Entreprises & marchés

Transport maritime, élevage… L’autre empire d’Othman Benjelloun

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 13 août 2020 à 17h22
Othman Benjelloun

Othman Benjelloun © Hassan Ouazzani pour JA

Le patron de BMCE Bank Of Africa est aussi présent dans des secteurs très éloignés de sa zone de confort…

Avec un patrimoine estimé à plus de 1 milliard de dollars, Othman Benjelloun est l’une des premières fortunes du Maroc et du continent. Patron du holding Finance Com, l’emblématique président du groupe BMCE Bank Of Africa est aussi présent, directement ou indirectement, dans une dizaine de secteurs.

Outre des participations minoritaires dans des sociétés telles que Orange Maroc, Air Arabia ou encore dans le transporteur CTM, Finance Com contrôle aussi des sociétés dans des secteurs où le magnat des finances était peu attendu : l’élevage, l’abattage, le transport maritime de voyageurs…

« Ce sont des activités dans lesquelles il est arrivé un peu par hasard, parfois pour “rendre service”, parfois simplement parce que l’opportunité s’est présentée au bon moment », nous confie un de ses proches.

  • Africa Morocco Link (AML) en attente de jours meilleurs

En 2013, le Maroc a exprimé le besoin d’avoir une compagnie maritime marocaine capable d’assurer le bon déroulement des opérations « Marhaba » qui transportent durant l’été les Marocains résidant à l’étranger.

À l’époque, les faillites de compagnies se succédaient : la Comanav, la Comarit et l’International maritime transport corporation (IMTC) avaient été tour à tour contraintes de baisser le rideau. Othman Benjelloun a donc été contacté et a accepté de relever le défi.

Trois années plus tard, en 2016, Africa Morocco Links voit le jour avec un tour de table composé de la banque marocaine (via Finance Com), qui détient 51 % du capital, et de l’armateur grec Attica Holdings.

Le milliardaire marocain avait alors dévoilé son objectif de posséder d’ici 2020 sept navires destinés au transport de passagers et de leurs voitures, afin d’opérer quatre lignes : Tanger-Med-Algésiras, Nador-Alméria, Tanger Med-Sète (en France) et Tanger-Gênes (en Italie).

Mais à ce jour, Africa Morocco Links ne possède que deux navires, le Morocco Sun (en réparation depuis plusieurs semaines en Grèce) et le Morocco Star et n’opère qu’une seule liaison, Tanger-Algésiras.

Sans compter les ralentissements imputables à la crise sanitaire. Depuis la fermeture des frontières et l’annulation de l’opération Marhaba de cette année, AML s’est lancé dans le transport de camions de marchandises, ce qui a réduit l’ampleur des dégâts à hauteur de 50 %, selon nos informations.

« Nous allons dépasser le crise du Covid-19 et ses conséquences que nous espérons éphémères, mais le secteur du transport maritime de passagers entre l’Espagne et le Maroc souffre de lourds handicaps structurels, » explique M’fadel El Halaissi, directeur général banque/corporate du groupe BMCE, en charge de cette filiale.

Selon le dirigeant, les rapports de force ne sont pas équitables dans le partage de ce marché, fruit d’une profonde rivalité entre les opérateurs comme entre les pays. « Il y a une injustice dans la répartition des lignes et dans l’octroi des licences, et du favoritisme pour les compagnies espagnoles avec lesquelles la concurrence est déloyale », assure M’fadel El Halaissi qui rappelle que « le plus gros de l’activité est généré par le côté sud de la Méditerranée ».

M’fadel El Halaissi, qui « aimerait que l’État prenne les dispositions qu’il faut pour mettre de l’ordre dans le secteur », assure qu’AML continuera ses investissements malgré tout.

  • Ranch Adarouch, ou l’élevage à l’américaine à Meknès

Depuis 1999, Othman Benjelloun est l’heureux propriétaire, via sa banque, d’un des plus grands élevages d’Afrique, à la suite de la privatisation du Ranch Adarouch, implanté sur la vallée éponyme dans la région du Moyen Atlas.

La BMCE détenait déjà 50 % de l’exploitation avant sa privatisation, aussi Othman Benjelloun a-t-il jugé opportun d’investir 33 millions de dirhams (3 millions d’euros) pour acquérir les 50 % restant quand l’État a souhaité se désengager.

L’exploitation, actuellement détenue à hauteur de 95,88 % par le holding Finance Com, a été fondé en 1969 par Dick Kleberg Jr, président de l’américain King Ranch, et l’État marocain. C’est sur ces nouvelles – et immenses – terres que la ‘race’ marocaine de « Santa Gertrudis » a vu le jour à la suite d’un croisement entre un cheptel importé des USA et des ‘races’ locales.

Othman Benjalloun a confié la gestion du ranch à Ouhali Hammou, vétérinaire et homme politique marocain, secrétaire d’État chargé du Développement rural et des Eaux et forêts de 2017 à 2019. Ce dernier est l’initiateur, en 2008, de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges (Fiviar), chargée défendre les intérêts des éleveurs et des producteurs de viandes.

Le bétail, dont le nombre avoisine actuellement les 5 000 têtes, paît sur presque 11 000 hectares. Pour obtenir le label « bio », l’exploitation veille à ce que les fourrages avec lesquels sont nourries les bêtes ne reçoivent aucun traitement de pesticides ou d’herbicides.

La viande rouge produite est notamment destinée à l’ensemble des cantines du groupe BMCE, ainsi qu’à quelques grands hôtels de la région de Meknès et à des hôpitaux publics et privés. La fermeture des hôtels et la généralisation du télétravail a donc donné un sérieux coup de frein à l’activité.

  • BioBeef, le premier abattoir privé ovins-bovins au Maroc

Dans la continuité de l’activité du Ranch Adarouch, Othman Benjelloun a fondé en 2010 le premier abattoir privé du pays : Bio-Beef. Installé dans la région de Meknès, à 70 km de son exploitation, l’unité, qui a une capacité annuelle de 5 000 bovins et tout autant en ovins, soit près de 1 600 tonnes par an, a nécessité un investissement de 90 millions de dirhams.

Une initiative encouragée par le « Plan Maroc Vert » qui préconisait des projets intégrés de production de viande rouge sur le territoire. Dans la foulée, d’autres abattoirs ont vu le jour, comme celui de Copag, à Taroudant, Best Viandes, dans la région de Béni Mellal, l’unité d’abattage de la société d’engraissement des Doukkala dans la région d’El Jadida.

Certifiée par l’Office national de sécurité sanitaire (ONSSA), l’unité de BioBeef est habilitée à abattre du bétail élevé par des tiers, ce qu’elle fait depuis 2013. « Les productions du Ranch n’étaient pas suffisantes à elles seules pour rentabiliser l’abattoir », explique un éleveur concurrent, selon lequel l’entreprise d’Othman Benjelloun doit doubler ses volumes via la production externe.

Or, les éleveurs et vendeurs préfèrent souvent passer par les abattoirs municipaux, aux tarifs généralement quatre fois moins élevés que la mégastructure de Meknès. En outre, si BioBeef atteint sa pleine capacité de production, se pose le problème de l’écoulement la viande…

Un équilibre difficile à trouver. Selon nos informations, l’abattoir, encore lourdement endetté, n’est d’ailleurs toujours pas rentable, et réaliserait autour de 20 millions de dirhams de chiffres d’affaires, contre des objectifs initiaux de 150 millions de dirhams  annuels. En 2018, le Crédit agricole du Maroc a apporté un soutien de 22 millions de dirhams à BioBeef, notamment par reconversion des dettes en parts du capital. Ainsi, Othman Benjelloun, via son holding Finance Com, n’est plus seul maitre à bord.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer