Société

Deux Nigériens et six Français tués par des hommes armés au Niger

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 10 août 2020 à 10h35
Un officiel du ministère de l'Environnement discute avec un agriculteur près de Kouré, où huit personnes ont été tuées par des hommes armés le 9 août 2020 (photo d'illustration).

Un officiel du ministère de l'Environnement discute avec un agriculteur près de Kouré, où huit personnes ont été tuées par des hommes armés le 9 août 2020 (photo d'illustration). © Rebecca Blackwell/AP/Sipa

Huit personnes, deux Nigériens et six Français comprenant des salariés de l’ONG Acted, ont été tuées dimanche par des hommes armés arrivés à moto dans la zone de Kouré au Niger, qui abrite les derniers troupeaux de girafes d’Afrique de l’Ouest.

« Il y a huit morts : deux Nigériens dont un guide et un chauffeur, les six autres sont des Français », a annoncé le gouverneur de Tillabéri, Tidjani Ibrahim Katiella, en milieu d’après-midi, dimanche. Paris a confirmé que des Français avaient péri, sans en donner le nombre.

« Parmi les huit personnes tuées au Niger, plusieurs sont des Français, salariés d’Acted », a indiqué de son côté Joseph Breham, avocat de l’ONG. « Acted et Impact Initiatives condamnent dans les termes les plus forts le meurtre insensé et barbare de nos collègues et de leur guide », lit-on dans un communiqué publié par l’ONG dans la soirée.

« En ce moment tragique, nos pensées vont vers leurs familles et leurs proches, chez eux et au Niger », continue l’ONG, qui précise que ses agents « travaillaient pour soutenir les communautés nigériennes en difficulté, motivés par les valeurs d’humanité et de solidarité ».

« Ce crime odieux ne doit pas rester impuni, et ne nous détournera pas de notre engagement à soutenir le peuple nigérien », conclut Acted.

« Victimes ont été abattues par balle »

L’armée française a apporté un appui aux troupes nigériennes après cette attaque, a annoncé l’état-major des Armées dans la capitale française. Selon le ministère nigérien de l’Intérieur, « une enquête et des opérations de ratissage, en collaboration avec nos partenaires (français) sont en cours en vue de dénicher les auteurs de ces actes ignobles et de renforcer la sécurité dans la zone ». L’armée nigérienne a quadrillé la zone du crime, une vaste région boisée, survolée par des avions de chasse français.

Des agents de la police scientifique procèdent à des prélèvements, à côté des pompiers qui s’apprêtent à enlever les corps tandis que la nuit tombe sur la localité, selon le correspondant de l’AFP sur place. « L’attaque a eu lieu vers 11H30 (10H30 GMT) à 6 km à l’est de la localité de Kouré » qui se trouve à une heure en voiture de Niamey sur la route nationale numéro 1, a expliqué une source proche des services de l’environnement.

« La plupart des victimes ont été abattues par balle et une femme qui a réussi à s’enfuir a été rattrapée et égorgée. Sur place, on a trouvé un chargeur vidé de ses cartouches », a relevé cette source. « On ne connaît pas l’identité des assaillants mais ils sont venus à moto à travers la brousse et ont attendu l’arrivée des touristes. Le véhicule emprunté par les touristes appartient à l’ONG Acted ».

Il s’agit de la première attaque ayant visé des Occidentaux dans cette zone depuis une vingtaine d’années

Cette source a décrit à l’AFP les corps gisant, côte à côte, près d’un véhicule 4X4 à moitié incendié et aux portières ouvertes. Des traces de balles étaient visibles sur la vitre arrière du véhicule. L’un des corps était carbonisé. D’autres présentaient des blessures mortelles à la tête.

Des images des lieux ont été diffusées sur les réseaux sociaux. Dans son communiqué Acted a insisté auprès des médias et du grand public, leur demandant de « respecter la dignité et la vie privée des victimes ».

Il s’agit de la première attaque ayant visé des Occidentaux dans cette zone depuis qu’elle est devenue une attraction touristique il y a une vingtaine d’années, quand un petit troupeau de girafes peralta, une espèce qui a disparu du reste de la planète, fuyant braconniers et prédateurs, y avait trouvé un havre de paix.

« Kouré est à 60 km de Niamey, une heure de route. On va tous a Kouré en sortie le week-end parce que c’est très facile d’accès () Tout le monde y va, même les ambassadeurs, les diplomates, les professeurs, tout le monde ! Ce n’est pas du tout considéré comme dangereux comme zone. Il y a des ONG de protection des girafes qui travaillent là-bas », a expliqué un humanitaire occidental à Niamey.

Échange entre Macron et Issoufou

Emmanuel Macron a dénoncé dimanche soir « l’attaque meurtrière qui a lâchement frappé un groupe de travailleurs humanitaires » et affirmé que « tous les moyens » seront mis en oeuvre pour « élucider » les circonstances de cet « attentat », selon un communiqué de la présidence française. Le chef de l’État français, qui s’est entretenu avec son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, a ajouté que « leur détermination à poursuivre la lutte en commun contre les groupes terroristes au Sahel » demeurait « intacte ».

« Je condamne l’attaque terroriste, lâche et barbare perpétrée ce dimanche dans la paisible localité de Kouré », a tweeté pour sa part le président Issoufou, qui a adressé ses condoléances « aux familles des victimes nigériennes et françaises » ainsi qu’ »au président Macron dont l’engagement à nos côtés dans la lutte contre le terrorisme est sans faille ».

Le président du Mali, un pays frontalier du Niger, Ibrahim Boubacar Keïta, a réagi à l’attaque perpétrée, « condamnant énergiquement cet acte barbare () récurrent dans notre espace sahélien où continuent de sévir l’extrémisme violent et l’économie criminelle malgré la guerre sans merci livrée par les armées nationales, la force conjointe du G5 Sahel et la force (française) Barkhane ».

 

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