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Hakam Abdellatif Finance, discret métronome de la Bourse de Casa

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Mis à jour le 10 août 2020 à 11h57
Abdellatif Hakam, Maroc

Abdellatif Hakam, Maroc © Saad pour JA

Connu pour son contrôle d’Auto Nejma, distributeur exclusif de Mercedes-Benz au Maroc, Hakam Abdellatif a aussi constitué un enviable portefeuille d’actifs sur la place financière. Décryptage.

À Casablanca, les indices boursiers sont dans le rouge. Du Masi (Moroccan All Shares Index) qui intègre l’ensemble des entreprises cotées, en baisse de -16 % depuis le début de l’année, aux indices sectoriels : promotion immobilière (-44,3 %), loisirs et hôtels (-43 %), ingénierie et équipements industriels (-32,4 %), banques (-24 %)… Seules l’informatique (+9 %) et les mines (+3,2 %) échappent de peu à la crise sanitaire et économique qui affecte la place de Casa.

Pour les équipes de Hakam Abdellatif Finance (HAF), toutefois, l’heure est à la sérénité. Né en 1995 et dirigé depuis par son propriétaire et fondateur éponyme, le holding compte sur le fait que cette crise, comme les précédentes, finira bien par passer.

Investir sur le long terme, résister aux spéculations

« Nous ne vendons quasiment jamais, ou uniquement si nous y sommes obligés – en cas de retrait d’une entreprise de la cote par exemple. Les pertes ne sont donc que latentes quand le cours d’une action est en baisse », explique à Jeune Afrique une source au sein de l’entreprise dont le portefeuille d’actions représente plus de 1 milliard de dirhams (environ 90 millions d’euros).

« Nous continuons à investir en ce moment, car nous considérons que des secteurs sont sous-estimés, comme la grande distribution ou encore les nouvelles technologies », poursuit notre interlocuteur.

Pour HAF, la stratégie reste la même depuis les débuts : investir sur le long terme, résister aux spéculations et perturbations de court terme, et miser sur les dividendes des entreprises du portefeuille, entièrement constitué de titres locaux. Les pressions exercées par divers régulateurs contre le versement de dividendes au vu des incertitudes engendrées par la crise du Covid-19 interpellent d’ailleurs l’investisseur.

« Il s’agit des dividendes au titre de l’exercice clos le 31 décembre 2019 et la crise n’a commencé qu’en mars 2020. Rien ne justifie donc la non-distribution, sauf si la trésorerie ne le permet pas », considère-t-on auprès de HAF. Au titre de l’année 2019, HAF anticipe plus de 50 millions de dirhams de dividendes, avant déduction d’impôts.

Trouver l’équilibre parfait entre secteurs

Ce focus sur les dividendes et le long terme signifie qu’une attention particulière doit être accordée à la composition du « panier » de titres.

Il doit être en mesure de générer assez de bénéfices pour rémunérer l’actionnaire (Hakam Abdellatif), assurer le fonctionnement au quotidien de HAF et financer les investissements qui peuvent survenir en cours d’année (augmentation de capital, etc.).

« Pour cela, nous essayons de trouver un équilibre parfait entre les secteurs qui présentent un risque important et qui rémunèrent beaucoup et les autres. Cette diversification sectorielle nous permet aussi de limiter les risques », explique notre source.

C’est ainsi qu’on retrouve le holding (voir le tableau ci-dessous) dans une multitude de secteurs, mais avec des pondérations différentes. Le groupe apprécie la distribution (automobile ou informatique) mais aussi les transports, la chimie, le ciment et construction métallique…

Les participations connues de Hakam Finance

Participations connues de Hakam Finance

Participations connues de Hakam Finance © JA

Auto Nejma : une exception à la règle

L’investisseur reste cependant en retrait de domaines tels que l’immobilier, alarmé par les dettes cumulés par l’ensemble des acteurs. Mais aussi du tourisme, pourtant l’une des première sources de devises du royaume, représenté toutefois à la Bourse de Casa par un seul acteur, Risma (contrôlé par l’assureur RMA et le groupe Accor), à la politique de dividendes particulièrement restrictives (4,5 dirhams par action au total en… quinze ans).

Il est cependant difficile d’établir une cartographie complète des participations de HAF, le groupe ne prenant que des participations minoritaires, souvent en dessous du seuil de déclaration réglementaire de 5 %.

Parmi les participations de HAF en dessous de ce seuil figurent ses 2 % au capital de Vivalis, filiale de Banque centrale populaire dédiée au financement automobile, mais aussi de petites parts dans plusieurs leaders de la cote marocaine. Mais « pour détenir 5 % de LafargeHolcim il faut vraiment beaucoup d’argent, environ 1,6 milliard de dirhams… », rappelle notre interlocuteur.

Une exception majeure à cette règle : Auto Nejma. Le distributeur exclusif de Mercedes-Benz au Maroc a été fondé dans les années 60 par Haj Mohamed Hakam, le frère aîné d’Abdellatif, tandis que le cadet consacrait son temps à la création de HAF et à la bourse. C’est seulement en 2009, suite au décès de son neveu Zakaria qui avait succédé au fondateur d’Auto Nejma, que Abdellatif Hakam a été appelé à diriger le navire amiral du groupe familial.

L’entreprise est dirigée depuis 2018 par Adil Bennani, ancien de Toyota Maroc, le conseil d’administration étant composé de membres de la famille Hakam, avec Abdellatif Hakam comme président.

Des rendements supérieurs aux moyennes

« Pour des fonds comme HAF, les gérants ont un indice à dépasser, qui reflète les objectifs des actionnaires. Dans le cas où cet indice n’existe pas, il faut au minimum faire mieux que les bons de Trésor bonifiés par une prime de risque sur une période donnée ou bien le Dividend Yield (rendement des dividendes) moyen boursier, qui tournait autour de 4 % ces derniers temps », nous explique Farid Mezouar, directeur de FL Markets et un ancien gérant de portefeuille chez CFG gestion.

Selon nos calculs, sur la base des participations connues, le portefeuille de HAF a réalisé environ 5 % de rendements moyens annuels sur les cinq dernières années, soit mieux que le dividend yield de la cote de Casa. Une performance qui vient compenser le recul de la valorisation du portefeuille, qui a reculé de 7 % depuis 2017. « Un portefeuille géré en interne permet d’arbitrer entre les frais de gestion et le coût de fonctionnement. Aussi, la latitude en termes de politique d’investissement et de choix de participations est bien plus souple », souligne Farid Mezouar.

Sa présence sur le long cours, soutien important durant les turbulences boursières, garantit souvent à HAF une place au sein des principales instances des entreprises de son portefeuille. Le holding obtient même parfois un siège au conseil d’administration, même si ce dernier n’est « jamais exigé ». Le groupe y est souvent représenté par Karim Benhamou (55 ans), proche collaborateur depuis plusieurs années du fondateur octogénaire de HAF, diplômé en économie et finances de l’Université de Montréal, passé par les équipes de l’ex-holding royal ONA, et de ses filiales Marjane (grande distribution) et La Monégasque (produits de la mer).

Une présence qui « rassure »

« Nous pouvons apporter de l’expérience et de l’accompagnement, vu que nous restons longtemps dans le capital », poursuit notre interlocuteur à HAF, qui note la disponibilité de l’investisseur à participer aux opérations d’augmentation de capital. « Cela fait office de garantie pour des traders, comme la présence d’un grand investisseur institutionnel au tour de table. HAF prouve aussi que la place financière fonctionne, qu’il y a de l’argent à se faire en bourse », complète un analyste financier casablancais.

« Nous avons entièrement confiance dans la bourse. Pour nous, c’est l’unique moyen d’épargne sûre pour les Marocains. Il est regrettable qu’encore trop de gens préfèrent la spéculation foncière, qui a asséché les trésoreries. C’est dommage pour l’économie du pays », déplore notre source chez HAF.

Le manque de « papier frais » freine d’ailleurs les ambitions de HAF. « Il faut favoriser l’accès à la bourse. L’État a tout intérêt à proposer des incitations fiscales pour créer cette émulation. Il faut aussi renouveler l’expérience de Marsa Maroc et introduire davantage d’entreprises publiques sur la cote. Par ailleurs, une introduction en Bourse offre aux acteurs privés une plus grande visibilité et peut résoudre les difficultés liées à la succession dans les groupes familiaux », ajoute notre interlocuteur.

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