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Cet article est issu du dossier «Comment les villes africaines font face au risque climatique»

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Politique économique

Villes et climat : Saint-Louis combat l’érosion côtière [3/6]

Réservé aux abonnés | | Par - à Dakar
La ville de Saint Louis au SénéLa Langue de Barbarie (Saint-Louis, Sénégal), fait face à une érosion rapide.

La ville de Saint Louis au SénéLa Langue de Barbarie (Saint-Louis, Sénégal), fait face à une érosion rapide. © Sebastien Leban

Pour contrer l’Océan, la « Venise africaine » érige des digues, une solution aux effets limités dans le temps. 3e épisode de notre série sur les villes face au défi climatique.

  • Le principal danger

Des pans de terres engloutis, des maisons avalées par les flots. Centimètre après centimètre, habitat après habitat, la ville de Saint-Louis est grignotée par la houle. Face à la force des vagues, la Langue de Barbarie, bande de sable d’une vingtaine de kilomètres prise en étau entre le fleuve Sénégal et l’Océan Atlantique à laquelle appartient la ville, perd jusqu’à six mètres de côte chaque année, selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2013.

« Si on ne réagit pas, la ville de Saint-Louis risque de disparaître, il faut des solutions urgentes et adaptées afin de stopper l’érosion côtière », avait ainsi plaidé le maire de la ville Mansour Faye auprès de la communauté internationale lors du One Planet Summit en 2017, donnant à l’urgence de la ville insulaire, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, une portée mondiale.

Renforcée par le réchauffement climatique, la montée des eaux a également été favorisée par une succession de projets mal menés. En 2003, alors que l’ancienne capitale coloniale fait face à un risque d’importantes inondations, un canal de délestage est creusé sur la Langue de Barbarie afin de faciliter l’écoulement du fleuve vers la mer. En dix-sept ans, la brèche n’a cessé de s’agrandir. De quatre mètres de large le premier jour, elle s’ouvre sur 160 mètres le lendemain, jusqu’à atteindre plus de douze kilomètres de large aujourd’hui. Une catastrophe pour la langue de Barbarie et ses village de pêcheurs, mais aussi pour l’île de Saint-Louis, protégée de l’Océan par cette bande de sable.

  • La figure de la lutte

Plus qu’une personne, c’est un lieu, le plus menacé de la « Venise africaine », qui incarne la résistance à le combat entre terre et mer : Guet Ndar, populaire quartier des pêcheurs saint-louisiens situé sur la Langue de Barbarie.

Là où se dressaient autrefois des maisons, et face à quelque 4 500 pirogues bariolées, des cascades de gravats se jettent aujourd’hui dans la mer. « Le problème est extrêmement sérieux pour les 62 000 habitants de la Langue de Barbarie. On estime aujourd’hui qu’un tiers d’entre eux est menacé par la montée des eaux », déplore Mbaye Dieye Sène, président du Collectif pour la sauvegarde du littoral et de la pêche à Saint-Louis.

Dans les ruelles et sur les quais agités de Guet Ndar, l’économie repose exclusivement sur les produits de la pêche. Les hommes sont pêcheurs de père en fils, les femmes s’occupent du mareyage, sèchent et transforment le poisson.

  • Le chiffre à retenir

Entre 10 000 et 20 000 personnes à reloger. Alors que la montée des eaux a déjà délogé plus de 2 000 personnes, le nombre de déplacés pourrait quintupler dans les années à venir selon la Banque mondiale. Entre 10 000 et 20 000 habitants de Guet Ndar et de la Langue de Barbarie pourraient voir leur habitat menacé par l’érosion côtière et leurs activités économiques, essentiellement liées à la pêche, mises à mal.

  • Le projet phare

À Saint-Louis, la menace silencieuse de l’érosion côtière est aussi vieille que l’île. Dès 1926, les autorités coloniales avaient érigé un mur de protection pour protéger la ville. Mais, la menace grandissant, les infrastructures vétustes ne protègent plus l’île.

En 2017, après avoir attiré l’attention de ses partenaires sur le sujet, le Sénégal lance un projet de digue, dont l’exécution est confiée à Eiffage, avec l’appui de bailleurs tels que l’Agence française de développement (AFP) et la Banque mondiale.

Lancé à la fin de l’année 2017, le titanesque ouvrage, estimé à 3,7 milliards de francs CFA, s’étend sur 3,5 kilomètres. Les gabions – des casiers de fils de fer tressés remplis de pierres-, d’une hauteur de 1,60 mètre sont censés faire rempart entre les vagues, souvent hautes de plusieurs mètres, et les habitations côtières.

En mars 2020, un second chantier vient renforcer la première digue. De nouveau confié à Eiffage, il est piloté par l’Agence de développement municipale du Sénégal (ADM). Cette deuxième digue de 2,15 kilomètres, cette fois conçue en enrochements – de grands blocs de bétons imbriqués les uns dans les autres -, doit être érigée dans le prolongement de la première. Estimé à 16 millions d’euros, le projet est financé par l’État du Sénégal avec l’appui de l’Agence française de développement.

Mais ces « digues d’urgence », censées apporter une solution rapide et temporaire à l’avancée de la mer, ne font pas l’unanimité auprès des populations. « L’actuel projet ne fait que déplacer le problème et a une durée de vie bien trop courte », déplore le Collectif pour la sauvegarde du littoral et de la pêche à Saint-Louis, qui plaide pour un projet « à plus long terme » d’extension de la Langue de Barbarie.

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