD KRAMDI /AFP

Files d’attente interminables, retraits plafonnés, altercations entre usagers… La crise des liquidités suscite de nombreuses tensions en Algérie, malgré les mesures instaurées par le gouvernement Djerad pour remédier à la situation.

Devant les interminables files d’attente et les altercations entre usagers et employés des bureaux de poste causées par le manque de liquidités, le gouvernement d’Abdelalziz Djerad a mis en place plusieurs mesures d’urgence le 28 juillet.

« Depuis quelques temps, on reçoit un SMS vous informant de la date de virement, la disponibilité de l’argent et la possibilité du retrait », témoigne un retraité fatigué de faire la queue pour percevoir sa retraite. « Ces derniers mois, c’était l’enfer. On faisait la queue dehors sous une chaleur torride. Heureusement que des bénévoles nous fournissaient des chaises pour souffler », poursuit-il.

Pour réduire l’incidence de la crise de liquidités, le gouvernement a dû intervenir : il a demandé aux services concernés de répartir sur l’ensemble du mois le versement des salaires, des retraites et des aides sociales de l’État, d’adapter les horaires de fermeture des bureaux de postes en fonction de la demande et de plafonner les retraits en espèces.

Il a préconisé, en outre, de procéder à un échange entre les agences excédentaires et les agences en déficit de liquidité, l’élargissement de l’accès aux guichets automatiques des banques en mettant en place l’interopérabilité des système monétiques d’Algérie Poste et celui des banques et enfin permettre à des acteurs de la société civile d’apporter leur assistance pour l’organisation des files dans le respect des règles de prévention contre le coronavirus.

Mais ces mesures semblent loin d’être suffisantes, comme le laisse entendre une note de la direction d’Algérie Poste, qui vient de fixer le retrait maximum en espèces à 100 000 dinars (environ 700 euros). Elle appelle la clientèle à recourir à d’autres moyens comme le virement de compte à compte ou le paiement par chèque.

« J’ai voulu effectuer cette semaine un retrait de 1 000 euros sur mon compte devises, ma banque a exigé un justificatif de l’usage de cet argent. Que vais-je écrire ? Que je dois acheter un lave-linge ? C’est aberrant de s’expliquer sur le retrait de son propre argent », gronde Leila, artiste franco-algérienne résidant en Algérie.

La chute des prix du pétrole couplée à la pandémie de Covid-19 a provoqué un ralentissement global de l’économie

La chute des prix du pétrole couplée à la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a provoqué un ralentissement de l’économie avec des conséquences sur la circulation et le recyclage des liquidités.

Vent de panique

Conséquence de cette situation, un vaste sentiment d’inquiétude et de panique, qui a poussé les titulaires de comptes bancaires à faire des retraits massifs, essentiellement pour répondre aux besoins de stockage des denrées alimentaires. Au total, 84 000 opérations de retrait d’argent ont eu lieu au cours du premier semestre de cette année, et près de 400 milliards de dinars retirés tous les mois dans les bureaux de poste.

Les épargnants les plus fidèles se sont, eux, abstenus d’effectuer le moindre dépôt de crainte de ne pas pouvoir disposer de leur argent en cas de besoin. Quant aux opérateurs économiques, la plupart d’entre eux se sont limités à des transactions en cash.

On assiste à un quasi-tarissement des dépôts de liquidités au sein des agences et des bureaux de poste

Algérie Poste a reconnu à la fin de juillet que l’arrêt des activités économiques a conduit au quasi-tarissement des dépôts de liquidités au sein des agences et des bureaux de poste, au moment où les retraits se sont poursuivis de manière continue, ce qui a produit un déséquilibre.

À cela s’ajoutent des contraintes supplémentaires induites par les nouvelles règles d’organisation de travail, de respect de la distanciation physique et d’accès aux bureaux de postes et de banques, ainsi que l’indisponibilité d’une partie des personnels féminins ayant la garde des enfants.

Intervention tardive du gouvernement

Conséquence, une crise des liquidités sans précédent s’est fait sentir dès le mois de mars, avec des tensions dans les bureaux de Poste qui se sont vite transformées en afflux ingérable au moment du versement des payes et des virements des pensions de retraite et d’invalidité. Dans certaines banques, il fallait aussi formuler une requête 24 heures plutôt, au-delà d’un certain montant de retrait d’argent.

 

Ce n’est que deux mois plus tard que le gouvernement reconnaît qu’il y a un problème : le 18 mai le ministre des Finances Abderramane Raouya évoquait devant l’Assemblée nationale un important recul des liquidités des banques. Celles-ci, ajoutait-il, vont bientôt avoir des difficultés à financer les entreprises.

La liquidité globale des banques du pays a ainsi chuté sous la barre symbolique des 1 000 milliards de dinars (6,9 milliards d’euros) a précisé, pour sa part une note du 9 juin de la Banque d’Algérie.

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