Cinéma

Dans le film de Beyoncé, Black is King… et bling-bling

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Beyoncé dans le film « Black is king »

Beyoncé dans le film « Black is king » © Beyoncé dans le film « Black is king » © Parkwood Entertainment/Disney

Avec son album visuel « Black is King », Beyoncé revisite le Roi lion et livre un récit de l’histoire des Noirs sur fond d’empowerment. Un patchwork déroutant entre promotion des talents africains et capitalisme noir.

Militant sans faire de vagues. Pourtant, cet album visuel séquencé par l’intégralité des titres du dernier opus de Beyoncé, The Lion King, The Gift, a pour ambition de retracer l’histoire des Noirs en montrant l’impact qu’ont eu les luttes et sacrifices des valeureux ancêtres africains sur les générations d’après.

Mais comme Black Panther, le film à succès de la franchise Marvel, ce long clip arty fait la part belle à l’afro-optimisme et à une Afrique, si ce n’est imaginaire, fantasmée. Pouvait-on en attendre plus d’une production Disney et d’une pop star ? Beyoncé fait ce qu’elle sait faire le mieux : inspirer.

Elle est un modèle de réussite et le chante haut et fort dans Mood 4 Eva, l’un des morceaux qui vient rythmer le premier tiers du long-métrage. Elle pose ainsi aux côtés de son rappeur et milliardaire de mari Jay-Z, main dans la main, devant un tableau la représentant en Madone entourée de ses enfants auréolés.

Néo black-power

La chanteuse étale sa toute-puissance dans une riche demeure, affiche son statut de femme noire, de businesswoman, d’épouse et de mère accomplies. Et s’approprie le concept de la « black excellence », né sur les réseaux sociaux ces dernières années (plus de 6 millions d’occurrences sur Instagram). Un néo black-power sur fond de capitalisme noir qu’une certaine frange de la communauté voit d’un mauvais œil.

Black is King est bien un film sur l’excellence noire.

Reste que Black is King est bien un film sur l’excellence noire. « You know that you’re excellent » (tu sais que tu es excellent), murmure l’artiste dès la scène d’ouverture du film à l’enfant Simba qu’elle porte dans ses bras, encore une fois telle une Madone.

Malgré un fil narratif cryptique rythmé de voix-off reprenant les phrases cultes du film d’animation Disney (« N’oublie pas qui tu es » et autres « Hakuna matata »), et de spoken words émancipateurs, ce récit initiatique est moins celui de Simba pour accéder au trône que celui du peuple noir pour rayonner à travers le monde. La couronne devient ici l’univers, réalisé grâce à un effet spécial un peu malheureux.

À l’aide d’un collage d’images léchées, la réalisatrice opère des allers-retours entre le passé et le présent, entre l’Afrique tribale et rurale et l’Afrique contemporaine et urbaine. Le tout, à coup de références bibliques ayant nourri l’imaginaire de nombreux récits africains-américains – le successeur de Simba navigue ainsi sur les flots dans un panier en osier comme Moïse, le héros libérateur d’un peuple asservi.

Bidonvilles et grosse cylindrée

Un patchwork parfois déroutant, mais qui laisse voir autre chose qu’une Afrique archaïque et romantisée, notamment grâce à l’incrustation de clips des stars de l’afro pop.

Aucune information sur les lieux de tournage n’a été fournie par Disney. Mais on croit deviner les bidonvilles en tôle ondulés de certaines villes d’Afrique du Sud, tout en découvrant sa jeunesse créative dansant sur les chorégraphies nées dans les rues des capitales africaines, qui circulent aujourd’hui partout sur Internet.

Une mégalopole plongée dans le noir pourrait s’apparenter à Lagos, quand le prince Simba s’émancipe dans le luxe d’une grosse cylindrée à néons sur un morceau du Nigérian Burna Boy. Black is king, Black is bling-bling. Voilà ce que semble nous dire Beyoncé.

De Naomi Campbell à Wizkid

Black is beautiful, aussi. C’est en mettant à l’honneur une série de rôle modèles que la queen entend montrer au monde que les Noirs portent la couronne. Avec Brown skin girl – hymne sur l’estime de soi des femmes noires – elle a fait appel à une armada d’icônes de la beauté allant de Naomi Campbell à Lupita Nyong’o, en passant par le mannequin soudanais Adut Akech.

Les Noirs ont du talent et Beyoncé veut que cela se sache.

Les Noirs ont du talent et Beyoncé veut que cela se sache. Côté musiciens, les Nigérians Wizkid, Yemi Alade, Mr Eazi, Tiwa Savage sont également sur le devant de la scène. Les acteurs ont tous été dénichés sur le continent, principalement en Afrique du Sud.

Et les créatifs de l’ombre aussi, comme les stylistes qui ont réalisé un impressionnant travail sur les costumes. Parmi eux, le Sud-Africain Trevor Stuurman, déjà connu pour ses collaborations avec Ciara ou encore Black Coffee.

La chanteuse est également allée chercher des personnalités moins connues du monde de l’entertainment, comme l’Ivoirienne Lafalaise Dion, la reine des cauris, et a sollicité Karidja & Karidja, une marque de bijoux basée à Abidjan et Dakar.

Pour celle qui n’a pas hésité à reprendre des bribes du discours « We should all be feminists » de la romancière nigériane Chimamanda NGozi Adichie dans son morceau Flawless en 2014, et qui a livré un concert en hommage à Mandela en Afrique du Sud en 2018, on peut regretter l’absence d’activistes au casting. Ce qui aurait apporté une teneur politique au discours de Beyoncé.

Pourtant, rien de surprenant à ce que cette femme d’affaires qui a fait des « black-owned businesses » (les business tenus par des Noirs) son nouveau cheval de bataille via sa fondation Beygood montre avant tout une Afrique créative qui entreprend.

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