Société

Explosions à Beyrouth : le Mozambique nie avoir eu connaissance de l’arrivée du navire chargé de nitrate d’ammonium

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 07 août 2020 à 11h25
Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août.

Des libanais portent un blessé après la double explosion du 4 août. © Hassan Ammar/AP/SIPA

Les autorités portuaires du Mozambique ont officiellement nié jeudi avoir eu connaissance du navire et de sa cargaison de nitrate d’ammonium qui a explosé à Beyrouth, faisant au moins 137 morts et 5 000 blessés. Des sources libanaises assurent que le bateau était à l’origine en route vers le port mozambicain de Beira.

Une source de sécurité libanaise a assuré qu’en 2013, le Rhosus, battant pavillon moldave et venant de Géorgie, a fait escale à Beyrouth alors qu’il était en route pour le port mozambicain de Beira. Il transportait 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, un produit qui peut entrer dans la composition de certains explosifs à usage civil, mais également être utilisé comme engrais. C’est l’explosion de cette cargaison qui, selon les premiers éléments de l’enquête a provoqué le drame qui a coûté la vie à au moins 137 personnes et causé plus de 5 000 blessés à Beyrouth.

« Les autorités portuaires de Beira n’étaient pas informés de l’arrivée du Rhosus », a cependant indiqué le port de Beira dans un communiqué, ce jeudi, ajoutant que « l’arrivée d’un navire dans ce port est annoncée de 7 à 15 jours à l’avance ».

Un haut responsable du port de Beira, qui a demandé à rester anonyme, a cependant indiqué à l’AFP que « bien que la destination du navire était Beira, la destination finale de la cargaison n’était pas le Mozambique mais le Zimbabwe ou la Zambie parce que le nitrate d’ammonium sert à fabriquer des explosifs pour l’industrie minière ». « Et apparemment ce type de nitrate d’ammonium n’était pas celui utilisé dans l’agriculture (comme engrais) mais dans l’industrie minière », a-t-il poursuivi.

Arrivé à Beyrouth en 2013

Selon le site Marine Traffic, le navire est arrivé le 20 novembre 2013 dans le port de Beyrouth et n’est jamais reparti. Il avait rencontré des problèmes techniques. D’après des sources sécuritaires libanaises, alors que le Rhosus était en transit à Beyrouth, une firme libanaise aurait porté plainte contre la compagnie à laquelle le bateau appartenait, poussant la justice locale à saisir l’embarcation. La cargaison a été placée dans le hangar numéro 12, consacré aux marchandises saisies. Quant au bateau, endommagé, il a fini par couler.

En juin 2019, la sûreté de l’État, un des plus hauts organismes de sécurité au Liban, a lancé une enquête sur cette cargaison, après des plaintes répétées sur des odeurs nauséabondes qui émanaient du hangar. Dans son rapport, elle a signalé que l’entrepôt contenait « des matières dangereuses qu’il est nécessaire de déplacer ». Elle a aussi indiqué que les parois de l’entrepôt étaient lézardées, ce qui rendait un vol possible, et recommandé qu’il soit réparé.

La direction du port, qui était au courant du caractère dangereux des produits, a finalement envoyé des ouvriers colmater les fissures de l’entrepôt. Ces travaux, selon les sources de sécurité, auraient été à l’origine du drame.

Le nitrate d’ammonium est un sel blanc et inodore utilisé comme base de nombreux engrais azotés sous forme de granulés, et a causé plusieurs accidents industriels dont l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en France en 2001.

L’équivalent de 1 200 à 1 300 tonnes de TNT

Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale.

Vue de Beyrouth le 5 août 2020, au lendemain des explosions survenues dans le port de la capitale. © AP SIPA /Hussein Malla

Selon une autre source de sécurité, « la capacité de destruction de cette quantité de nitrate d’ammonium équivaut à entre 1 200 et 1 300 tonnes de TNT ». Après les explosions, le directeur des douanes, Badri Daher, s’est empressé de rendre publique une lettre qu’il avait adressée en décembre 2017 au procureur, dans laquelle il demandait comme dans des missives précédentes soit de transférer la cargaison à l’étranger, soit de la vendre à une compagnie locale, l’armée ayant affirmé n’en avoir pas besoin.

Selon Riad Kobaissi, un journaliste d’investigation libanais spécialisé dans les affaires de corruption et qui a beaucoup enquêté sur le port de Beyrouth, les services des douanes cherchent à se décharger de toute responsabilité. Soulignant qu’à la base il est interdit d’introduire de tels produits chimiques au Liban sans autorisation, il estime que cette affaire « met en lumière l’état de délabrement et la corruption au sein des douanes, qui assument en premier lieu, mais pas exclusivement, la responsabilité » du drame.

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