Politique

Algérie : une ancienne ministre de Bouteflika demande à Tebboune de lui rendre sa liberté

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Mis à jour le 07 août 2020 à 12h24
Khalida Toumi, ministre de la Culture sous Bouteflika et ex-députée du RCD.

Khalida Toumi, ministre de la Culture sous Bouteflika et ex-députée du RCD. © Samir Sid

En détention préventive depuis neuf mois, l’ex-ministre de la Culture de Bouteflika Khalida Toumi estime que son maintien en prison est « illégal ». Et en appelle désormais à l’intervention du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.

La chambre d’accusation de la Cour suprême a statué ce mardi 5 août en faveur du maintien de Khalida Toumi en détention préventive. Une décision jugée illégale par la défense de l’ex-ministre de  la Culture, qui en appelle à l’arbitrage du président de la République, Abdelmadjid Tebboune.

Incarcérée à la prison d’El Harrach depuis neuf mois, celle qui a géré le portefeuille de la Culture de 2002 à 2014, sous la présidence de Abdelaziz Bouteflika, est accusée de dilapidation de deniers  publics, octroi d’indus privilèges et d’abus de fonction. « Autant de griefs qui entrent, selon le Code de procédure pénal, dans le cadre d’un délit dont la détention préventive ne devrait pas excéder 8 mois », explique son avocat Boudjemâa Ghechir.

Contradictions

La défense de l’ex-député du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) compte saisir le président Teboune pour préserver les droits de la détenue. «Nous allons interpeller le chef de l’État sur cette énième dérive de la justice, qui perd chaque jour davantage sa crédibilité », affirme Me Ghechir, qui relève « une contradiction entre une instruction au point mort pendant neuf mois et la décision de la Chambre d’accusation motivée par les besoins de l’enquête en cours ». Durant cette période, Khalida Toumi n’a été entendue qu’une seule fois par le conseiller instructeur de la Cour suprême.

L’enquête préliminaire déclenchée au mois de juin 2019 s’est intéressée à l’ensemble des actes de gestion de la ministre, et tout particulièrement aux frais d’organisation de deux événements culturels clefs de son mandat : le festival panafricain en 2009 et « Tlemcen, capitale de la culture islamique » en 2011, dont les factures très élevées ont éveillé les soupçons de la justice.

Au moment même où des rumeurs sur une possible fuite de Khalida Toumi à l’étranger circulaient, le procureur de la République prés du tribunal de Tlemcen avait alors annoncé l’ouverture d’une enquête sur une éventuelle surfacturation dans l’acquisition d’une tente géante en provenance d’Allemagne pour les besoins de la manifestation « Tlemcen, capitale de la culture islamique ». Un événement qui aura coûté au total 125 milliards de dinars (près d’un million d’euros).

Ces événements ont été organisés sur instruction de Bouteflika et validés en Conseil des ministres

Construite par des promoteurs chinois, la salle de spectacles érigée à cette occasion — d’une capacité de 3200 places — a nécessité, à elle seule, une dépense de 11 milliards de dinars, sans compter les cachets des artistes, du personnel et le feu d’artifices d’une valeur de 450 000 dollars pour une vingtaine de minutes.

« Ce qu’il faut savoir, c’est que ces événements ont été organisés sur instruction de Bouteflika et validés en Conseil des ministres. Ils entraient dans le cadre de l’action politique et diplomatique  dont l’objectif affiché était de faire de l’Algérie la capitale culturelle du continent africain et des pays arabes», soutient la défense de l’ex-ministre, qui a longtemps siégé dans le gouvernement de Bouteflika, avant de changer de cap en 2015 pour s’afficher aux cotés des opposants du pouvoir en place.

Khalida Toumi faisait ainsi partie des 14 personnalités qui ont dénoncé, cette année-là, la prise en otage de l’État par les forces non constitutionnelles. Elle est la troisième personnalité de cette liste à se retrouver en prison, après la secrétaire générale du parti des travailleurs Louisa Hanoune et le combattant pour l’indépendance de l’Algérie Lakhdar Bouregâa, récemment libérés après plusieurs mois de détention.

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