Politique

Candidature de Ouattara à un troisième mandat : l’opposition vent debout

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Mis à jour le 07 août 2020 à 17h14
Des militants du RHDP, lors du meeting du 29 juillet 2020 à Abidjan.

Des militants du RHDP, lors du meeting du 29 juillet 2020 à Abidjan. © REUTERS/Luc Gnago

D’ordinaire à couteaux tirés, les différentes composantes de l’opposition ivoirienne ont trouvé dans le rejet de la candidature d’Alassane Ouattara un motif de cohésion.

« Un troisième mandat de Ouattara serait illégal ». Dès la semaine dernière, alors que le chef de l’État ivoirien n’avait pas encore officiellement annoncé son intention de se représenter, Henri Konan Bédié, le patron du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), lui-même candidat à la présidentielle, avait posé les jalons de la ligne adoptée aujourd’hui par les caciques de son parti.

« Le PDCI considère que cette candidature est anticonstitutionnelle. Parce que la Constitution lui interdit de faire un troisième mandat », martèle ainsi Jean-Louis Billon, joint par Jeune Afrique. Ex-ministre du Commerce d’Alassane Ouattara – lorsque son parti était encore partie prenante du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) – , le secrétaire exécutif du PDCI chargé de la communication ajoute que l’annonce de cette candidature, jeudi soir, n’a « pas été une surprise ».

L’article 183 de la Constitution

Jean-Louis Billon réfute également l’argument du « cas de force majeure » invoqué par le chef de l’État pour justifier sa décision, à la suite du décès de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, alors qu’il avait annoncé son intention de passer la main.

« Ouattara a repris les éternelles justifications de tous les chefs d’État qui ont voulu faire un troisième mandat », lâche Billon. « Mais que ce soit Alassane Ouattara ou un autre candidat, le RHDP ne peut gagner cette élection sans frauder », ajoute-t-il.

Pour étayer cette accusation d’inconstitutionnalité présumée de la candidature d’Alassane Ouattara, les opposants brandissent l’article 183 de la Constitution de 2016. « La législation actuellement en vigueur en Côte d’Ivoire reste applicable, sauf l’intervention de textes nouveaux, en ce qu’elle n’a rien de contraire à la présente Constitution », lit-on dans cet article.

Pour les opposants à une nouvelle candidature du chef de l’État, cela signifie que les dispositions constitutionnelles portant sur la limitation à deux du nombre de mandats présidentiels, déjà présentes dans la Constitution de 2000 et réintroduites – dans un article différent – dans celle de 2016, doivent s’appliquer. En clair, sur le nombre de mandats présidentiels, la promulgation de la Constitution de 2016 n’est pas synonyme de « remise des compteurs à zéro ».

Soro appelle à « l’unité d’action »

Autre angle d’attaque des opposants : le fait que le président ivoirien soit revenu sur sa promesse de transmettre le témoin. « Le président Ouattara a renoncé à un engagement », insiste ainsi Issiaka Sangaré, secrétaire général de la branche du Front populaire ivoirien (FPI) fidèle à Pascal Affi N’Guessan – qui a lui-même annoncé sa candidature le 1er août. « Il s’était présenté comme un homme d’honneur. Cette situation va forcément impacter son image. L’aventure des troisièmes mandats est une situation malheureuse que vivent encore beaucoup de nos États. La Côte d’Ivoire aurait pu être l’antithèse de ce genre de situation », regrette Issiaka Sangaré.

« La dictature est en marche, il faut la stopper », a pour sa part déclaré Guillaume Soro. L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, condamné à vingt ans de prison dans son pays pour « recel de détournement de deniers publics », a convoqué le 7 août une « réunion d’urgence » avec ses fidèles, à Paris, où il réside désormais.

Dans un communiqué rendu public à l’issue de celle-ci, Générations et peuples solidaires – le mouvement politique de Soro – « en appelle aux partis politiques et toutes les forces vives de la Nation à l’unité d’action », estimant que « la volonté et la détermination du président sortant à violer la loi fondamentale sont inacceptables et intolérables ».

Appel à manifester

Des voix se sont également élevées du côté de la société civile. Pulchérie Edith Gbalet, présidente d’Alternative citoyenne ivoirienne (ACI), a lancé un appel à la manifestation, pour le 14 août prochain, « pour dire non à un troisième mandat ». « L’article 20 de notre Constitution nous autorise à organiser des manifestations pacifiques. La répression ne doit pas nous décourager parce qu’il s’agit de défendre tout ce qui nous apportera la paix », a-t-elle déclaré.

« Vous risquez de faire sombrer la Côte d’Ivoire dans un chaos que nous croyions éloigné à jamais », a pour sa part déclaré l’artiste Meiway, dans une vidéo publiée sur son compte Facebook. Considéré comme un sympathisant du PDCI, le musicien fut un soutien déclaré d’Alassane Ouattara lors de la crise postélectorale de décembre 2010 à avril 2011.

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