Économie

Routes-rail : Mohamed Benchaâboun brise le tabou de l’intégration

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 7 août 2020 à 16:41

Gare de Casablanca © ONCF

Le projet de fusionner l’Office national des chemins de fer (ONCF) et Autoroutes du Maroc (ADM) vise à régler leurs problèmes d’endettement. Mais il ne sera pas effectif avant plusieurs mois.

Dans son discours du 29 juillet, le roi du Maroc, Mohammed VI, a annoncé la création d’un Fonds d’investissement stratégique ainsi que d’une agence nationale chargée de la gestion des participations stratégiques de l’État, posant les premiers jalons d’une réforme du secteur public attendue depuis déjà quelques années.

Mohammed Benchaâboun, le ministre des Finances, qui hérite du dossier, va donc être chargé de redimensionner le secteur des entreprises et établissements publics (EEP). Sur les 212 établissements publics, 44 entreprises publiques à participation directe du Trésor et 442 filiales et participations publiques, certains – dont la liste sera connue en novembre – ont vocation a disparaître, d’autres seront privatisés ou restructurés.

But de la manœuvre, réduire la dépendance de ces structures vis-à-vis du budget de l’État : rien qu’en 2020, les EEP recevront 36 milliards de dirhams de subventions, sans compter les aides directes débloquées pour éponger les dégâts causés par la crise du Covid-19.

Près de 3,6 milliards d’euros de dettes pour ADM

Première mesure forte évoquée par le ministre le 5 août, la fusion, « dans un avenir proche », de l’ONCF (Office national des chemins de Fer) et d’ADM (Autoroutes du Maroc). Un projet qui répond aux recommandations récurrentes de la Cour des Comptes, et qui est, selon nos informations, étudié depuis plusieurs mois.

Il faut dire que les deux entreprises souffrent depuis des années d’une mauvaise santé financière et trainent des dettes colossales. ADM, qui jusqu’en 2015 était considérée comme l’une des entreprises les plus endettées du pays, a pourtant enclenché depuis quatre ans une restructuration de sa dette, réussissant notamment un reprofilage de dette de 15,6 milliards de dirhams, soit 40 % de son ardoise globale.

En 2017 et 2018, l’entreprise publique a réalisé des résultats nets positifs, de respectivement 45 millions et 104 millions de dirhams. Des résultats positifs qui restent exceptionnels, et sont liés à la quasi-absence d’investissements sur la période.

Selon nos sources internes, le niveau d’endettement de la société dirigée par Anouar Benazzouz a été contenu à fin 2019 à 39,4 milliards de dirhams, soit le même niveau que l’année précédente.


>>> À lire sur Jeune Afrique Business+ : Anouar Benazzouz (ADM) cherche des bailleurs pour deux nouveaux projets


Bonnes performances commerciales chez ONCF

De son côté, l’ONCF réalise de très bonnes performances commerciales, avec 38,2 millions de voyageurs transportés – +8% en comparaison avec 2018 – et plus 25 millions de tonnes de marchandises prises en charge, grâce notamment aux contrats signés avec les plus gros donneurs d’ordres comme OCP ou encore Renault.

L’Office a récemment multiplié les investissements pour la modernisation et le renforcement du réseau national et a pu profiter, en parallèle, de la mise en service d’Al Boraq (TGV reliant Tanger à Casablanca).

Mais l’entreprise dirigée par Mohamed Rabie Khlie continue de souffrir de son endettement, qui atteignait plus de 42 milliards de dirhams fin 2019. De quoi compromettre de futurs investissements pourtant nécessaires.

Des synergies à dégager

« La fusion pourrait les sauver d’une cessation de paiements, impensable pour une entité publique », nous explique un conseiller juridique de l’une des deux structures, selon lequel les sociétés publiques pâtissent aussi de mauvaises relations avec leur ministère de tutelle.

« Il est plus intéressant de restructurer deux entreprises en les fusionnant que de le faire individuellement. Les renégociations de la dette seront bien plus fructueuses une fois la fusion actée », abonde Nabil Bayahya, Executive Partner chez Mazars, qui pointe l’absence de rigueur dans la gestion des entreprises étatiques, souvent en situation de monopole et à qui la tutelle n’impose que très rarement un contrat d’objectifs et de moyens en contrepartie du budget annuel versé. « Elles peuvent aussi des problèmes de ressources humaines pléthoriques ou inadaptées », regrette-t-il.

Il insiste également sur les synergies qui pourraient être dégagées, notamment en mutualisant les fonctions supports pour optimiser les coûts de gestion. « La recherche et le développement, les systèmes d’informations, le marketing, la communication pourront aussi se faire d’une manière intégrée dans la nouvelle entité », poursuit l’expert.

Nabil Bayahya évoque enfin de possibles mutualisations des cash-flow, pour une gestion plus optimale de la trésorerie, évitant les effets de saisonnalités des revenus de l’un ou l’autre des groupes, ainsi que des allègements au niveau des postes de direction et des locaux centraux ou territoriaux. « L’idée n’est donc pas mauvaise, mais il faudra aussi s’assurer, qu’une fois la fusion bouclée, une restructuration soit lancée et surtout prévoir un meilleur exercice de tutelle », préconise l’expert.

Mais cette fusion n’est pas prête à se faire : elle nécessite non seulement des modifications du cadre légal régissant leur fonctionnement, mais aussi un calendrier opérationnel qui peut prendre jusqu’à 24 mois pour finaliser l’ensemble.